CLONES OF BRUCE LEE
Titre: The Clones of Bruce Lee
Réalisateur: Joseph Kong
Interprètes: Dragon Lee

 

Bruce Le
Bruce Lai
Bruce Leung
Bolo Yeung
Kong Do
 
Année: 1977
Genre: Kung Fu / Bruceploitation / Science-fiction
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Il existe de nombreux chefs d’œuvres dans l’histoire du cinéma. Il existe aussi de bien plus nombreux ratages. Et enfin il existe une poignée de titres tellement ratés qu’ils s’élèvent pratiquement à un niveau différent et s’imposent comme des monuments quasi surréalistes. LA REVANGE DE SAMSON, VIRUS CANNIBALE et PLAN 9 FROM OUTER SPACE, sont considérés comme les plus grands nanars de tous les temps mais ce CLONES OF BRUCE LEE mérite également de figurer au palmarès des aberrations filmiques les plus incroyables vues sur un écran.

CLONES OF BRUCE LEE date de la grande époque de la « bruceploitaion », alors que de rusés producteurs tentaient d’imposer de médiocres kung-fu comme d’authentiques métrages que le Petit Dragon aurait tourné avant sa mort tragique. Une série de titres furent lancés, certains utilisant des images d’archives (LE JEU DE LA MORT 2, LE VENGEUR AUX POINGS D’ACIER, FIST OF FEAR TOUCH OF DEATH), d’autres présentant un pseudo Bruce Lee en tentant de tromper le spectateur avec une mauvaise fois plus ou moins prononcée.

Les successeurs au Petit Dragon se bousculent alors au portillon. Parmi les plus fameux citons Bruce Li, Dragon Lee et Bruce Le. Mais bien d’autres suiveurs tentent de tirer leur épingle du jeu. Si LE DEFI DU NINJA (alias « Enter Three Dragons ») multiplie déjà les faux Bruce pour jouer la carte de la surenchère, ce sera CLONES OF BRUCE LEE qui explosera complètement la concurrence avec son intrigue digne d’un Ed Wood en pleine crise de démence.

Le métrage débute à la mort du seul et unique Bruce Lee, laissant le monde mal en point. Qui pourra donc punir les criminels de tout poil? Superman ? Batman? Spiderman? Oui, sans doute, mais n’y a t’il pas moyen de livrer le super-héros ultime? Un scientifique répond par l’affirmative et crée trois clones du maître des arts martiaux, lesquels pourront alors combattre la vilénie partout où elle se niche. Le Special Branch of Investigation délègue donc un premier Bruce afin d’infiltrer les milieux du cinéma et d’enquêter sur des trafiquants d’or. Les Bruce 2 et 3, pour leur part, font équipe afin de neutraliser le redoutable Dr No…pardon, le Dr Nye, lequel désire dominer le monde à l’aide d’une armée de robots métalliques. Nous avons donc le fameux Dragon Lee traquant des trafiquants tandis qu’à l’autre bout du monde Bruce Le et Bruce Lai poursuivent le Dr Nye. A leurs côtés l’agent spécial Chuck (incarné par Bruce Thai) gonfle encore la distribution des imitateurs du Petit Dragon.

Le taïwanais Bruce Le (alias Wong Kin Lung, alias Xiao Long, alias Bruce Ly) demeure sans doute le plus connu de la bande. Il débuta à la Shaw Brothers dans RIVALS OF KUNG FU et surtout le très fameux SUPER INFRAMAN, une des productions les plus outrageusement Z de la célèbre compagnie. Mais très vite Bruce Le se spécialisa dans les bruceploitations. Difficile de suivre sa carrière au fil d’une tripotée de séries B changeant régulièrement de titres pour mieux tromper le client, d’autant que sa popularité fut un temps suffisante pour que surgissent de faux « Bruce Le » et des métrages comme NINJA Vs BRUCE LEE recyclant des scènes puisés à des titres antérieurs! Incroyable mais vrai ! Parmi les métrages les plus fameux (pas nécessairement réussis évidemment de Bruce Le citons CHALLENGE OF THE TIGER DEATH et les coproductions françaises LA FILIERE CHINOISE et BRUCE CONTRE-ATTAQUE. On a également vu débarquer en dvd le très mauvais LE CRI DE LA MORT et l’excellent (enfin c’est relatif !) LES SIX EPREUVES DE LA MORT même si son meilleur film demeure le sincère et efficace LE DEFI DE LA GRANDE MURAILLE.

