COLD EYES OF FEAR
Titre: Gli occhi freddi della paura
Réalisateur: Enzo G. Castellari
Interprètes: Gianni Garko

 

Giovanna Ralli
Frank Wolff
Fernando Rey
Julián Mateos
Karin Schubert
Leonardo Scavino
Année: 1971
Genre: Thriller / "Giallo"
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Souvent présenté comme un giallo, COLD EYES OF FEAR s’avère, en réalité, un banal thriller en huis-clos fortement inspiré du classique LA MAISON DES OTAGES de William Wyler.

Le métrage démarre pourtant de belle manière, par un passage typique du giallo au cours de laquelle une jeune femme (Karin Schubert) est agressée par un inconnu muni d’un couteau à cran d’arrêt. La demoiselle est brutalement dénudée par son assaillant mais parvient à retourner la situation à son avantage en le poignardant… Applaudissement du public ! Il s’agissait, en réalité, d’une habile mise en scène de cabaret organisée pour la satisfaction d’une bande de spectateurs fortunés. Parmi eux, l’avocat Peter Flower, bien décidé à profiter de sa soirée en compagnie d’une prostituée nommée Anna rencontre au cours de la soirée.

Le couple se rend ensuite chez l’oncle de Peter, un juge renommé, coincé à son bureau par une épineuse affaire pour laquelle il a besoin d’un dossier bien précis. La soirée, qui s’annonçait excellente pour Peter, tourne rapidement au cauchemar : il découvre tout d’abord le domestique de son oncle mort d’une crise cardiaque suspecte puis voit débarquer un jeune voyou menaçant. La situation s’envenime encore à l’arrivée d’un faux policier, en réalité un criminel jadis condamné par le tonton et aujourd’hui décidé à se venger…

Enzo G. Castellari, que l’on a connu plus inspiré (THE BIG RACKET, UNE POIGNEE DE SALOPARDS, KEOMA) ou simplement plus distrayant (LES NOUVEAUX BARBARES, LES GUERRIERS DU BRONX, LA MORT AU LARGE) échoue complètement à conférer le moindre intérêt à ce thriller routinier dénué de la moindre personnalité.

Dans le rôle principal de l’avocat persécuté, COLD EYES OF FEAR nous permet de retrouver Gianni Garko, acteur de western bien connu pour avoir incarné un pistolero tout de noir vêtu dans SARTANA et quelques unes de ses nombreuses séquelles. Jouant au départ un personnage antipathique uniquement préoccupé de gagner de l’argent et de s’offrir du bon temps en compagnie d’une prostituée, il va, peu à peu, se montrer combattif et prêt à rendre coup pour coup. Une évolution guère crédible tant Castellari s’intéresse peu à ses protagonistes et les laisse se dépêtrer d’une situation tournant rapidement en rond.

Même le méchant, incarné par Frank Wolff, une des stars du western spaghetti (qui devait malheureusement se donner la mort peu après ce film) n’est pas suffisamment typé pour intéresser le public. Son acolyte, un jeune type effacé et dépassé par les événements, se révèle encore plus mal loti, subissant le bon vouloir de son mentor pour des raisons assez floues au point que la prostituée sous-entend que les deux hommes entretiennent une relation homosexuelle. Une assertion d’ailleurs pas vraiment démentie par le jeunot cependant intéressé par la prostituée au point de se laisser mener par le bout du nez.

COLD EYES OF FEAR invite encore l’Espagnol Fernando Rey (FRENCH CONNECTION, TRISTANA) pour le cantonner dans son bureau où il passe coup de fil sur coup de fil, essayant de comprendre le pourtant évident message laissé par son neveu par l’intermédiaire d’une citation latine détournée.

Languissant, COLD EYES OF FEAR déroule donc son intrigue minimaliste sans parvenir à développer la moindre impression d’étouffement ou de claustrophobie. Castellari tente tant bien que mal de donner un minimum de rythme à un huis-clos se transformant rapidement en une suite de palabres laborieuses. En dépit de ses efforts, la tension reste minimale et toute « l’action » se concentre dans les dix dernières minutes du métrage.

Malheureusement, ce petit sursaut ne peut compenser l’incroyable mollesse précédente et, excepté une partition musicale correcte signée Ennio Morricone, l’amateur de frissons n’a absolument rien à se mettre sous la dent pour éviter l’assoupissement. Le fan d’érotisme ne sera, pour sa part, pas plus heureux tant COLD EYES OF FEAR se montre pudibond et timoré en dépit d’un point de départ pouvant rapidement dévier vers l’exploitation comme le prouvera quelques années plus tard LA MAISON AU FOND DU PARC de Deodato.

En résumé, un polar banal, linéaire, ennuyeux et excessivement bavard, faussement vendu comme un giallo alors qu’il n’en reprend aucunement les codes et clichés. Bref, sans intérêt.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011