COLOR ME BLOOD RED
Titre: Model Killer
Réalisateur: Hershell Gordon Lewis
Interprètes: Don Joseph

 

Candi Conder
Scott H. Hall
Elyn Warner
Patricia Lee
 
 
Année: 1965
Genre: Horreur / Gore / Slasher
Pays: USA
Editeur  


Critique:

Adam Sorg est un peintre qui ne reçoit guère de considération de la part de la critique. Un jour, sa copine se blesse accidentellement et répand un peu de sang sur une toile. Sorg, qui n'est jamais parvenu à donner à ses œuvres la couleur adéquate, y voit une chance de briller. Il utilise d'abord son propre sang mais, incapable de terminer sa toile, il poignarde sa copine et finit enfin son chef-d'œuvre pictural. Devant le succès, Sorg décide de produire de nouveaux tableaux…sanglants!

Hershell Gordon Lewis propose ici le troisième et dernier volet de ce qu'il est convenu d'appeler "the blood trilogy". Après BLOOD FEAST et 2000 MANIACS, le cinéaste - et par ailleurs spécialiste du marketing - reprend une nouvelle fois la formule du gore largement humoristique…mais avec moins de réussite que dans les deux titres précités. Il s'agit de la dernière collaboration entre Lewis et le producteur David Friedman. Le premier poursuivi dans une voie similaire avec TWOSOME GRUESOME, A TASTE OF BLOOD, THE WIZARD OF GORE et GORE GORE GIRLS avant de prendre une "pause carrière" de 30 ans, ne revenant à la réalisation qu'en 2004 avec l'inespéré BLOOD FEAST 2. Friedman, pour sa part, continua également une prolifique carrière dans le cinéma d'exploitation, produisant, entre autres, SHE FREAKS et ILSA, LOUVE DES SS.

Avec ce troisième gore, Hershell Gordon Lewis tente manifestement de proposer un spectacle moins gratuit et plus maîtrisé. Le scénario, par exemple, s'inspire outrageusement de UN BAQUET DE SANG de Roger Corman mais offre un parallèle - déjà maintes fois évoqués - avec la carrière de Lewis. Nul doute que quelques touches autobiographiques se glissent dans la personnalité de ce peintre incompris et raillé par un critique pédant. Après avoir constaté la sublime couleur du sang répandu accidentellement sur une toile, l'artiste décide - sans surprise - de tuer quelques innocentes demoiselles afin de livrer des tableaux très sanglants enfin bien accueillis. Le parallèle avec la carrière de Lewis est évident puisque, en dépit de nombreux films dans des genres fort différents, seule sa petite dizaine d'œuvres gore suscitèrent l'intérêt du public. On note aussi, dans COLOUR ME BLOOD RED, une véritable fascination pour la couleur rouge puisque la plupart des vêtements et objets apparaissant dans le champ sont d'une écarlate flamboyante.

Don Joseph, dans le rôle principal, livre une composition intense et très habitée, au point qu'il apparaît parfois possédé par son personnage et carrément effrayant de démence. Tout le monde n'approuvera pas cette conception très chargée du jeu d'acteur mais il faut avouer que Don Joseph est convaincant et crédible…un exploit dans un métrage signé Hershell "Gore's don" Lewis. Le reste du casting, malheureusement, ne suit pas et les interprètes se révèlent fatiguant d'amateurisme et de médiocrité.

Si l'intrigue de COLOUR ME BLOOD RED s'avère amusante, il faut avouer qu'elle se traîne également en longueur. Le rythme est assoupi et de nombreuses séquences (toutes celles impliquant les quatre teenagers, en premier lieu!) sont totalement inutiles. En dépit d'une durée réduite à 80 minutes, le métrage n'est donc guère passionnant et un tel scénario aurait davantage eut sa place dans une anthologie de sketches ou une série télévisée comme Tales From The Crypt. A noter que COLOUR ME BLOOD RED se passe complètement de contexte: on en sait très peu sur les personnages et le tout semble se dérouler en dehors de la réalité puisque le peintre n'est pas inquiété et que la police n'interviendra jamais pour enrayer cette escalade meurtrière.

La musique fut toujours un autre point faible des films de Lewis et, comme d'habitude, le cinéaste opte (par obligations pécuniaires?) pour une sorte de jazz easy-listening complètement inapproprié, typique des nudies sixties, produisant paradoxalement une sorte de décalage parfois savoureux. Hélas, la réalisation et le montage, léthargiques, n'arrangent guère les choses et le manque de gore est patent: Lewis se contente de quatre ou cinq scènes d'ailleurs fort brèves mais relativement sympathiques. La plus fameuse reste celle durant laquelle Sorg puise directement son précieux liquide en pressant les intestins d'une victime éventrée contre un mur. Mais que les personnes sensibles se rassurent: la violence, chez Lewis, est si outrée et si peu plausible qu'elle s'apparente aux coups de marteau que se donnent les héros de dessin animé. Bref, le gore est inoffensif et dénué du moindre réalisme.

Heureusement, l'humour sauve les meubles et donne le sourire au spectateur, y compris lors des passages les plus ringards et donc involontairement drôles. Les dialogues, d'une grande banalité, versent parfois dans le surréalisme complet et certaines répliques ("Holy Banana! It's a girl's leg!") auraient pu figurer dans la série Batman des sixties.

Bref, COLOUR ME BLOOD RED n'est pas un très bon film et, aujourd'hui, son intérêt est essentiellement historique. Moins culte que BLOOD FEAST, beaucoup moins sanglant que GORE GORE GIRLS et nettement moins drôle et divertissant que 2000 MANIACS, il reste une petite série Z relativement amusante à suivre mais fort datée. Les curieux peuvent toutefois y jeter un coup d'œil nostalgique, au risque d'être sacrément déçus à la vision de ce prétendu "gore classic".

Fred Pizzoferrato - Aout 2007