CRADLE OF FEAR
Titre: Cradle of Fear
Réalisateur: Alex Chandon
Interprètes: Dany Filth

 

Eileen Daly
Stuart Long
Louis Brownsell
Emily Booth
Angela Kay
Rebecca Eden
Année: 2001
Genre: Horreur / Film à sketches / Gore
Pays: Angleterre
Editeur  


Critique:

Le tueur en série Kemper, aidé de ses suppôts de Satan, déclenche les pires atrocités sur son passage. Une jeune gothique sexy passe la nuit avec un maniaque qui la met enceinte d'une créature infernale. Deux lesbiennes massacrent des vieillards de manière horrible. Un homme riche, amputé d'une jambe, est prêt à toutes les extrémités pour retrouver le membre manquant. Un amateur de sites Internet illégaux plonge dans l'enfer des snuff movies. Et, pendant ce temps, l'inspecteur Nielsen tente d'arrêter Kemper et son pire disciple, The Man.

Dani Filth, chanteur du groupe black metal Cradle Of Filth joue les maîtres de cérémonie dans cette anthologie composés de cinq histoires liées par un fil conducteur un peu vague. Jadis partiellement diffusé avant les concerts du groupe, le film est aussi fauché que gore, avec une nette propension à dénuder ses interprètes féminines, souvent gothiques et sexy, pour les couvrir de sang la scène suivante. Lors des concerts, les réactions du public sont d'ailleurs plus qu'enthousiastes dès qu'une belle poitrine montre le bout de ses tétons. Très drôle! Cette édition DVD permet enfin de visionner le métrage dans des conditions plus normales, à savoir dans son intégralité et avec le son. Mais il n'est pas certain qu'on y gagne au change!

Alex Chandon tente de recréer, avec un certain bonheur, les grandes heures de l'horreur anglaise, puisant son inspiration dans les classiques de la Amicus (HISTOIRES D'OUTRE-TOMBE, ASYLUM, etc.) et dans les oeuvres plus récentes, celles de Clive Barker en tête. Le cinéaste avoue d'ailleurs ses références puisque le maniaque est enfermé dans le Amicus Asylum. Un clin d'œil supplémentaire dans un métrage qui ne manque pas d'humour, fut-il très noir.

Auteur de quelques bis amateurs particulièrement immondes (BAD KARMA, DRILLBIT), le cinéaste s'est rapidement découvert des affinités naturelles avec Cradle Of Filth, pour lesquels il réalisa plusieurs clips: "From The Cradle To Enslave", "Her Ghost In The Fog", "Born In A Burial Ground" et "No Time To Cry". En remerciement, le groupe a co-produit le nouveau long métrage de Chandon et, bien sûr, ils participent à la bande son. On les voit également jouer en live dans le premier segment.

D'un intérêt variable, les intrigues développées restent assez simples et la chute est souvent trop prévisible pour impressionner les aficionados. Le segment consacré aux snuff movies interactifs (via Internet) est cependant impressionnant malgré une fin attendue. Le reste du métrage présente une demoiselle sexy engrossée par un démon vicelard (Dany Filth himself!), des tueuses lesbiennes qui s'entretuent joyeusement, etc. Pas très original.

Si les scénarios n'ont rien de révolutionnaire, le réalisateur met cependant le paquet au niveau du gore avec une bonne santé réjouissante en dépit de l'amateurisme des effets spéciaux. Le fan le plus difficile risque d'être comblé tant le sang gicle jusqu'au plafond dans une suite ininterrompue de mutilations abominables et de meurtres immondes. Evidemment, les grincheux rétorqueront que les maquillages sont mal fichus et les effets souvent médiocres. C'est (généralement) vrais mais le gore proposé n'en demeure pas moins efficaces pour les nostalgiques du latex et les allergiques aux retouches numériques, dans une tradition remontant directement aux premières boucheries de Hershell Gordon Lewis ou Andy Milligan.

Passons au gros point noir du métrage: les acteurs et actrices n'ont rien de convaincants, hélas, et leur jeu, amateur, s'avère souvent désastreux. Alex Chandon n'a clairement pas choisi les demoiselles pour leur qualité d'interprétation (les deux "lesbiennes" du troisième segment sont catastrophiques!), plutôt pour leur physique avenant qu'elles n'hésitent jamais à dévoiler pour des motifs futiles. Mais n'oublions pas que les interprètes sont souvent mauvais comme cochon dans les films amateurs et ce CRADLE OF FEAR ne fait pas exception.

Autre bémol: esthétiquement, le métrage parait pauvre et se rapproche des téléfilms érotiques ou des direct to vidéo horrifiques si courrant actuellement. Seul le niveau de sang versé (très élevé!) fait la différence avec une quelconque production horrifico-sexy de fin de soirée.

Beaucoup trop long (deux heures!) pour passionner vraiment, très amateur, trop bavard, et bourré de défauts criants, CRADLE OF FEAR reste néanmoins atroce et sexy, ce qui compense en partie ses nombreux défauts et son côté franchement rarement ennuyeux. Sympathique, à condition d'aimer les petits budgets outranciers confectionnés avec un véritable amour du genre. Ca change du dernier blockbuster en date mais l'ensemble ne vole quand même pas très haut!

En guise de bonus, pas grand-chose à se mettre sous la dent, si ce n'est un making-of et deux bandes annonces. Le making of révèle quelques trucs concernant les effets spéciaux et nous montre la bonne humeur régnant sur un tournage apparemment très rock & roll avec de belles filles dénudées, des figurants typés Black Metal et des sceau de sang en veux tu, en voilà. L'image est tout à fait correcte et le son propose du dolby digital 5.1., mais la version française est imposée. Pour un prix aussi dérisoire, il serait malgré tout malvenu de se plaindre.

Fred Pizzoferrato - Novembre 2007