LES CROCS DE SATAN
Titre: Cry of the Banshee
Réalisateur: Gordon Hessler
Interprètes: Vincent Price

 

Elisabeth Bergner
Essy Persson
Hugh Griffith
Sally Geeson
Robert Hutton
Patrick Mower
Année: 1970
Genre: Film historique / Fantastique / Horreur
Pays: Grande-Bretagne
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1970 et produit par la firme American International Pictures, LES CROCS DE SATAN marche sur les traces du fameux LE GRAND INQUISITEUR, datant de 1968. Le film s’inscrit donc dans la vague des longs-métrages consacrés aux excès de l’inquisition comme LA MARQUE DU DIABLE ou LE TRONE DE FEU mais se montre largement moins outrancier que ces derniers. Assez classique et linéaire, LES CROCS DE SATAN s’appuie essentiellement sur la composition mémorable d’un Vincent Price particulièrement convaincant dans son rôle de fanatique pour maintenir l’attention du spectateur.

L’intrigue, elle, n’innove guère. Le magistrat Sir Edward Whitman, chrétien convaincu, traque les adeptes de « l’ancienne religion », autrement dit les païens trouvant davantage le réconfort dans les charmes magiques que dans la prière. Les fils de Whitman, eux-aussi, font régner la terreur et abusent sans vergogne de leur autorité afin de violer de jeunes demoiselles sous les yeux d’une populace trop craintive pour intervenir. Cependant, une vieille dame un peu sorcière, Oona, finit par maudire la famille Whitman, dont les membres commencent à périr violemment…

Malgré une amorce intéressante qui laisse espérer à l’a mateur des excès érotico-violents digne de LA MARQUE DU DIABLE, le film de Gordon Hessler s’avère, hélas, bien timoré. Si l’une ou l’autre torture sont présentées (flagellation, victime soumise au pilori, marqué au fer rouge ou suspendue au-dessus d’un feu), celles-ci restent timides et fort peu graphiques. La nudité, par contre, se montre plus généreuse et Hessler dévoile de nombreuse poitrine sans pour autant se vautrer dans l’érotisme, le film restant, ici encore, bien gentillet comparé aux « standards » du genre.

Le cinéaste parait toutefois soucieux de dépeindre un monde médiéval cruel et sombre, loin des clichés véhiculés par les « capes et épées » romantiques produits par Hollywood. Dans cet univers de souffrance, les hommes dominent et exercent leur ascendance sur des femmes soumises, généralement identifiées à des sorcières ou des tentatrices pècheresses. Les puissants, les forts et les riches écrasent complètement le peuple et le soumette à toutes leurs envies, qu’elles soient libidineuses ou cruelles. Par conséquent, leurs décisions s’avèrent incontestables et, sans doute soulagé que le courroux des nantis les épargne, les paysans approuvent tacitement les violences commises ou y participent joyeusement, maltraitant par exemple les supposées sorcières devenues l’exutoire de leur frustration. La reconstitution des mœurs moyenâgeuse se révèle donc réussie et plaisante, d’autant que les décors et costumes sont convaincants en dépit d’un budget sans doute minime et d’un manque de figuration flagrant.

Si le prolifique Gordon Hessler (LE CERCUEIL VIVANT, LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD) traite le sujet avec conviction, il n’évite pas, non plus, l’ennui tant il privilégie le descriptif au détriment de l’action. L’intrigue avance ainsi lentement et il faut attendre la seconde moitié du long-métrage pour que l’irruption du surnaturel relance une machine un peu grippée. Une créature bestiale, proche du loup-garou, apparaît alors pour trucider, un par un, les membres de la famille maudite. Là encore, l’horreur reste essentiellement suggérée mais le cinéaste sait générer un petit suspense appréciable qui compense, en partie, un rythme toujours pantouflard. La scène finale, combinant humour noir et ironie cruelle, se montre, elle, typique des productions horrifiques des seventies et convoque l’esprit morbide des anthologies à sketches inspirées par les E.C. Comics.

Dans l’ensemble, LES CROCS DE SATAN constitue un produit plaisant mais qui, malheureusement, ne s’élève jamais au-dessus d’une honnête moyenne. La composition de Price, le soin apporté à la reconstitution médiévale et l’introduction surprenante d’éléments surnaturels rendent l’ensemble divertissant mais ne compensent pas une intrigue linéaire et un rythme languissant.

Bref, davantage une curiosité qu’une vraie réussite, LES CROCS DE SATAN se laisse voir sans déplaisir mais disparaît rapidement des mémoires. Pour l’anecdote signalons que le futur Monty Python Terry Gilliam signe le générique (animé, bien sûr) de ce film.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2014