CREATION OF THE HUMANOIDS
Titre:  The Creation of the Humanoids
Réalisateur:  Wesley E. Barry
Interprètes:  Don Megowan

 

 Erica Elliott
 Frances McCann
Don Doolittle
David Cross
Richard Vath
 
Année: 1962
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur Artus Films
Critique:

Cette petite production de science-fiction possède indéniablement de bonnes idées mais souffre d’une mise en scène statique et d’une interprétation figée qui la rend assez indigeste. L’intrigue, qui traite de manière plus subtile que de coutume d’une révolte des robots rappelle à bien des égards les nouvelles d’Isaac Asimov, les androïdes obéissant d’ailleurs à une version remaniée de la célèbre Première Loi, laquelle leur interdit de causer du tort aux humains. D’autres éléments du scénario se rapprochent de l’œuvre de Philip K. Dick (où rien n’est jamais tel qu’on le croit) et anticipent les questionnements de la vague cyberpunk quant aux liens entre l’homme et la machine. Les maquillages de Jack Pierce (dont se fut le dernier film) sont corrects pour l’époque et les (rares) décors réussis en dépit d’un manque de moyens préjudiciable, d’autant que la photographie est travaillée et les éclairages plaisamment colorés. Hélas, cela ne compense pas le manque de budget patent et les interminables dialogues (l’ensemble frôle le film à thèse et les comédiens - d’un grand amateurisme - déblatèrent des tirades longuettes et pesantes qu’ils peinent à rendre crédibles).

Le scénario, toutefois, intrigue : une guerre nucléaire a dévasté la terre et le taux de natalité des humains est en chute libre. Pour assurer la survie de l’espèce, l’Homme compte sur les robots, appelés péjorativement « cliqueurs » en raison de leur nature mécanique. Ces humanoïdes reçoivent une évaluation sur une échelle allant de 1 à 100, le niveau final représentant l’homme machine idéal impossible à différencier de l’humain. Cependant, la sophistication des robots entraine également l’émergence de mouvements d’opposition comme Chair et Sang qui refuse leur multiplication. Un membre de cette organisation, Craigus, découvre, horrifié, les épousailles de sa sœur, Esme, avec un robot. Dans le même temps une autre machine, s’affranchissant de la Première Loi, tue un humain qui menaçait les androïdes. La révolution est-elle en route ?

Considéré comme le film préféré d’Andy Warhol, CREATION OF THE HUMANOIDS apparait complètement dénué d’action et, au final, très prévisible dans son déroulement, y compris lors du twist. Aujourd’hui attendu et quelque peu usé, il devait cependant probablement fonctionner à l’époque. Cette curiosité des sixties tente en outre une approche plus intellectuelle et littéraire des grandes thématiques habituelles (guerre nucléaire et ses conséquences, robotisation échappant à tout contrôle) de la science-fiction. Certaines questions grossièrement abordées ici se retrouveront d’ailleurs par la suite dans les plus fortunés BLADE RUNNER, I ROBOT ou GHOST IN THE SHELL et quelques échanges dialogués se montrent pertinents (« plus nous ressemblons aux hommes plus ceux-ci nous haïssent pour cela ») en dépit de la maladresse générale du long-métrage.

En dépit de sa lenteur exaspérante (d’une durée de 80 minutes, il en parait le double), quelques bonnes idées et l’une ou l’autre scènes réussies empêchent de considérer ce CREATION OF THE HUMANOIDS comme un ratage total. Avec beaucoup d’indulgence, il est même possible d’y prendre un certain plaisir.

Fred Pizzoferrato - Décembre 2016