COLOUR FROM THE DARK
Titre: H.P. Lovecraft's Colour From The Dark
Réalisateur: Ivan Zuccon
Interprètes: Debbie Rochon

 

Michael Segal
Marysia Kay
Gerry Shanahan
Eleanor James
 
 
Année: 2008
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Italie
Editeur Uncut Movies
Critique:

Ivan Zuccon débuta sa carrière en l’an 2000 avec un DARKNESS BEYOND très vaguement inspire de Lovecraft, lequel fut suivi de deux adaptations plus fidèles aux écrits de l’écrivain, à savoir THE UNKNON BEYOND et SHUNNED HOUSE. Zuccon enchaîna avec BAD BRAINS, encore une fois tourné en vidéo digitale, et NYMPHA, tourné en 2007.

Pour sa nouvelle réalisation, Ivan Zuccon revient aux écrits de Lovecraft et adapte une de ses nouvelles les plus connues, « La couleur tombée du ciel », qui eut déjà deux fois les honneurs du cinéma, une première fois en 1965 sous le titre DIE MONSTER DIE et une seconde en 1987 sous celui de THE CURSE. Cette troisième version reprend les éléments fondamentaux de la nouvelle originelle, transposée en Italie durant la seconde guerre mondiale.

Pietro vit dans une petite ferme italienne en compagnie de son épouse Lucia et de la jeune sœur muette de celle-ci, la jolie Alice, mentalement retardée. Leur existence tranquille est un jour bouleversée par une étrange luminescence s’échappant d’un puits. Apparemment contaminée, l’eau va changer la personnalité des habitants de la ferme et en particulier celle de Lucia. Un prêtre, appelé à la rescousse, conclut que cette dernière est possédée par une force maléfique.

Pour atteindre une durée normale, COLOUR FROM THE DARK va ajouter l’un ou l’autre personnage et péripéties à l’intrigue de base mais, globalement, Zuccon reste fidèle aux écrits de Lovecraft. Pour en être à sa quatrième tentative sur le sujet, le cinéaste doit probablement être un fan authentique de l’écrivain maudit et cette honnêteté donne à son film de véritables qualités, en dépit de problèmes de budget évidents. Cependant, le choix de la nouvelle « La couleur tombée du ciel » s’avère heureux et évite de devoir investir des sommes colossales dans des effets spéciaux de toutes façons incapables de transcrire l’indicible. Les créatures étant, ici, de simples effets lumineux, le métrage se concentre sur les personnages humains tombant sous leur emprise. Une solution élégante pour traduire à l’écran les monstruosités si difficilement visualisables de Lovecraft. Contrairement à la plupart des films d’horreur récents, COLOUR FROM THE DARK prend son temps pour présenter de véritables personnages et leur donner un minimum de caractérisation.

Le rythme, pour sa part, reste assez lent et retrouve l’atmosphère du fantastique des années 70 ou 80. Zuccon marche fréquemment sur les traces des grands réalisateurs italiens de cette époque, en particulier de Lucio Fulci, son film rappelant quelque peu des chefs d’œuvres comme L’AU DELA ou FRAYEURS. Pour un petit budget, COLOUR FROM THE DARK réussit à ne pas se montrer trop pauvre et a reconstitué avec une certaine justesse l’atmosphère campagnarde de l’Italie de la seconde guerre mondiale.

Les effets spéciaux, eux, sont réduits au minimum, Zuccon préférant ne pas trop user de couteuses animations informatiques ce qui accentue l’aspect rétro de son film, tout comme l’utilisation de maquillages à l’ancienne plutôt réussi. Le gore, présent dans quelques scènes, n’est de toutes façons pas l’élément le plus important pour le cinéaste qui lui préfère une atmosphère putride et angoissante. Zuccon se permet également une petite critique à l’encontre des religions, le christianisme ayant cadenassé l’existence de la petite famille italienne qui voit dans les premières manifestations extraterrestres l’expression d’un miracle. Les habituels symboles religieux utilisés pour chasser le Mal (eau bénite, crucifix, prières, étoile de David) se révèlent inefficaces car sans effet sur des forces cosmiques aussi vieilles que l’univers lui-même.

Les scènes chocs, relativement peu nombreuses, sont toutefois bien menées et très efficaces, la tentative d’exorcisme menée par un prêtre aboutissant par exemple à une mort spectaculaire et sanglante. Au niveau des interprètes, Debbie Rochon se montre particulièrement convaincante et prouve qu’elle peut, ayant dépassé la quarantaine, assurer sa reconversion et s’éloigner des simples rôles de scream queen de séries Z. Une jolie performance pour une actrice totalisant déjà plus de 150 longs métrages. Le reste du casting délivre également des interprétations globalement solides, en tout cas largement au-dessus de la moyenne de ce type de produit fauché.

Alors qu’on attendait une simple série Z se servant du nom de Lovecraft comme alibi, COLOUR FROM THE DARK prouve qu’il est possible d’adapter les récits de l’écrivain avec respect et d’aboutir à un vrai bon film horrifique à l’ancienne misant sur un climat étouffant et ponctué de séquences chocs efficaces. Une belle réussite dans le domaine de l’horreur à petit budget et, de manière plus générale, une jolie surprise méritant largement une vision pour les nostalgiques des eighties, les amateurs d’épouvante à l’ancienne ou les admirateurs de Lovecraft.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2010