LA COMTESSE NOIRE
Titre: Female Vampire / Les Avaleuses / La Comtesse aux Seins Nus / The Bare Breasted Countess / Erotikill / Comtesse Vampire
Réalisateur: Jésus Franco
Interprètes: Lina Romay

 

Jack Taylor
Alice Arno
Jean-Pierre Bouyxou
Jésus Franco
 
 
Année: 1973
Genre: Horreur / Erotique / Porno
Pays: France / Belgique
Editeur  


Critique:

La Comtesse Irina Karlstein, une jeune vampire muette nymphomane et bisexuelle (oui, tout ça !) tue une série de personne, généralement en leur suçant le sang durant les scènes de sexe oral prodiguées à ses victimes, homme ou femme. Deux médecins (dont l'un est joué par Franco en personne) soupçonnent sa nature vampirique et la comtesse finit par se suicider au terme de 90 minutes d'errances cinématographiques pratiquement dénuées de la moindre ligne de dialogues d'ailleurs.

Le nom de Jésus Franco ne dira sans doute pas grand chose aux « djeuns » d’aujourd’hui nourris de blockbusters. Pourtant, le bonhomme, né en 1930, a imprimé sur la pellicule, dès 1960, des dizaines de films à l’intérêt divers. Il débute par des œuvres de qualité, tournées dans un beau noir et blanc poétique, comme L'HORRIBLE DR ORLOFF ou LES MAITRESSES DU DR JEKYLL mais, très vite, le cinéaste semble pris de frénésie.

Dès les seventies, il se lance dans une entreprise visant, sans doute, à accumuler le plus de films possibles en un minimum de temps. Franco enchaîne alors environ quatre long-métrages par ans, souvent des filmés avec la même équipe de fidèles. "So many movies, so little time" aurait-il pu chanter aux temps du disco.

Aujourd'hui, Franco ne sait pas lui-même combien de films il a réalisé mais les spécialistes s’accordent à dire qu’il en est à près de deux cents! Hélas, faute de temps, de moyens ou peut-être de talent, n’en déplaise à ses fans, peu nombreux mais acharnés, la majorité de sa filmographie est franchement dispensable.

LA COMTESSE NOIRE date de 1973, une époque bénie pour Franco qui craque pour Lina Romay, jeune débutante à peine majeur qui se dénude devant sa caméra. Soledad Miranda, la première muse de Franco, héroïne de son titre le plus fameux - VAMPYROS LESBOS - vient de décéder tragiquement dans un accident de voiture et le cinéaste doit lui trouver une remplaçante tout aussi charmante et aguicheuse. Lina Romay est d'ailleurs l'attraction principale de LA COMTESSE NOIRE: cheveux foncés, jolis seins, peau pâle, petite et légèrement potelée, elle incarne une sorte de fantasme gothique réjouissant. Le couple se lança ensuite dans l’érotisme de plus en plus osé (voire porno) jusqu’au décès de Lina Romay en 2012.

A la décharge (euh…) du petit Jésus, l'époque se prêtait à la débauche puisque le porno venait d'envahir les salles de cinéma, provoquant une ruée massive des spectateurs qui désertèrent rapidement les salles projetant des séries B pour celles dites "spécialisées". Chacun tenta de se reconvertir comme il le pouvait et, à l'instar de Jean Rollin ou Ed Wood, bien des cinéastes se lancèrent dans cette entreprise fructueuse.

LA COMTESSE NOIRE n'échappa pas, elle non plus, à cette folie puisqu'elle ressortit sous le titre plus suggestif de LA COMTESSE AUX SEINS NUS avant de terminer par le très direct LES AVALEUSES avec en sus des scènes X de fellation. En sus, j'ai dit! Au vu des nombreuses versions existantes, précisons tout de suite que cette critique concerne le prétendu « director’s cut » (carrément, oui monsieur!) de Jésus Franco, largement fourni en scènes érotiques mais pratiquement dénué, hélas, de la moindre goutte de sang. Car notre Comtesse préfère sucer les sexes que le sang et le résultat s'apparente, finalement, à une production érotico porno de série, l'argument fantastique ou horrifique étant malheureusement relégué à la portion congrue.

Produit par Eurociné (mauvais signe, déjà !), LA COMTESSE NOIRE se révèle rapidement un véritable supplice tant le rythme est anémique. L’absence de logique et le scénario incompréhensible, proposé en guise de prétexte, épuisent les plus résistants. Les images se suivent donc sans la moindre continuité, dans la grande tradition de Jésus Franco. Heureusement, le metteur en scène zoome de manière monomaniaque sur les corps dénudés d’une poignée de starlettes et en particuliers sur le sexe de sa compagne, qu'il caresse de la caméra à la moindre occasion. Et il l'a souvent.

Pour épicer davantage l'aspect érotique du produit, Lina Romay s'applique à pratiquer des fellations ou des cunnilingus à longueur de métrage, honorant de ses faveurs aussi bien les filles que les garçons. Le long-métrage s'inspire en effet largement - quoique maladroitement - du Carmilla de Sheridan LeFanu, modèle des récits de vampires lesbiennes qui lancèrent au début des seventies une vague féconde de films horrifico-sexy.

Excepté pour les inconditionnels de Franco ou les (a)mateurs des prouesses buccales de Linea Romay, LA COMTESSE NOIRE ne possède pas beaucoup d'intérêt. Les ambitions poétiques s'évanouissent rapidement pour laisser la place à de nombreuses scènes chaudes mais le tout est ennuyeux au possible.

 

Fred Pizzoferrato - Aout 2007