LES AILES DE L'ENFER
Titre: Con Air
Réalisateur: Simon West
Interprètes: Nicolas Cage

 

John Cusack
John Malkovich
Steve Buscemi
Ving Rhames
Rachel Ticotin
Danny Trejo
Année: 1997
Genre: Action / Comédie / Thriller
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé à la fin des années 1990, LES AILES DE L’ENFER s’inscrit, logiquement, dans la continuité des précédentes productions de Jerry Bruckheimer, le spécialiste de l’action explosive responsable des réussites (commerciales du moins) que furent, en leur temps, TOP GUN, LE FLIC DE BEVERLY HILLS, USS ALABAMA, BAD BOYS ou THE ROCK. Ce-dernier ayant mis la barre fort haut par son casting prestigieux et sa propension à détruire à peu près tout ce qu’il était possible de réduire en cendres, Bruckheimer dut franchir une nouvelle étape avec ce spectaculaire LES AILES DE L’ENFER.

Première bonne idée : un scénario original et complètement farfelu dans lequel la vraisemblance n’est sans doute pas primordiale. Nous découvrons donc un brave héros, Cameron Poe, ancien militaire ayant envie de passer une bonne soirée avec son épouse enceinte, pris à partie par trois petits voyous. Une bagarre éclate et Cameron tue un de ses antagonistes. Sur les conseils de son avocat, Cameron plaide coupable et espère s’en tirer avec un ou deux ans de prison. Malheureusement, la justice américaine, cette salope, décide de faire un exemple et envoie moisir notre brave soldat au trou pour huit ans.

Là, Cameron se sculpte un corps d’athlète et attend de retrouver sa fille en compagnie de son compagnon de cellule et ami « Baby O ». Le jour de la libération arrive finalement et les deux hommes prennent place dans un avion aux côtés des pires raclures de l’humanité : le violeur récidiviste Johnny 23, le tueur en série sanguinaire Garland Greene, le militant noir extrémiste Diamond Dog, le travesti taré Sally Can’t Dance et le fameux Cyrus The Virus, surnommé ainsi car il est « plus mortel que le cancer ». Evidemment ce qui devait arriver se produit : les dingues prennent possession de l’avion et filent vers la liberté. Le dernier espoir des otages réside en Cameron Poe mais que peut il, seul, contre cette bande de criminels impitoyables ?

Deuxième bonne idée de Bruckheimer : réunir une galerie d’acteurs de premier plan, plus habitué au cinéma d’auteur ou aux films « de prestige » qu’aux superproductions estivales suintant la testostérone et la sueur rance. Et, niveau casting, LES AILES DE L’ENFER ne lésine pas sur les vedettes, plaçant dans le rôle principal un Nicolas Cage tout à fait crédible en « action star » soucieux de se lancer sur les traces de Bruce Willis.

A l’époque, Cage entame sa reconversion et quitte le cinéma d’auteur ou dramatique (ARIZONA JUNIOR, SAILOR ET LULA, LEAVING LAS VEGAS pour lequel il vient de gagner un Oscar) en se lançant dans le divertissement via THE ROCK, 60 SECONDES CHRONO, 8MM ou encore VOLTE / FACE. Dans LES AILES DE L’ENFER, le comédien ne lésine pas sur la performance physique, se laisse pousser une tignasse, muscle son corps, sue à grosses gouttes et apprend à lever la jambe de manière crédible comme s’il avait regardé en boucle DELTA FORCE ou 58 MINUTES POUR VIVRE.

A ses côtés, dans le camp des gentils, John Cusak incarne le flic opiniâtre, le seul à vouloir sauver les fesses du héros alors que tous les autres souhaitent abattre l’avion sans autre forme de procès. En dépit d’un temps de présence à l’écran assez restreint, Cusak livre une prestation enjouée et pleine d’entrain. Il passe, lui aussi, du cinéma intimiste (STAND BY ME) au blockbuster, délaissant Woody Allen (BULLETS OVER BROADWAY) pour le débutant Simon « Je fais tout péter et je reviens » West. Une « reconversion » bien orchestrée tant l’acteur s’amuse de toutes ces outrances, entre autre lorsqu’il s’empare de la superbe bagnole de sport d’un de ses collègues pour piquer une pointe sur l’autoroute.

