CREEPSHOW 3
Titre: Creepshow 3
Réalisateur: Ana Clavell & James Glenn Dudelson
Interprètes: Stephanie Pettee

 

AJ Bowen
Karen Agnes
Camille Lacey
Emmet Mcguire
Kris Allen
 
Année: 2006
Genre: Fantastique / Horreur / Film à sketches
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1982, l’anthologie horrifique CREEPSHOW, écrite par Stephen King et réalisée par George A. Romero, s’imposa immédiatement comme un classique du film à sketches. 5 ans plus tard, CREEPSHOW 2 suivit avec moins de succès mais reste néanmoins une œuvre honorable. Le projet d’une série télévisée basée sur le film original fut alors envisagé et aboutit finalement, après un changement de nom, à « Tales from the dark side », série qui donna à son tour naissance à un métrage destiné au cinéma, TALES FROM THE DARK SIDE THE MOVIE, connu aussi sous le titre informel de « Creepshow 3 ».

Il faut toutefois attendre le milieu des années 2000 pour que le projet CREEPSHOW 3 remonte à la surface sous l’impulsion de la redoutable compagnie Taurus, détentrice des droits de certains films de George A. Romero. Taurus lance alors sur le marché un lamentable LE JOUR DES MORTS VIVANTS 2 : CONTAGION et un médiocre remake LE JOUR DES MORTS VIVANTS avant de s’attaquer au mythe CREEPSHOW via cette anthologie à petit budget. Evidemment ni George A. Romero ni Stephen King ne sont impliqués dans cette entreprise purement commerciale composée de cinq sketches d’un intérêt très limité.

Le premier sketch, « Alice » concerne une jeune fille égoïste n’aimant guère ses parents et son quartier, qu’elle rêve de quitter. Un jour elle rentre à la maison pour découvrir son père en train d’essayer une nouvelle télécommande universelle, laquelle transforme la réalité à chaque utilisation. Alice expérimente différentes familles (noire, espagnole) alors que son corps se liquéfie à chaque nouvelle utilisation de la télécommande. L’intrigue est médiocre, le jeu d’acteur atroce, la chute particulièrement stupide et seuls les effets de maquillages s’avèrent un minimum convaincant. Heureusement tout ça dure à peine quinze minutes et c’est déjà bien suffisant.

Vient ensuite « The Radio », l’histoire d’un agent de sécurité nommé Jerry vivant dans un ghetto ravagé par la criminalité et régulièrement en butte à son voisin, un proxénète et dealer de la pire espèce. Un soir, Jerry achète une radio à un vagabond et commence à recevoir des messages lui enjoignant de s’emparer d’une forte somme d’argent et de commencer une nouvelle vie. Jerry accepte et part en compagnie d’une prostituée, malgré les avertissements dispensé par la radio. L’acteur principal, AJ Bowen (HOUSE OF THE DEVIL, THE SIGNAL), se montre un minimum convaincant, contrairement au reste de la distribution, absolument calamiteuse. Si le scénario essaie de retrouver le ton des anciens E.C. Comics et leur morale sarcastique (« vous pourriez obtenir ce que vous souhaitez »), « The Radio » traine terriblement en longueur pour aboutir à une chute humoristique extrêmement prévisible. Médiocre !

 

« Rachel the Call Girl » concerne une prostituée trucidant ses clients afin d’atteindre l’orgasme. Evidemment la belle de nuit tombe sur un os le jour où elle reçoit un appel de Victor, un adolescent n’étant pas tout à fait ce qu’il parait être. Linéaire, routinier et sans grand intérêt, le segment bénéficie toutefois de maquillages acceptables et sa durée réduite en rend la vision supportable en dépit d’un scénario troué de toutes parts.

Le quatrième épisode, « The Professor’s Wife » relève un tant soit peu le niveau en proposant un humour absurde et une longue scène gore qui verse dans le pur grand guignol et rappelle les exactions de Hershell Gordon Lewis, un peu dans le style de WIZARD OF GORE. L’histoire nous présente de manière plus approfondie le professeur Drayton, spécialiste de la robotique conviant ses deux meilleurs étudiants à une soirée chez lui. Le vieux savant solitaire s’apprête à convoler avec une très jeune et jolie demoiselle. Mais n’aurait il pas plutôt confectionné un androïde ? Amusant, sanglant, rythmé et efficace dans la limite de ses modestes ambitions, « The Professor’s Wife » constitue le sketch le plus agréable de cette anthologie même si nous sommes loin d’une franche réussite.

« Haunted Dog », la dernière intrigue, concerne un médecin égocentrique et détestable poursuivi par le fantôme d’un sans abri à qui il a offert son hot-dog tombé par terre. Une très banale « vengeance d’outre tombe » dans la lignée des classiques du genre à la HISTOIRES D’OUTRE TOMBE. L’intérêt voisine le zéro d’autant que cette piètre histoire se voit étirée au-delà du supportable en dépit d’un manque complet d’originalité. La chute téléphonée n’arrange rien et l’interprétation catastrophique font de ce segment un vrai calvaire.

Pour lier ces cinq histoires, CREEPSHOW 3 utilise un prologue et un épilogue en animation absolument raté ainsi qu’une technique plus intéressante consistant à entrelacer les différents segments par l’intermédiaire de personnages récurrents, comme le professeur Drayton. L’idée s’avère originale mais assez mal exploitée, même si il s’agit d’un des rares points intéressants de ce calamiteux métrage.

La mise en scène, de son côté, demeure purement illustrative et d’un niveau de sitcom télévisée, impression encore accentuée par une bande sonore pénible alternant muzak de supermarché et jazz d’ascenseur. The Creep en personne effectue une minuscule apparition lors du final, probablement pour tenter de légitimer l’appellation CREEPSHOW 3 mais rien ne fonctionne véritablement dans cette anthologie.

La plupart des films à sketches souffrent d’un manque de cohérence ou d’unité en alternant le bon et le moins bon mais CREEPSHOW 3, pour sa part, réussit à se montrer uniformément mauvais. La première histoire est débile, la seconde médiocre, la troisième à peine regardable, la quatrième tout juste sympathique et la dernière se révèle, elle, totalement nulle. Bref, un bilan très négatif pour une fausse séquelle à oublier charitablement, d’autant que l’exploitation éhontée et scandaleuse de l’appellation « Creepshow » rend le tout profondément antipathique.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2010