CRUEL HISTORY OF WOMEN's TORTURES
Titre: Zangyaku jokei-shi
Réalisateur: Shinya Yamamoto
Interprètes: Naomi Tani

 

Yûko Akane
Risa Aoki
Yuki Minami
Serika Mine
Keiko Ôhara
 
Année: 1976
Genre: Horreur / Tortures / Erotique / Film à sketches
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Les films de tortures, dits « ero guru », constituent un pan encore très méconnu du cinéma d’exploitation nippon entre reconstitution historique, horreur gore et érotisme. Si la saga « Joys of Torture » de Teruo Ishii est, à présent, facilement disponible en Occident, beaucoup d’autres métrages similaires et obscurs, produits à la chaine dans la seconde moitié des seventies, attendent encore d’être redécouverts et sortis des puis obscurs d’un Septième Art inavouable.

N’ayant jamais connu de sortie officielle, ce « Zangyaku Onna Kei-shi » circule néanmoins officieusement sous plusieurs titres comme CRUEL HISTORY OF WOMEN’s TORTURES, CRUELTY OF THE FEMALE INQUISITION ou encore CRUEL HISTORY OF THE PRISONERS. Réalisé en 1976, il s’inscrit dans la lignée du similaire SHOGUN’s SADISM qui avait, lui-aussi, tenté de relancer la série des « Joys of Torture » ou des œuvres de Kôji Wakamatsu comme le diptyque 100 YEARS OF TORTURE.

Vétéran du pinku avec, aujourd’hui, plus de 70 longs-métrages à son actif, Shinya Yamamoto dirige adroitement l’ensemble mais doit, hélas, se contenter d’un budget restreint et d’un temps de projection réduit à environ une heure. Dommage car l’un ou l’autre segment auraient mérité davantage de développement pour ne pas se limiter à une exposition rudimentaire suivie d’une longue scène sadique. En l’état, CRUEL HISTORY OF WOMEN’s TORTURES reste, par conséquent, un simple film d’exploitation.

Classiquement, le scénario déroule cinq courts sketches pour une durée totale réduite à environ une heure de projection. Moins porté sur l’esthétisme que les oeuves de Teruo Ishii, CRUEL HISTORY OF WOMEN’s TORTURES se focalise essentiellement sur les sévices franchement sadiques et gratinés étalés à l’écran. Les intrigues des différents segments sont donc rudimentaires, répétitives et pas franchement intéressantes.

La première décrit la vengeance sanglante d’un mari trompé par son épouse volage, laquelle accuse sa femme de chambre et la soumet à la torture pour échapper à la punition. Le deuxième sketch traite, lui-aussi, des conséquences d’un adultère et décrit les tourments d’une demoiselle sexuellement mutilée à coup de cisailles.

L’épisode suivant reprend, de son côté, une thématique déjà plusieurs fois abordée dans les « ero-guru » (entre autre dans FEMMES CRIMINELLES) à savoir la quête d’un artiste souhaitant immortaliser, ici par la peinture, l’expression de la souffrance absolue. Plus travaillé et traversé d’un réel souci esthétique, notamment par l’utilisation de toiles peintres représentant diverses tortures, ce troisième sketch joue également la carte d’un érotisme plus nuancé et moins brutal et offre quelques belles séances de bondage soutenues par de douceâtres mélodies. Naomi Tani, l’une des plus fameuses stars du cinéma « rose » des années ’70 (FLOWER AND SNAKE, UNE FEMME A SACRIFIER), déjà employée à une dizaine de reprises par Shinya Yamamoto y fait d’ailleurs une courte mais remarquée apparition. L’inévitable scène saphique se termine hélas fort mal pour la belle puisque celle-ci finit dévorée (au sens propre après le figuré!) par sa partenaire, rendue folle suite aux tourments infligés par le peintre.

Plus surprenant, le quatrième segment s’intéresse aux héros préférés des cinéphiles pervers des années ’80 : les Ninjas ! Après un court combat dans lequel nos hommes en noir démontrent leurs aptitudes au sabre, l’intrigue (ou ce qui en tient lieu) se déplace dans une grotte où une princesse et sa servante sont violées, martyrisées et exécutées. Pas grande chose d’autre à se mettre sous la dent dans cette saynète dispensable, ni très sexy ni très violente d’ailleurs.

Le dernier sketch revient aux fondamentaux avec cette courtisane, Hama, amoureuse d’un de ses client qui désir fuir le bordel en sa compagnie. Cela ne sera pas du goût de son propriétaire qui la soumettre à la question, façon Inquisition, afin de lui faire avouer l’identité de son amant. Malgré la brutalité des bourreaux, l’histoire baigne dans un romantisme tragique lors des flashbacks à l’eau de rose entre la geisha et son partenaire d’infortune. La fin, attendue mais effective, se situe, elle, dans la tradition des histoires d’amour tragique du cinéma japonais. Autant dire que le happy end en est définitivement proscrit.

Témoignant une nouvelle fois de la logique particulière des censeurs nippons, CRUEL HISTORY OF WOMEN’s TORTURES voile pudiquement les scènes « chaudes » de disgracieuses et envahissantes mosaïques mais propose, parallèlement, une suite de sévices gratinés et sanglants, quoiqu’ils soient essentiellement suggéré.

Complaisant mais soigné, CRUEL HISTORY OF WOMEN’s TORTURES convoque les outrances gore des films d’Hershell Gordon Lewis dans l’univers trouble et esthétique de l’érotisme japonais. Le résultat, pas franchement original, n’en reste pas moins intéressant et rarement ennuyeux étant donné la durée ridiculement courte de cette anthologie.

Entre le drame, la romance, le film historique, l’érotisme et l’horreur teinté de gore, CRUEL HISTORY OF WOMEN’s TORTURES fonctionne plaisamment mais, de part sa nature outrancière, sera évidemment réservé à un public averti.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2013