CRUEL JAWS (JAWS 5)
Titre: Jaws V - Cruel Jaws / Fauci Crudeli
Réalisateur: Bruno Mattei
Interprètes: David Luther

 

George Barnes Jr.
Scott Silveria
Kirsten Urso
Richard Dew
Sky Palma
Norma J. Nesheim
Année: 1995
Genre: Epouvante / thriller / Sharksploitation / aventure
Pays: Italie / USA
Editeur  
Critique:

Le cinéaste italien Bruno Mattei ayant touché à pratiquement tous les sous-genres du cinéma populaire au cours d’une carrière bien remplie, il paraissait évident qu’il veuille, un jour ou l’autre, se frotter à la sharksploitation. Le plus étonnant étant surtout que Mattei n’ait livré sa propre imitation des DENTS DE LA MER qu’en 1995, soit bien longtemps après ses collègues et compatriotes Enzo Castellari (LA MORT AU LARGE) et Joe d’Amato (DEEP BLUE).

A la limite cette sortie tardive s’avérait quasiment téméraire dans le sens où la première vague était passée depuis une bonne demi-douzaine d’années et que le revival de la sharksploitation n’interviendrait qu’au début des années 2000, essentiellement via les productions au rabais de chez Nu Image.

CRUEL JAWS, carrément sorti dans certains pays sous le titre de JAWS 5 (« inspiré par le roman de Peter Benchley » !) ne cherche pas très loin son argument, lequel rappelle énormément LES DENTS DE LA MER...et un peu LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE.

Dag Soerensen dirige un parc aquatique dans la petite station balnéaire de Hampton Bay mais le méchant Samuel Lewis menace de l’expulser. La ville, elle, s’apprête à accueillir une régate qui va relancer l’économie et, en dépit de la mort de trois nageurs, les autorités refusent de fermer les plages. La capture d’un requin tigre de belle taille et la mise en place de grilles de protection sous-marine rassure finalement la population mais, lors de la course de planche à voile, le squale perpétue un véritable carnage. Il apparaît d’ailleurs que l’animal a été élevé par l’armée pour le transformer en véritable machine à tuer et que le naufrage du bateau chargé de le transporter l’a libéré au large d’Hampton Bay…

CRUEL JAWS débute très fort par une séquence directement puisée dans le métrage LA MORT AU LARGE de Castellari, illustrant une nouvelle fois la façon de procéder coutumière de Bruno Mattei qui emprunte à gauche et plagie à droite. Ensuite, nous avons droit à la présentation des différents héros, un incroyable ramassis de clichés comprenant un type musclé (sosie du catcheur Hulk Hogan), sa fille handicapée, un océanographe héroïque, etc. Mattei ne perd pas de temps à les dépeindre, se contentant de les esquisser à très gros traits histoire de meubler un peu le temps de projection avec l’une ou l’autre sous-intrigues totalement inutiles.

Le grand méchant de l’intrigue est, comme d’habitude, un promoteur immobilier véreux (pléonasme ?) décidé à expulser le gentil de son parc d’attraction. Une romance contrariée type Roméo et Juliette écrite par un gamin de 10 ans viendra encore compliquer la situation et permettra l’intervention d’une bande de gangster d’opérette. Ceux-ci n’hésitent pas à s’habiller comme des ninjas échappés d’une réalisation de Godfrey Ho et font le coup de poing sur la plage, tabassant un des gentils pour montrer au monde incrédule à tel point ils sont méchants. Après toutes ces digressions inutiles, le requin vient boulotter une nageuse à la satisfaction générale, Bruno Mattei reprenant gentiment la scène du bain de minuit des DENTS DE LA MER, transposée en plein soleil mais sans apporter d’autre changement notable. Evidemment le talent n’est pas au rendez-vous mais le film continue cependant en proposant un petit massacre lors d’une compétition de planche à voile.

Le moins attentif des spectateurs reconnaîtra les emprunts effectués à LA MORT AU LARGE et surtout aux DENTS DE LA MER 2ème PARTIE. Après l’attaque d’un hélicoptère (toujours repiquée aux collègues évidemment et qui permet une réplique référentielle à souhait « we’re gonna need a bigger helicopter » - rire ! ), Mattei emmène gentiment son film vers une seconde partie attendue, alors que tous les héros embarquent bravement sur un petit bateau pour partir à la chasse au Grand Blanc…pardon au requin-tigre. Et certains prétendent encore que Mattei ne sait que copier sur son voisin. Bon évidemment, le départ du bateau de pêche se fait au son d’une musique très largement inspirée du thème de LA GUERRE DES ETOILES mais ce n’est qu’un détail…

Le cinéaste n’étant pas très regardant, on constate qu’il utilise des stock-shots divers et variés pour illustrer les séquences marines, le requin changeant de taille et de morphologie au fil des séquences. Parfois le squale cède même la place à un dauphin, substitution très visible dont Mattei ne semble avoir cure…de toutes manières le requin mécanique (généralement celui de LA MORT AU LARGE, une fois de plus) ne tromperait pas un enfant de six ans sur sa véritable nature de bouée en caoutchouc maladroitement animée.

Le final voit classiquement la bête exploser sous différents angles, ce qui permet au cinéaste de recaser des images provenant de plusieurs sources, entrecoupées par les manifestations de joie des acteurs hilares. Les interprètes se mettent d’ailleurs au niveau général en sondant les tréfonds de la nullité et en débitant des dialogues d’une stupidité tout simplement sidérante.

En mélangeant des scènes provenant de différents films et en y incorporant des séquences entières plagiées sur LES DENTS DE LA MERT, Bruno Mattei livre en définitive un bon gros nanar de premier choix, rempli de clichés et de scènes plus débiles les unes que les autres. Insupportable au premier degré, CRUEL JAWS s’avère toutefois relativement distrayant au second et s’inscrit résolument au panthéon des métrages les plus crétins de l’histoire du cinéma.

Dans l’état d’esprit approprié, CRUEL JAWS offre donc un divertissement affligeant mais rarement ennuyeux, à recommander aux inconditionnels de la sharksploitation et aux amateurs de nanars purs et durs. Et, à tout prendre, ça reste quand même un (petit) cran au dessus des DENTS DE LA MER IV...

Fred Pizzoferrato - Octobre 2010