COMTESSE DRACULA
Titre: Countess Dracula
Réalisateur: Peter Sasdy
Interprètes: Ingrid Pitt

 

Nigel Green
Sandor Elès
Maurice Denham
Lesley-Anne Down
Patience Collier
Peter Jeffrey
Année: 1971
Genre: Epouvante / Fantastique
Pays: Grande Bretagne
Editeur Mad Movies
Critique:

Au début des années ’70, la Hammer entame son lent processus de déclin et cherche à renouveler son fond de commerce en l’adaptant au goût du jour. Davantage de scènes sanglantes, un érotisme plus prononcé, des concessions aux genres les plus en vogue (le kung fu, par exemple), donnent naissance à des produits un peu bâtards comme DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES, LES SEPT VAMPIRES D’OR ou la trilogie consacrée aux Karnstein débutée par THE VAMPIRE LOVERS.

Ce souci de moderniser d’anciens postulats et d’offrir de nouvelles pistes à des schémas narratifs classiques se retrouve également dans cette COMTESSE DRACULA, faux film de vampires pourtant artificiellement rattachée, via son titre, à la saga la plus populaire de la Hammer. L’intrigue trouve sa source dans les exactions d’une meurtrière célèbre, la comtesse Elisabeth (ou Erzebeth) Bathory, laquelle vécu en Hongrie de 1560 à 1614.

Cette noble aurait, aidée de quatre complices, enlevé, torturé et tué un grand nombre de jeunes filles vierges (une cinquantaine probablement même si certaines rumeurs mentionnent 300 voire 650 crimes). D’autres légendes, aujourd’hui battues en brèches par les historiens, prétendent que Elisabeth Bathory se baignait dans le sang de ses victimes pour conserver sa jeunesse.

L’histoire de cette « comtesse sanglante » inspira évidemment de nombreux cinéastes, romanciers et musiciens mais COMTESSE DRACULA fut un des premiers long-métrages à lui être consacré, même si le plus réputé reste sans doute celui de Jorge Grau, CERMEONIA SANGRIANTA, d’ailleurs parfois connu lui-aussi sous le titre de « Comtesse Dracula ».

Evidemment, la vérité historique, d’ailleurs sujette à caution vu les différentes théories avancées au sujet de Bathory, subit un sort similaire à celui réservé à Raspoutine dans RASPOUTINE LE MOINE FOU, proposé par la compagnie quelques années auparavant. A savoir une emphase vers le spectaculaire et le sordide, empreints d’érotisme et d’horreur sanglante ainsi que de surnaturel. Malheureusement, la recette fonctionne ici beaucoup moins efficacement, en grande partie vu le manque d’audace du cinéaste et d’une intrigue un peu sous-exploitée.

Elisabeth Nodosheen se prépare à recevoir la visite de sa fille Ilona dans son château de Hongrie. Vielle veuve décrépie s’amusant à brutaliser ses jeunes servantes, la comtesse découvre par hasard les vertus rajeunissantes du sang humain. Malheureusement, l’effet ne dure guère et Elisabeth s’adjoint les services d’un noble qui la désire depuis longtemps afin d’enlever de jeunes demoiselles qu’elle exécute ensuite pour se baigner dans leur sang vivifiant. Machiavélique, la comtesse fait également kidnapper et séquestrer sa fille et endosse son identité pour pouvoir courtiser un hussard vigoureux, le lieutenant Imre Toth, qu’elle projette d’épouser. Mais pour entretenir sa jeunesse, Elisabeth a besoin de toujours plus de sang vierge et la terreur s’installe dans les environs du château de la sorcière.

Le métrage de Peter Sasdy (lequel venait de livrer l’efficace UNE MESSE POUR DRACULA) tente une approche quelque peu originale en combinant les éléments (plus ou moins) historiquement exacts de la vie de la comtesse Bathory au fantastique pur, lequel biaise quand même avec le mythe du vampire. En effet, la comtesse n’est pas un véritable vampire mais plutôt une femme tellement aveuglée par son désir de jeunesse et d’amour qu’elle recourt à la magie noire pour parvenir à ses fins.

Ingrid Pitt, dans ce rôle complexe, livre une belle composition et parvient à rendre ce personnage à la fois pathétique, monstrueux, séduisant et même attachant par instant. Nigel Green, incarnant pour sa part son soupirant et complice, se montre tout aussi convaincant, partagé entre l’horreur de ses actes et son amour pour la vieille comtesse, elle-même attirée par un jeune soldat une fois sa jeunesse retrouvée.

Si COMTESSE DRACULA se montre intéressant de part son sujet et la personnalité de ses principaux protagonistes, la mise en scène de Peter Sasdy ne se montre malheureusement pas à la hauteur du propos. Quoique confectionné avec un certain soin, le film trahit ainsi un caractère un peu ampoulé et artificiel, témoignant d’une reconstitution minutieuse mais sans éclat.

Le cinéaste abuse aussi de décors pas vraiment convaincants pour proposer un cadre historique un peu décevant et son souci de bien faire rend paradoxalement le métrage peu crédible et dépourvu de panache. Peter Sasdy se complait en effet dans une mise en scène très classique, à l’académisme frileux, dénuée de la moindre folie et manquant singulièrement de punch. Le sujet, sulfureux, eut sans doute bénéficié d’une petite dose de perversité ou même simplement de sensualité mais COMTESSE DRACULA reste désespérément sage et évacue pratiquement tout l’érotisme attendu. Niveau horreur, même déception, la suggestion reste de mise et les actes horribles de la comtesse seront plus devinés que réellement dévoilés, donnant au métrage un parfum assez désagréable de « téléfilm vaguement audacieux ».

COMTESSE DRACULA apparaît en définitive comme un film sans saveur particulière, bien trop timoré, sage et linéaire pour susciter autre chose qu’un intérêt poli. Soigné mais jamais passionnant, COMTESSE DRACULA constitue un livre d’images pseudo historiques et à l’imagerie horrifique mais dont l’atmosphère guindée aurait gagné à offrir plus de frissons pour éviter de sombrer dans l’illustration un poil ennuyeuse d’un « fait divers macabre ».

Cela dit les inconditionnels de la Hammer y retrouveront, du moins en partie, les qualités inhérentes aux productions de la compagnie et pourront donc y trouver un certain intérêt.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2010