CONTES IMMORAUX
Titre: Contes immoraux
Réalisateur: Walerian Borowczyk
Interprètes: Fabrice Luchini

 

Paloma Picasso
Lise Danvers
Charlotte Alexandra
Florence Bellamy
Jacopo Berinizi
 
Année: 1974
Genre: Erotique
Pays: France
Editeur Carlotta (Blu ray)
Critique:

Réalisé en 1973, CONTES IMMORAUX lance véritablement la carrière « érotique » de Walerian Borowczyk qui lui permettra de proposer une dizaine de films variablement convaincants, du très réussi INTERIEUR D’UN COUVENT au désastreux (et incompréhensible) INTERIEUR D’UN COUVENT. Dans sa version longue intégrale (dite « âge d’or »), CONTES IMMORAUX comprend cinq sketches forcément inégaux.

Adapté d’André Pieyre de Mandiargues, le premier d’entre eux, « La marée » est un classique mais plaisant récit d’initiation amoureuse dans lequel on découvre un tout jeune Fabrice Luchini honoré par sa cousine au rythme des marées. En dépit d’un rythme lent et de références philosophiques un peu abscons plaquée sur ce qui n’est, en définitive, qu’un petit sketch sexy imprégné d’humour (un reproche que l’on peut d’ailleurs adresser à tous les épisodes de cette collection érotique), « La marée » s’avère réussi. Convaincant dans sa simplicité, il reste peut-être le segment le plus satisfaisant de l’anthologie. 

Le second épisode nous propose de suivre Thérèse qui, enfermée dans sa chambre pendant trois jours et trois nuits, philosophe…mais pas seulement. La jeune fille, au début du XXème siècle (apparemment) a été punie par sa mère pour avoir disparu après la messe. Le récit mélange les voix perçues par la jeune femme (attribuée au Saint Esprit), des photos érotiques découvertes dans la pièce et un livre de Sade, « Thérèse philosophe » pour se combiner lors d’une longue scène (suggérée mais relativement explicite) de masturbation à l’aide d’un concombre. 

La suite consiste en un épisode, le plus osé, consacré à la légende historique de la Bête du Gévaudan. Il fut d’ailleurs retiré du long-métrage par Borowczyk et servit de base à son œuvre la plus célèbre, LA BETE. Condensé sur une durée réduite, ce conte de fée pour adultes teinté de zoophilie fantastique fonctionne de belle manière et s’avère même plus intéressant que sa contrepartie allongée sortie deux ans plus tard. 

Le quatrième segment se consacre à la célèbre comtesse hongroise Erzebeth Bathory campée par Paloma Picasso. Conformément à une intrigue aujourd’hui bien connue (illustrée notamment par la production Hammer COMTESSE DRACULA et surtout par l’excellent LA COMTESSE de Julie Delpy), Bathory kidnappe des jeunes filles, les dénude pour qu’elles se baignent puis leur offre une liqueur empoissonnée qui les pousse à une frénésie érotico-sanglante. Au final, la douzaine de demoiselle repose dans un (littéral) bain de sang qui permet à la comtesse de s’y plonger afin d’atteindre l’immortalité. Rien de très original (d’autan que le tout se révèle fort prévisible) mais une belle esthétique de la violence sexualisée qui rend l’épisode agréable par son mélange de nudité juvénile dévoilée et de sang. 

Le dernier détaille les mœurs de Lucrèce Borgia tandis qu’elle se rend chez son père, le pape Alexandre VI qui règne sur Rome avec son fils. Inceste, perversion et autres pratiques attribuées aux Borgia sont dépeintes dans ce sketch à la fois esthétique et anticlérical. 

Petit classique du cinéma érotique européen aux prétentions à la fois auteurisantes, populaires et littéraires, CONTES IMMORAUX s’avère fatalement inégal mais demeure plaisant à suivre quoique les spectateurs uniquement intéressés par l’aspect charnel risquent de trouver le temps un peu long. Pour les autres, le film est à redécouvrir et demeure sans doute un des plus convaincants de son auteur.

Fred Pizzoferrato - Mars 2017