LE CRIME DU DOCTEUR CRESPI
Titre: The Crime of Doctor Crespi
Réalisateur: John H. Auer
Interprètes: Erich von Stroheim

 

Harriet Russell
Dwight Frye
Paul Guilfoyle
John Bohn
Geraldine Kay
Jean Brooks
Année: 1935
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur Artus Films
Critique:

Réalisé en 1935, cette variation sur une des plus célèbres nouvelles d’Edgar Allan Poe manque un peu de nerfs pour pleinement convaincre mais bénéficie heureusement d’un casting réputé qui devrait plaire aux cinéphiles nostalgiques.

Le docteur André Crespi est un chirurgien renommé qui, au fil des ans, a développé une jalousie haineuse envers un de ses collègues, Stephen Ross. Ce-dernier a, en effet, épousé une demoiselle, Estelle, dont Crespi était amoureux. Lorsque Ross doit subir une opération, Crespi imagine un stratagème diabolique pour se venger de lui : il lui injecte une drogue paralysante et le déclare mort. Peu après, Crespi explique à sa victime immobilisée son plan : il va l’enterrer vivant et se réveiller, impuissant, au fond de son cercueil. Mais deux médecins, Arnold et Thomas, soupçonnent Crespi et exhument le corps de Ross. Celui-ci, ivre de fureur, s’élance à la poursuite de Crespi, qui se croit hanté par un mort vivant…

Grand acteur et cinéaste de la première moitié du vingtième siècle, Erich von Stroheim incarne le sinistre Crespi avec toute la méchanceté et le sadisme requis, créant un personnage réellement détestable et dangereux. Cette très belle performance constitue, aujourd’hui, un des principaux atouts de ce long-métrage où on retrouve également Dwight Frye, second rôle bien connu de l’âge d’or du fantastique, précocement décédé à 44 ans. Si Frye est apparu dans FRANKENSTEIN, DRACULA, THE VAMPIRE BAT, LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN, FRANKENSTEIN RENCONTRE LE LOUP GAROU, DRUMS OF FU MANCHU et bien d’autres productions plus modestes, il trouve ici une de ses rares quasi tête d’affiche et apparaît en troisième position du générique, derrière von Stroheim et l’inconnue Harriet Russell, dont ce sera l’unique rôle.

Si LE CRIME DU DOCTEUR CRESPI accuse le poids des ans, la mise en scène de John H. Auer reste efficace et use avec bonheur de cadrages étudiés et de gros plans afin d’accentuer l’atmosphère morbide et angoissante du récit. Le passage de l’enterrement, aujourd’hui très cliché, devait produire son petit effet en 1935 et provoquait une sensation d’enfermement et de claustrophobie traduisant la terreur de la victime, enterrée vive avant que la terre recouvre le cercueil en vue subjective. Néanmoins, la réalisation souffre d’une certaine paresse lors des scènes dialoguées dont le côté mélodramatique tranche avec le climat d’épouvante instauré lorsque von Stroheim est présent à l’écran.

Le montage, lui aussi, manque de tonus et, en dépit d’une durée réduite à une petite heure, LE CRIME DU DOCTEUR CRESPI traine un peu en longueur, les éléments horrifiques, évidemment les plus intéressants, étant confinés au dernier quart d’heure de projection.

Les sous-intrigues romantiques occupent, durant les quarante-cinq premières minutes, une trop grande part du récit et nuisent au développement de la principale ligne narrative, en outre trop prévisible et linéaire pour maintenir le moindre suspense. Une telle histoire aurait probablement davantage convenu à un sketch destiné à une anthologie fantastique, les récits de Poe pouvant difficilement être transposés fidèlement sous forme de long-métrage. Trente ans plus tard, Roger Corman trahira d’ailleurs avec bonheur l’écrivain en se servant de ses nouvelles comme de simples bases de travail. La musique, peu présente, aurait également gagné à souligner les péripéties du récit et le manque de budget est, pour sa part, souvent patent.

En dépit de toutes ses faiblesses, LE CRIME DU DOCTEUR CRESPI se regarde cependant sans ennui pour les nostalgiques du cinéma d’horreur des années ’30. Le jeu très chargé d’Erich von Stroheim comblera les amateurs de méchants irrécupérables et participe grandement au plaisir que l’on peut encore éprouver devant cette honnête série B.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012