COMING SOON
Titre: Coming Soon
Réalisateur: Sopon Sukdapisit
Interprètes: Vorakan Rojchanawat

 

Chantawit Thanasewee
Punch
 
 
 
 
Année: 2008
Genre: Epouvante
Pays: Thaïlande
Editeur  
Critique:

Nouvel avatar des « asian ghost stories », COMING SOON parvient à injecter un minimum d’originalité à son script éculé mais sans jamais s’élever au dessus d’un décalque distrayant de RING.

Deux jeunes gens, Yod et Shane, travaillent comme projectionnistes pour un cinéma allant bientôt diffusé un nouveau film d’horreur prometteur intitulé « Esprit malin ». Des petits gangsters leur demandent alors de pirater le métrage avant sa sortie, ce qu’ils font à l’aide d’un caméscope. Mais Yod disparaît et Shane commence à croire que « Esprit malin » est hanté et exerce une influence maléfique sur ses spectateurs. Effectuant des recherches, il apparaît que l’actrice jouant le rôle principal est décédée accidentellement sur le tournage. Shane et sa copine, Som, vont tenter de stopper la malédiction.

COMING SOON s’attaque de manière détournée et non sans humour au problème, crucial en Asie, du piratage cinématographique. Un préambule original derrière lequel nous retrouvons le talentueux Sopon Sukdapisit, scénariste de deux jolies réussites récentes de l’épouvante thaï, SHUTTER et ALONE.

Pour sa première réalisation, Sukdapist reste logiquement fidèle au fantastique et COMING SOON s’inscrit dans la lignée des classiques de l’horreur asiatique des années ’90 et 2000. Une fois de plus, l’ombre de RING plane lourdement sur le métrage de Sukdapist, lequel reprend l’argument et le déroulement du chef d’œuvre de Nakata. COMING SOON y ajoute cependant une petite dimension supplémentaire en creusant l’origine de la malédiction pour conférer au spectre un minimum de personnalité. Dommage toutefois que le cinéaste ne s’intéresse pas davantage à cette sous-intrigue, plus originale mais trop peu exploitée.

En dépit d’une classification « CatégorieIII », COMING SOON se focalise surtout sur l’atmosphère et ne recourt que rarement à l’horreur graphique. Le cinéaste parvient ainsi, parfois, à développer un climat efficace fonctionnant sur l’angoisse, en particuliers lors des séquences se déroulant dans le cinéma déserté. Le tournage du « film dans le film », le fameux « Esprit Malin » responsable de la malédiction constitue pour sa part un des meilleurs passages du métrage et propose une mort réellement effrayante et marquante. Le reste de COMING SOON, hélas, ne s’élève jamais à un tel niveau et les frissons seront rares en dépit de quelques « jump scare » sympathiques et de l’un ou l’autre effet plus original, comme cette scène se répétant plusieurs fois et dans laquelle se trouve piégé le héros.

Niveau clichés, COMING SOON ne se prive pas des couloirs dont les lampes s’éteignent progressivement, des fantômes aux longs cheveux noirs et des manifestations surnaturelles apparaissant soudain sur les surfaces réfléchissantes. Du vu et revu mais les plus indulgents pourront encore s’y laisser prendre avec un minimum de bonne volonté mais les familiers du fantastique asiatique, ayant ingurgité des tas de métrages du même style depuis une bonne décennie, seront en terrain balisé et risquent de trouver le temps un peu long.

La mise en scène de Sukdapist, pour sa part, se révèle suffisamment solide pour maintenir l’attention, même si le bonhomme ne propose rien de véritablement novateur. Empruntant beaucoup à ses glorieux prédécesseurs, le cinéaste débutant témoigne néanmoins d’une certaine efficacité en conférant à son COMING SOON un rythme alerte.

Peu enclin à la dispersion, Sukdapist se permet en effet peu de sous-intrigues et avance rapidement, bouclant son métrage en moins de 80 minutes. Cela entraine une structure un peu déstabilisante pour les Occidentaux tant nul ne semble remettre en question la possibilité de la malédiction ni l’existence du fantôme. COMING SOON semble ainsi avoir été délesté de la plupart de ses scènes de transition et d’exposition pour aboutir à une suite de passages voulus effrayants se succédant de manière agressive, les personnages ne prenant jamais le temps de se poser ou de véritablement réfléchir aux divers événements. Les interprètes, pour leur part, effectuent un boulot correct mais ne paraissent pas totalement concernés par cette histoire.

Malgré une thématique initiale intéressante traitant d’un sujet rarement abordé sous l’angle de l’horreur (le piratage d’œuvres de fiction), COMING SOON emprunte rapidement la voie aujourd’hui surchargée de l’épouvante à base de revenante revancharde. Sans être désagréable, la première mise en scène de Sukdapist s’avère, au final, routinière mais sa courte durée et une ou deux séquences efficaces en rendent la vision envisageable à défaut d’être prioritaire.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011