CRASY DESIRES OF A MURDERER
Titre: I vizi morbosi di una governante
Réalisateur: Filippo Walter Ratti
Interprètes: Corrado Gaipa

 

Roberto Zattini
Isabelle Marchall
Annie Carol Edel
Gaetano Russo
Giuseppe Colombo
Patrizia Gori
Année: 1973 / 1977
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Tourné en 1973, au plus fort de la vague giallo (comme nous l’apprend le site spécialisé Euro Fever), sous le titre « Gli occhi verdi della morte », CRASY DESIRES OF A MURDERER demeura, durant trois ans, dans les tiroirs des producteurs avant d’obtenir un visa de sortie en 1976. Hélas, la mode du giallo étant largement passée, le film ne trouva pas son public durant sa brève carrière sur les écrans italiens, en 1977. Il fut d’ailleurs exploité sous un nouveau titre (que l’on peut traduire par « les vices morbides d’une gouvernante ») qui s’éloignait des clichés du thriller italien et évoquait davantage une sexploitation.

Malheureusement pour les amateurs de chair fraiche, le long-métrage fut amputé de divers plans « chauds » (révélés, entre autre, par un photo-roman publiés durant les seventies) comme un cunnilingus, des scènes d’amour plus corsées et même une masturbation féminine effectuée à l’aide d’une bougie taillée de manière phallique. Des passages hélas absents (ou largement écourtés) du film actuellement visible, lequel, malgré ces manques flagrants (les coupes furent sévères et donnent l’impression d’un montage haché), reste un plaisant giallo, proche d’un whodunit nostalgique à la Agatha Christie.

Ileana de Chablais revient dans le castel familial après un périple autour du monde en compagnie de quelques amis. Les fréquentations d’Ileana n’étant pas toujours… fréquentables, elle est accompagnée d’individus louches dont deux sont impliqués dans un trafic de drogue. Le père de la jeune fille, le baron de Chablais, un original solitaire, vit en reclus sans sa propriété en compagnie de sa gouvernante, la peu farouche Bertha, et de son fils, Leandro, passionné par la taxidermie. Ce-dernier a, durant son enfance, découvert sa mère en situation compromettante et, depuis, il vit pratiquement enfermé dans les caves de la demeure. Les autres invités d’Ileana cachent, pour la plupart, l’un ou l’autre secret et une émeraude de grande valeur, dissimulée dans le château, attise, elle-aussi, les convoitises. Une des invitées, Elsa, est découverte assassinée et énuclée et l’assassin poursuit ses méfaits avec une seconde victime. La police arrive pour démasquer le criminel…

Traditionnel et sans grande surprise, CRASY DESIRES OF A MURDERER constitue un giallo divertissant mais rapidement oubliable. Son principal intérêt réside dans le personnage de l’enquêteur, un policier qui ne paie pas de mine mais s’avère cependant un fin limier rappelant quelque peu Hercule Poirot. Simplement dénommé « l’inspecteur », ce nonchalant mais efficace représentant des forces de l’ordre est incarné avec conviction par Corrado Gaipa, un acteur vu dans de petits rôles dans une poignée de giallo (L'UOMO DAGLI OCCHI DI GHIACCIO, JOURNEE NOIRE POUR LE BELIER, FOLIE MEURTRIERE) et qui, après une brève apparition dans LE PARRAIN, travailla surtout pour la télévision. Le reste du casting se compose de seconds (voir de troisième) couteaux du bis aujourd’hui complètement oubliés à l’exception de Patrizia Gori (HELGA LA LOUVE DE STILBERG, ELSA FRAULEIN SS, BACCHANALES INFERNALES) qui se contente d’un rôle secondaire (celui de la première victime !).

Le réalisateur vétéran Filippo Walter Rati (né en 1914) terminait là sa carrière débutée à la fin des années ’40 avec le drame biographique ELEONORA DUSE. Les amateurs de fantastique se souviennent sans doute plus volontiers de son pourtant très moyen LA NUIT DES DAMNES, un mélange d’horreur et d’érotisme tourné en 1971.

Pour son dernier film (et son unique giallo), le cinéaste ne cherche guère à innover mais offre un joyeux mélange de clichés situé entre le policier « à l’ancienne » et l’érotisme plus moderne. Le quota « sexy » est donc bien représenté même si les coupes (fort visibles) ont mutilé le métrage de ses passages les plus « hot ». Des intermèdes d’ailleurs peu utiles au déroulement de l’intrigue proprement dite qui met, hélas, un temps certain avant de réellement démarrer.

La majorité des crimes sanglants (aux effets de maquillage approximatifs) se concentre par conséquent dans la seconde moitié d’un long-métrage languissant et pas toujours passionnant. Pour « tenir » la durée, pourtant réduite à 85 minutes, le cinéaste introduit en outre une sous-intrigue à base de trafic de drogues qui sera finalement connectée, de manière assez artificielle, à la principale ligne narrative.

Tout ça sent le produit opportuniste, hâtivement conçu pour profiter d’un engouement passager avant qu’il ne s’estompe, comme si les producteurs avaient inscrit sur un aide-mémoire tous les « passages attendus » du giallo et s’étaient empressé de les cocher dans le scénario afin de se conformer aux attentes, supposées ou réelles, des amateurs du genre. D’où l’impression de déguster un plat aux ingrédients bien choisis mais confectionnés sans saveur ni inspiration.

Copieux mais peu nourrissant, CRASY DESIRES OF A MURDERER s’avère agréable à regarder mais disparaît rapidement des mémoires, à la manière de nombreuses productions similaires de consommation courante. Un titre qui plaira aux inconditionnels du giallo mais ne risque pas de convertir les réfractaires aux joies du thriller à l’italienne.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012