Enfin, Rachel Ticotin (FX 2, TOTAL RECALL, CHUTE LIBRE) joue l’indispensable mais discret élément féminin, à savoir la gardienne de prison à la quarantaine sexy menacée par un redoutable violeur en série. Une petite touche de grâce dans un monde de brutes car le métrage de Simon West laisse peu de place à la douceur et privilégie au contraire la virilité exacerbée.

Mais, évidemment, c’est du côté des méchants que LES AILES DE L’ENFER se lâche complètement en proposant une galerie de personnages plus tarés les uns que les autres, sans doute la plus belle réunion de déchets de la société jamais vue sur un écran de cinéma. John Malkovich (LES LIAISONS DANGEREUSES) mène la danse en incarnant Cyrus, tueur en série surnommé « The Virus », véritable machine à tuer capable de toutes les cruautés et de toutes les bassesses, même de prendre en otage le lapin en peluche que Cage a acheté pour l’anniversaire de sa fille (« Si tu bouges, le lapin y passe »). Une séquence absolument délirante et jouissive faisant définitivement basculer LES AILES DE L’ENFER dans la parodie déjantée et plus ou moins assumée.

Ajoutons encore du côté des « gueules », Ving Rhames (la trilogie MISSION : IMPOSSIBLE mais aussi PULP FICTION ou LE SOUS SOL DE LA PEUR) en militant noir psychopathe, Danny Trejo (UNE NUIT EN ENFER, ANACONDA) dans le rôle de Johnny 23, un violeur ayant 23 victimes à son palmarès (« si ils savaient la vérité ils m’appelleraient Johnny 600 ») et surtout Steve Buschemi, lequel joue un serial killer monstrueux, considéré par ses pairs comme un « trésor national » (« j’aime ce que vous faites » lui dit un Cyrus admiratif). Véritable clone de Hannibal Lecter, Buschemi (vu dans LE GRAND SAUT, FARGO ou PULP FICTION) s’en donne à cœur joie dans les répliques cultes (« le comble de l’ironie est de voir une bande de crétins danser dans un avion sur la musique d’un groupe mort dans un crash aérien » dit il tandis que les taulards se trémoussent sur « Sweet Home Alabama » de Lynyrd Skynyrd). Dommage que la cruauté du personnage soit, en définitive, plus suggérée qu’exposée, en dépit d’une une séquence humoristique assez malsaine, inspirée par FRANKENSTEIN, qui voit le maniaque chanter une chanson avec une petite fille innocente.

Oscillant entre premier et second degré, entre action bien violente (la version « unrated » se permet encore quelques jets de sang supplémentaires) et humour parodique, LES AILES DE L’ENFER alterne le grand spectacle et la comédie avec une bonne humeur communicative.

Les scènes d’action se révèlent, en outre, explosives (la dernière demi-heure verse dans une joyeuse surenchère et entraine encore un peu plus le métrage dans un portnawak jouissif) et les acteurs, tous en grande forme, alignent les répliques les plus énormes ou les situations les plus absurdes avec un professionnalisme sans faille. Notons toutefois que la vision du métrage nécessite une bonne dose de second degré, ce dont manque manifestement les jurés des Razzie (les anti-Oscars) qui décernèrent au film un prix spécial pour sa « totale absence de respect envers la vie humaine ».

Prototype du blockbuster popcorn apparemment stupide mais réalisé solidement par une équipe motivée, LES AILES DE L’ENFER pourrait aisément mériter le qualificatif de « plaisir coupable » si on ressentait la moindre culpabilité devant ce divertissement rondement mené qui ne laisse guère au spectateur le temps de souffler ou de s’ennuyer.

Sans être un chef d’œuvre, le film de Simon West (qui ne retrouvera jamais une telle qualité « d’entertainement » par la suite, comme en témoigne son piteux TOMB RAIDER) procure deux heures de bonheur simple et se conclut de manière ironique par un petit clin d’œil savoureux. A consommer sans modération !

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2011