LA REVANCHE DE LA CREATURE
Titre: Revenge of the Creature
Réalisateur: Jack Arnold
Interprètes: John Agar

 

Lori Nelson
John Bronfield
Nestor Paiva
Grandon Rhodes
 
 
Année: 1955
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

EN 1954 la Universal venait de revenir sur le devant de la scène horrifique suite au succès de L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR, une excellente production tournée en relief qui introduisait un nouveau monstre, le Gill Man, au sein du bestiaire classique de la compagnie. Ayant délaissé les créatures fantastiques depuis une dizaine d’années (les sagas consacrées à la Momie, à Frankenstein, à Dracula, à l’Homme Invisible et au Loup-garou ayant sombré dans la décadence des parodies menées par le duo comique des « deux nigauds » Abbot et Costello), la Universal devait se montrer particulièrement satisfaite de cette créature du lac noir ayant rapporté beaucoup d’argent et bénéficiant, en outre, d’une excellente réputation critique. Une séquelle devait logiquement voir le jour le plus rapidement possible et cette REVANCHE DE LA CREATURE arriva sur les écrans dès 1955.

Le scénario s’applique donc à reproduire la recette ayant si bien fonctionné lors du premier film en envoyant deux scientifiques en Amazonie sur les traces d’un mystérieux homme amphibie hantant les eaux du Lagon Noir. Lucas, capitaine du bateau Rita II emmène donc Clete Ferguson et Joseph Hayes au fond de la jungle afin de capturer le « Gill Man » dans le but de l’étudier à des fins scientifiques mais également de l’exhiber dans un parc de loisirs aquatiques appelé Ocean Harbor. La technique employée est simple : nos savants balancent de la dynamite au fond du lagon, tuent tous les poissons et attendent que le Gill Man fasse surface, assommé mais flottant sur les eaux du lagon. Plongé dans le coma, le monstre amphibie est finalement ramené à Ocean Harbor et ranimé par un Ferguson intrépide. Le Gill Man est donc enfermé dans son aquarium et Ferguson va tenter de lui apprendre quelques tours digne d’un dauphin en captivité, tout en flirtant gentiment avec la jolie étudiante Helen. Sans doute un peu lassé de se comporter en animal de cirque, la créature va finalement briser ses chaînes et se lancer dans une frénésie de destruction. Notre monstre venant sans doute de voir KING KONG et étant jaloux du grand singe il se lance aussi aux fesses de la belle Helen mais heureusement Ferguson veille sur sa belle et tendre et va se dresser fièrement face au Gill Men enragé.

Séquelle hâtivement mise en place pour capitaliser sur le succès du précédent épisode, LA REVANCHE DE LA CREATURE peine à retrouver les qualités de l’original. Le scénario, tout d’abord, n’innove aucunement en reprenant la plupart des éléments du premier film, mélangés à des emprunts à KING KONG, et aboutissant à une intrigue linéaire et simpliste déjà vue et revue dans de nombreuses séries B antérieures. Les interprètes, pour leur part, ne se montrent pas franchement intéressés par leur rôle mais il faut reconnaître, à leur décharge, que la caractérisation de leur personnage ne s’élève jamais au dessus des clichés les plus éculés du cinéma fantastique.

La réalisation de Jack Arnold se place elle aussi au diapason, oubliant toute ambition et renonçant aux qualités développées dans L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR pour se contenter d’illustrer platement un script bien trop faible pour maintenir l’intérêt. Le rythme, en outre, se monstre souvent assoupi et une bonne moitié du métrage se voit occupé par les relations amoureuses entre nos deux héros qui tentent d’apprendre à la créature l’un ou l’autre tour de cirque. Rien de passionnant et il faut vraiment attendre la dernière demi-heure pour donner un peu d’animation à l’intrigue. Enfin, autre défaut, le lagon noir amazonien aussi beau qu’irréel cède la place au bout de dix minutes à un environnement urbain d’une totale banalité : la petite ville américaine menacée commune à toutes les séries B des années 50.

Tourné en relief, un procédé alors en vogue, LA REVANCHE DE LA CREATURE suit donc les traces du premier film mais n’en retrouve presque jamais le charme. Très prévisible, l’ensemble se conclut en outre sur une scène finale quasi identique à celle de L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR, prouvant visiblement le peu d’implication ayant présidé à la conception de cette séquelle sans doute trop vite expédiée sur les écrans. Reste quelques passages plus réussis et la créature en elle-même, moins effrayante et plus émouvante. Et, pour les plus mordus, l’apparition éclair d’un tout jeune Clint Eastwood dans son premier « rôle ».

LA REVANCHE DE LA CREATURE s’avère donc une grosse déception qui se laisse néanmoins regarder d’un œil distrait par les inconditionnels du fantastique rétro. Mais il ne faut pas en attendre beaucoup pour s’en satisfaire.

Fred Pizzoferrato - Avril 2009