|
|


Critique: |
La Comtesse Irina Karlstein, une jeune vampire muette nymphomane et bisexuelle tue une série de personne, généralement en leur suçant le sang durant les scènes de sexe oral prodiguées à ses victimes, homme ou femme. Le nom de Jésus Franco ne dira sans doute pas grand chose aux djeuns nourris de blockbusters. Le bonhomme est pourtant né en 1930 et, dès 1960, il imprime sur pellicule certaines œuvres, dans un beau noir et blanc poétique, comme L'HORRIBLE DR ORLOFF ou LES MAITRESSES DU DR JEKYLL. Mais, très vite, le cinéaste semble pris de frénésie et, dès les seventies, il se lance dans une entreprise visant à accumuler le plus de films possibles en un minimum de temps. Il tourne alors environ quatre métrages par an, souvent des back to back filmés avec la même équipe. "So many movies, so little time" aurait-il pu chanter aux temps du disco. Aujourd'hui le bonhomme ne sait pas lui-même combien de films il a tourné. Sans doute 150, au bas mot! La plupart du temps sans beaucoup de réussite ni de talent, la majorité de sa filmographie étant franchement dispensable. Le titre qui nous occupe date de 1973, une époque bénie pour Franco puisqu'il craque pour Lina Romay, jeune débutante à peine majeure qui se dénude devant sa caméra. Il faut dire que Soledad Miranda, la première muse de Franco, héroïne de son titre le plus fameux - VAMPYROS LESBOS - vient de décéder tragiquement dans un accident de voiture. Franco tourne avec plusieurs nymphettes avant de tomber sous le charme de la trèe jeune Lina Romay. Cette dernière est d'ailleurs l'attraction principale du métrage: cheveux foncés, jolis seins, peau pâle, petite, légèrement potelée, elle incarne une sorte de fantasme gothique réjouissant. Après LA FILLE DE DRACULA et le titre qui nous occupe, le couple (toujours ensemble à l'heure actuelle) se lança dans des entreprises encore plus bizarres, truffés d'inserts pornos et souvent retitrés, comme SEXORCISMES, SHINING SEX ou LES GLOUTONNES. Ensuite ce fut l'escalade dans le X pur et dur comme en témoignent LES NUITS CHAUDES DE LINDA ou CELESTINE: BONNE A TOUT FAIRE. A la décharge (euh…) du petit Jésus, il faut admettre que l'époque s'y prêtait puisque le porno venait d'envahir les cinémas, provoquant une ruée massive des spectateurs qui désertèrent rapidement les salles projetant des séries B pour celles dites "spécialisées". Chacun tenta de se reconvertir comme il le pouvait et, à l'instar de Jean Rollin ou Ed Wood, bien des cinéastes se lancèrent dans cette entreprise fructueuse. Notre COMTESSE NOIRE n'échappa pas à cette folie puisqu'elle ressortit sous le titre plus suggestif de LA COMTESSE AUX SEINS NUS avant de terminer par le très direct LES AVALEUSES avec en sus des scènes X de fellation. En sus, j'ai dit! Au vu des nombreuses versions existantes, précisons tout de suite que cette critique concerne le prétendu director's cut (carrément, oui monsieur!) de Jésus Franco, largement fourni en scènes érotiques mais pratiquement dénué, hélas, de la moindre goutte de sang. Car notre Comtesse préfère sucer les sexe que le sang et le résultat s'apparente finalement à une production érotico porno de série, l'argument fantastique ou horrifique étant relégué à la portion congrue. Produit par Eurociné (mauvais signe, déjà !), LA COMTESSE NOIRE se révèle rapidement un véritable supplice tant le rythme est anémique. L'absence de logique et le scénario incompréhensible, proposé en guise de prétexte, épuiseront les plus résistants. Les images se suivent donc sans la moindre continuité, dans la grande tradition de Jésus Franco. Heureusement, le metteur en scène zoome de manière monomaniaque sur les corps dénudés d'une poignée de starlettes, Lina Romay, âgée à l'époque de 19 ans. Franco se concentre pratiquement uniquement sur le sexe de sa compagne, qu'il caresse de la caméra dès qu'il en a l'occasion. Et il l'a souvent. Pour épicer davantage l'aspect érotique du produit, Lina Romay s'applique à pratiquer des actes sexuels oral avec des filles et des garçons. Car le métrage s'inspire largement - quoique fort maladroitement - du Carmilla de Sheridan LeFanu, modèle des récits de vampires lesbiennes. En gros, la comtesse Irina de Karlstein revient dans son pays natal et commence à vampiriser une foule de personnes, en se déplaçant en plein jour, et en buvant l'énergie vitale de ses victimes par fellation (ou par cunnilingus pour les demoiselles). Deux médecins (dont l'un est joué par le cinéaste himself) soupçonnent sa nature vampirique tandis que la comtesse finit par se suicider au terme de 90 minutes d'errances cinématographiques. Le tout est pratiquement dénués de la moindre ligne de dialogues. Pour Lina Romay cela se comprend. Elle est très mauvaise actrice, certes, mais bien élevée, donc elle ne parle pas la bouche pleine, et comme sa gorge est bien remplie dans presque toute les scènes…Quant au reste des acteurs, ils ne parlent guère plus, ou seulement pour débiter des fadaises. Même si Franco possède ses fans et ses acharnés, il faut admettre que LA COMTESSE NOIRE ne possède pas beaucoup d'intérêt. Les ambitions poétiques s'évanouissent rapidement pour laisser la place à de nombreuses scènes chaudes mais le tout est ennuyeux au possible. Seuls les inconditionnels du cinéastes ou les (a)mateurs des prouesses buccales de Linea Romay trouveront sans doute un intérêt quelconque à ce tout petit film. |
|
Fred Pizzoferrato - Aout 2007 |
|