LES CONQUERANTS HEROIQUES

Titre: La leggenda di Enea
Réalisateur: Giorgio Venturini
Interprètes: Steve Reeves

 

Giacomo Rossi Stuart
Carla Marlier
Gianni Garko
Mario Ferrari
Enzo Fiermonte
Année: 1962
Genre: Péplum
Pays: Italie / France / Yougoslavie
Editeur
Critique:

Pour un de ses derniers péplums, Steve Reeves reprend le rôle d’Enée qu’il tenait déjà précédemment dans LA GUERRE DE TROIE de Georgio Ferroni. Cette séquelle débute par conséquent après la défaite des Troyens, alors qu’Enée conduit son peuple vaincu jusqu’en Italie où ils espèrent s’établir et vivre en paix. S’installant à l’embouchure du Tibre, les Troyens, d’abord bien accueillis par le souverain local Latinus, se heurtent ensuite aux manigances de Turnus, roi des Rutulus, qui va, par ruse, provoquer la colère de son peuple à l’encontre des nouveaux venus. En effet, Latinus souhaite donner sa fille Lavinia, promise à Turnus, en mariage à Enée. Le jaloux Turnus finit par déclarer la guerre aux Troyens…

Adapté du poème de Virgil « L’Enéide » (une bonne référence littéraire fait toujours son effet et, en plus, ça évite au scénariste de trop se creuser le ciboulot), LES CONQUERANTS HEROIQUES s’intéresse aux pérégrinations des Troyens et en particulier au musculeux Enée, demi-dieu né des amours d’un mortel et de la déesse Aphrodite. Enée est d’ailleurs considéré comme le fondateur légendaire de Rome puisqu’ancêtre de Romulus et Remus, une parenté dont se réclamait également Jules César. Cependant, LES CONQUERANTS HEROIQUES n’adapte qu’une partie de « L’Enéide » et supprime de nombreuses péripéties connues par les Troyens après la chute de la cité (leur arrivée à Carthage, la visite des Enfers, etc.) pour débuter au moment où la tribu nomade s’installe dans le Latium, région centrale de l’Italie où sera plus tard fondée Rome.

Outre Steve Reeves, alors star incontournable des péplums les plus prestigieux depuis l’inaugural LES TRAVAUX D’HERCULE, le film donne la vedette à Giacomo Rossi-Stuart (OPERATION PEUR) et Gianni Garko (SARTANA) dans le rôle du vilain Turnus. Le producteur Giorgio Venturi (alias Giorgio Rivalta) dirige la mise en scène (il ne signa que trois longs-métrage) tandis qu’Albert Band s’en octroie tout le crédit au générique de la version américaine dont il signa « l’adaptation ».

Moins épique et spectaculaire que LA GUERRE DE TROIE, le long-métrage demeure cependant de bonne facture et son budget conséquent le distingue de la masse des séries B « péplum » sorties à la même époque. Si la première partie demeure intimiste et se conforme aux clichés inhérents au genre avec sa petite bande d’opprimés soumis à la tyrannie d’un despote, le dernier acte se veut plus grandiose et propose quelques batailles efficaces entre les antagonistes en présence. On note d’ailleurs quelques scènes intéressantes, notamment celle où les épouses et enfants des Troyens assiégés ramassent, au péril de leur vie, les flèches tombées sur le champ de bataille pour les apporter aux archers qui défendent les murailles de la ville.

Malheureusement, le film souffre aussi de longueurs (si une durée de 105 minutes ne parait pas excessive pour ce genre de production LES CONQUERANTS HEROIQUES semble souvent tirer à la ligne), de quelques flashbacks (issus de LA GUERRE DE TROIE) pas toujours bien intégrés à l’intrigue et de dialogues pauvrement écrits. Cela rend l’entreprise quelque peu boiteuse en dépit de ses indéniables qualités : on est donc passé à côté d’un incontournable du péplum italien pour ne recevoir, au final, qu’un bon péplum. Ce n’est déjà pas si mal au milieu des dizaines de sous-produits fauchés proposés à la même époque. 

Plus intimiste que son prédécesseur, LES CONQUERANTS HEROIQUES demeure un péplum de bonne facture, réalisé avec un certain souci de réalisme et un minimum d’ambitions. Le tout se regarde avec plaisir et saura contenter les amateurs du genre, lesquels pourront ensuite poursuivre (en quelque sorte) cette histoire en visionnant le HELENE DE TROIE de Ferroni ou le ROMULUS ET REMUS de Corbucci.

Fred Pizzoferrato - Août 2017