LE COUVENT DES PECHERESSES
Titre: Convent of Sinners / La monaca del peccato
Réalisateur: Joe d'Amato
Interprètes: Eva Grimaldi

 

Karin Well
Gabriele Gori
Jessica Moore (as Gilda Germano)
Gabriele Tinti
Maria Pia Parisi
Martin Philips
Année: 1986
Genre: Nunsploitation / Drame érotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Cette adaptation plus ou moins officielle du roman anticlérical « La Religieuse » de Diderot par Joe d’Amato laissait espérer une œuvre de pure exploitation mais le regretté cinéaste italien prend de court ses fans les plus pervers et offre un métrage étonnamment sérieux et timoré, quoique non dénué d’intérêt.

L’intrigue s’attache à Susanna, une belle jeune fille violée par son propre père envoié au couvent par sa mère pour éviter le scandale. Une fois arrivée sur place, la novice est prise en charge par les religieuses et, en particulier, par la Mère Supérieure, laquelle tombe immédiatement amoureuse de la nouvelle venue. Susanna, pour sa part, n’est guère sensible aux avances de la directrice du couvent et rêve de s’échapper des murs de cette « prison » pour retrouver le monde séculier. Cependant, l’intérêt de la Mère Supérieure pour Susanna ennuie beaucoup Sœur Thérèse, laquelle partage une intimité complice avec la directrice et rêve même de prendre sa place, d’autant que la Mère Supérieure semble gravement malade et promise à un trépas prochain. Profitant de la faiblesse de la directrice, Sœur Thérèse décide de se débarrasser de la pauvre Susanna à laquelle elle inflige diverses humiliations avant d’élaborer un odieux stratagème visant à l’accuser d’être possédée par le démon.

Même si Joe d’Amato se permet une poignée de scènes d’exploitation dans la tradition des « nunsploitation », le côté anti catholique prédomine dans ce CONVENT OF SINNERS, bien plus axé sur le drame que sur l’érotisme ou l’épouvante. Certes, le cinéaste propose de nombreux passages de nudité et quelques touches de violences sadiques, en particuliers des flagellations vigoureuses, mais le métrage reste fort timide, surtout en comparaison des œuvres habituelles de Joe d’Amato, comme par exemple le similaire mais nettement plus explicite LES AMOURS INTERDITES D’UNE RELIGIEUSE. La scène d’exorcisme, placée en fin de métrage, demeure, elle aussi, étonnamment modérée en dépit de l’utilisation par le prêtre d’une seringue énorme remplie d’eau bénite injectée dans l’entrejambe de la soi-disant possédée afin de la purifier de ses péchés.

La mise en scène, pour sa part, se révèle soignée et professionnelle, servie par une jolie photographie tirant admirablement parti des couleurs et des ombres afin de conférer au film une atmosphère dramatique et solennelle. Une impression renforcée par la musique, appropriée et mélancolique, qui utilise adéquatement les orgues et les chœurs angéliques. Les interprètes, eux, effectuent un honnête boulot et, outre Eva Grimaldi incarnant la jeune religieuse, l’amateur retrouve, dans le rôle secondaire de Monseigneur, le fameux Gabrielle Tinti, un des visages les plus familiers du bis italiens ayant tourné dans plus d’une centaine de films jusque son décès prématuré en 1991.

En dépit de ses arguments d’exploitation, CONVENT OF SINNERS présente surtout un portrait peu flatteur de l’Eglise catholique, institution décadente et rongée par la crainte du péché même si chacun s’y adonne en secret. Excepté la pauvre Susanna, novice littéralement emprisonnée dans le couvent, pratiquement tous les personnages sont faibles ou détestables. La Mère Supérieure cherche à abuser de la jeune recrue, Sœur Thérèse conspire pour devenir directrice du couvent et se montre prêt à tout pour parvenir à ses fins et même le prêtre, en apparence plus sympathique, n’est guère plus recommandable et se parjure pour garder ses avantages. Quand aux hauts dignitaires ecclésiastiques, ils sont obsédés par la peur du scandale et d’une telle hypocrisie qu’ils préfèrent, au cours d’un simulacre de procès, sacrifier une innocente plutôt que d’admettre les fautes de leur Eglise décadente.

Si la pauvreté des décors trahit le budget restreint dont a bénéficié Joe d’Amato, CONVENT OF SINNERS reste une petite production soignée et intéressante, un des ultimes coups d’éclat du cinéaste avant sa reconversion définitive dans le porno pur et dur.

Mélange de drame, de considérations (anti) religieuses et d’érotisme, CONVENT OF SINNERS se révèle divertissant mais fonctionne davantage comme un film sérieux (si, si !) qu’un banal titre d’exploitation. Cette sobriété dans l’excès s’avère, par conséquent, à la fois un défaut et une qualité mais rend le métrage plaisant même si nous sommes loin d’une grande réussite de la nunsploitation. A voir pour les amateurs ne dédaignant pas un peu de rigueur, voire d’intellectualisme, entre deux scènes de nu et une flagellation sadienne.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011