LA CRYPTE DU VAMPIRE
Titre: La cripta e l'incubo
Réalisateur: Camillo Mastrocinque
Interprètes: Christopher Lee

 

Adriana Ambesi
Ursula Davis
José Campos
Véra Valmont
Angel Midlin
Carla Calò
Année: 1964
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Italie / Espagne
Editeur Artus
Critique:

Cinéaste prolifique, le Romain Camillo Mastrocinque (1901 – 1969) débute sa carrière en 1925 en collaborant au décor du BEN HUR de Fred Niblo. Scénariste, monteur et assistant réalisateur, Mastrocinque accède à la mise en scène dès 1937 avec REGINA DELLA SCALA puis se spécialise dans la comédie, dirigeant à cinq reprises le célèbre humoriste italien Toto. Durant les années ’60, le cinéaste signe toutefois deux films d’épouvante réputés : UN ANGE POUR SATAN et LA CRYPTE DU VAMPIRE. Ce-dernier, qui donne la vedette à un Christopher Lee pour une fois du côté du « bien », s’avère une agréable production d’inspiration gothique.

Tourné dans un joli noir et blanc, le long-métrage sublime une intrigue classique et prévisible par une imagerie efficace qui donne la part belle aux poncifs du fantastique. Le comte Karnstein tente de rassurer sa fille Laura, persuadée d’être la réincarnation d’une de ses ancêtres, la sorcière Syra, exécutée plusieurs siècles auparavant. L’arrivée au château des Karnstein de la belle Ljuba accentue cependant le trouble de Laura, qui entretient une amitié fusionnelle avec l’étrange demoiselle. Pendant ce temps, l’érudit Klaws, engagé par le comte, enquête sur Syra et tente de découvrir un portrait la représentant afin d’apaiser les craintes de Laura.

Inspiré du roman « Carmilla » de Sheridan LeFanu, LA CRYPTE DU VAMPIRE reprend, bien sûr, une trame proche du classique LE MASQUE DU DEMON de Mario Bava et joue la carte de l’épouvante gothique avec tout le décorum en usage. Castel recelant de sombres secrets, demoiselle en détresse se promenant en nuisette dans une nuit menaçante, crypte où repose une sorcière dont les pouvoirs survivent par delà la mort, candélabres, saphisme suggéré et suggestif,… Camillo cultive les clichés pour un résultat pas toujours passionnant mais souvent plaisant.

Hélas, LA CRYPTE DU VAMPIRE se montre également languissant et l’atmosphère, voulue envoutant, voire cauchemardesque, se change régulièrement en ennui poli. Les trop nombreuses déambulations de l’héroïne dans des corridors obscurs perdent ainsi leur pouvoir de fascination mais, heureusement, la courte durée du film excuse en partie le rythme assoupi et permet de maintenir un semblant d’intérêt jusqu’à la révélation finale, relativement bien menée et efficace quoique fort prévisible.

Même si il doit ici se contenter d’un rôle secondaire, Christopher Lee vole la vedette à toute la distribution, néanmoins compétente. Le film datant du début des années ’60, il ne dispense ni la violence ni l’érotisme des versions ultérieures du roman de LeFanu (en particulier la trilogie produite par la Hammer une décennie plus tard) mais anticipe parfois les visions oniriques et gentiment sexy de Jean Rollin.

Les vampires, pour leur part, ne répondent pas vraiment aux standards en vigueur et ne possèdent, par exemple, pas de crocs menaçants quoiqu’ils mordent leurs victimes à la jugulaire pour respecter la tradition. Quelques scènes évocatrices et frissonnantes (comme le meurtre gratuit d’un bossu retrouvé pendu) élèvent le sujet et rendent LA CRYPTE DU VAMPIRE agréable à suivre pour les nostalgiques de l’épouvante « rétro ».

Sans être un classique, l’œuvre de Camillo Mastrocinque mérite donc bien une vision pour les amateurs de fantastique gothique.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012