CLOVERFIELD
Titre: Cloverfield / 1-18-08
Réalisateur: Matt Reeves
Interprètes: Lizzy Caplan

 

Jessica Lucas
T.J. Miller
Michael Stahl-David
Blake Lively
Mike Vogel
Odette Yustman
Année: 2008
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Annoncé depuis un certain temps sur le Net, CLOVERFIELD se voulait le film événement de ce début d'année 2008 avec son concept "Blair Witch rencontre Godzilla", de l'aveu même des auteurs. Tout commence donc par la découverte supposée d'une caméra à Central Park et l'entièreté du métrage va consister à visionner ce "film" amateur.

Un principe de cinéma-vérité voulu novateur ("un film de monstre pour la génération YouTube" ont prétendu certains) qui, en fait, ne l'est pas tant que ça. Ruggero Deodatto avait utilisé cette idée avec une efficacité maximale dans son insurpassable chef d'œuvre CANNIBAL HOLOCAUST avant que des petits malins n'en reprennent les grandes lignes avec le fameux BLAIR WITCH PROJECT à la fin du siècle dernier. On peut aussi citer le décapant C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS. On aurait donc pu s'attendre, vu le succès public (et parfois critique) des titres précités à une véritable avalanche d'œuvre similaire tournées avec des bouts de ficelles mais, en définitive, peu de métrages grand public ont tenté de reproduire pareilles sensations (dans le sick-cinéma aux moyens quasi nuls on citera pourtant les très douteux AUGUST UNDERGROUND MORDUM ou GUINEA PIG 2).

Le sujet en lui-même de CLOVERFIELD n'est vraiment pas original puisqu'il reprend le schéma de base des Godzilla ou même du récent LA GUERRE DES MONDES. Nous sommes donc à New York, un soir, et la ville est attaquée par un monstre vaguement lovecraftien venu dont ne sait trop où. A partir de là le spectateur va assister à des séquences de paniques, de pillages et de destructions massives. Le tout étant filmé en temps réels avec une caméra portée qui confère à ce métrage un aspect pris sur le vif et réaliste dont le public est devenu coutumier depuis le 11 septembre et la généralisation des petits films réalisés par des amateurs sur YouTube et autre DailyMotion.

Evidemment, CLOVERFIELD bénéficie d'une mise en scène extrêmement travaillée alors que, à l'écran, il apparaît bordélique: la caméra tremble dans tous les sens, le cadre est toujours en mouvement, l'image est parfois un peu floue et toujours d'une qualité laissant à désirer, sans oublier l'aspect approximatif de la chose puisque la caméra filme souvent des corps en mouvements, des pieds ou des chutes d'objets divers.

Si l'image est importante, l'environnement sonore, pour sa part, confère une grande atmosphère à CLOVERFIELD, lequel est évidemment complètement dénué de musique, réalisme oblige. Nous allons donc entendre des cris aigus, des hurlements terrifiants et le grondement monstrueux de la créature dont, au final, nous ne saurons finalement rien, même si on soupçonne vu le plan final une expérience militaire ayant mal tourné. Ou quelque chose d'aussi évident et cliché. Mais en fait, le spectateur s'en fiche un peu… C'est à la fois la force et la faiblesse d'un métrage qui, en raison même de son concept assumé jusqu'au bout, ne laisse aucune place aux explications, à la réflexion, aux développements des personnages ou à la construction d'une vraie progression dramatique.

Dès le départ nous savons que la caméra a été découverte à Central Park et nous devinons immédiatement que tous les personnages sont morts. Pourquoi est-on dès lors obligé de subir trente minutes de présentation complètement superflue et clichée? Pourquoi le cinéaste doit il refaire de coup de la grande histoire d'amour et des deux héros qui ne parviendront à s'avouer leurs sentiments que menacés par un monstre géant? Sans doute pour atteindre la durée réglementaire, pourtant déjà singulièrement courte, de 75 minutes.

CLOVERFIELD constitue bien davantage une sorte d'instantané, sans véritable début ni réelle fin, une grosse heure et quinze minutes effectives et parfois angoissante mais qui ne s'élève pas vraiment au-delà de son concept initial. D'ailleurs il serait peut-être plus approprié de le considérer comme une attraction de fête foraine, une sorte de train fantôme dans lequel on se laisse embarquer en toute connaissance de cause ("bon on va être un peu secoué, on aura peut-être un peu la nausée mais en fait on va quand même passer un bon moment") sans se soucier d'autre chose que de s'offrir une petite frayeur en toute sécurité. Bref, un métrage suscitant une réaction épidermique, viscérale et quasi instinctive, efficace sur l'instant mais rapidement oublié.

CLOVERFIELD n'est pas un mauvais film, loin de là mais représente t'il vraiment une nouvelle étape dans l'évolution de l'art cinématographique comme certains peuvent l'affirmer? Cela demande confirmation. Et il n'est pas certain que le public ait envie de voir ce concept décliné à l'infini (même Romero s'y est mis avec DIARY OF THE DEAD) en regard de ses limitations.

Fred Pizzoferrato - Février 2008