Un peu moins réputé Dragon Lee suivit une trajectoire similaire. Né en Corée en 1940, l’acteur marche sur les traces de Lee via BIG BOSS 2 et poursuit durant une dizaine d’années une carrière dans le bis de laquelle on retiendra LE DEFI DU NINJA, CHEN LE MAGNIFIQUE (un kung fu en costume supérieur à la moyenne) et surtout le très musclé LES 5 FOUDROYANTS DE SHAOLIN et son action quasi non stop. Enfin, le dernier clone, Bruce Lai est un second couteau du genre que l’on vit dans une foule de titres allant du GRAND MASTER OF SHAOLIN KUNG FU du redoutable Godfrey Ho à l’excellent SUPER NINJAS d’un Chang Cheh en roue libre. Au casting on retrouve encore Bruce Thai qui ne connut qu’une carrière très éphémère puisque les seuls autres apparitions qu’on lui connaît sont dans LE DEFI DU NINJA (décidément !) et JACKIE LE REDOUTABLE CHINOIS, alias FEARLESS HYENA 3 où il affronte un certain Jackie Chen. Et oui, la cible des imitateurs avait alors changé !

Bruce Leung, également de la partie, connut pour sa part une carrière plus honorable dans de nombreux films de tatanes de qualité (BROKEN OATH, HAPKIDO, ON M’APPELLE DRAGON) et, après une longue éclipse, revint sur les écrans par l’entremise du CRASY KUNG FU de Stephen Chow. Citons encore Kong Do, éternel méchant de la Shaw Brothers et du kung fu bis et surtout le puissant et très reconnaissable Bolo Yeung, lequel croisa l’authentique Bruce Lee dans OPERATION DRAGON, tourna des dizaines de séries B au cours des années 70 et retrouva une certaine gloire en devenant une petite vedette des vidéoclubs après son apparition remarquée face à Van Damme dans BLOODSPORT et DOUBLE IMPACT. Un sacré casting au service d’un scénario totalement déjanté qui s’embarrasse à peine de la moindre logique ou cohérence.

Dès leur résurrection les clones, pourtant supposé être des spécialistes en arts martiaux, doivent se soumettre à un rigoureux entrainement. Ce sera donc Kong Do et Bolo Yeung qui s’en chargeront et pour illustrer ces séquences le cinéaste se contentera de repiquer complètement la musique de ROCKY. Y a pas de petits profits ! Le premier clone est donc expédié démanteler un trafic d’or dissimulait sous le couvert d’un studio de cinéma. Une suite de combats suivra donc logiquement tandis que le clone lutte pour son existence. Pendant ce temps les deux autres clones se retrouvent à combattre un méchant savant fou en Thaïlande mais ils passent quand même une bonne partie du métrage à la plage environné de jolies demoiselles à poil. Le cinéma d’exploitation ne pouvant se passer d’une bonne dose de nudité gratuite.

Il faudra attendre les vingt dernières minutes pour voir tout ce beau monde se retrouver pour une bagarre homérique contre des hommes de bronzes robotisés et invulnérables finalement vaincu à l’aide d’herbes empoisonnés. Des hommes de bonze qui sont en réalité de simples figurant en slip mal peinturluré de jaune. Oui, c’est très con mais au point où on en est…Le grand n’importe quoi continuera ensuite jusqu’à la mêlée finale où chacun se tape joyeusement dessus. Du grand art ! Réalisé par le spécialiste Joseph Kong (coupable du terrassant BIG BOSS A BORNEO), CLONES OF BRUCE LEE mérite sans doute sa place au rang des plus mauvais kung fu des seventies mais on peut au moins lui reconnaître une certaine honnêteté. Au lieu de présenter un seul acteur comme l’authentique Bruce Lee, le cinéaste Joseph Kong lâche une tripotée de soi-disant clones singeant les mimiques du Dragon.

Les combats sont souvent juste passables mais la présence du musculeux Bolo Yeung constitue un plus toujours appréciable et le duel final entre Bruce Le et Dragon Lee se révèle sympathique pour les fans (car il y en a !) de bruceploitation. Véritable digest du kung fu et de l’exploitation la plus crasse, CLONES OF BRUCE LEE atteint de très hauts sommets dans la ringardise « nanar ». Avec ses cinq imitateurs de Bruce Lee, son scénario aberrant, ses scènes absurdes (peut-être puisées dans des projets inachevés du rusé producteur Dick Randall), ses acteurs nullissimes, son attirail de science-fiction ringarde, ses décors pitoyable (la grosse boite avec des ampoules colorées représentant un puissant ordinateur), ses figurants peinturluré de jaune, ses figurantes dansant à poil sur la plage, sa mise en scène mollassonne et sa totale gratuité dans l’érotisme digne d’une pub pour gel douche, CLONES OF BRUCE LEE constitue en quelque sorte une synthèse de tout ce qu’il ne faut pas faire pour réaliser un bon film.

Bref, une expérience ultime pour les amateurs de cinéma Z !

 

Fred Pizzoferrato - Aout 2009