FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE
Titre: Curse of Frankenstein
Réalisateur: Terence Fisher
Interprètes: Peter Cushing

 

Hazel Court
Christopher Lee
Robert Urquhart
Melvyn Hayes
Valerie Gaunt
 
Année: 1957
Genre: Epouvante / Fantastique
Pays: Grande Bretagne
Editeur  


Critique:

Réalisé en 1957, FRANKENSTEIN S’EST ECHAPPE révolutionne le cinéma d’horreur en proposant une toute nouvelle conception du genre, bien plus colorée et sanglante que précédemment. Du jour au lendemain, la Hammer s’impose comme la compagnie phare de l’épouvante et ce pour les quinze années suivantes. FRANKENSTEIN S’EST ECHAPPE rassemble d’ailleurs le gratin de la compagnie, à savoir le metteur en scène Terence Fisher, le scénariste Jimmy Sangster et les deux stars maison Peter Cushing et Christopher Lee.

Le succès de FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE permit en outre la mise en chantier de nombreux remakes ou relectures des titres phares de la Universal, redonnant vie à un bestiaire en sommeil depuis une douzaine d'années (après LA MAISON DE DRACULA les "grands monstres" se contentèrent d'apparitions en guest-stars dans des pantalonnades du duo Abbot & Costello). Rapidement, Dracula, La Momie, Le Loup-Garou, Le Fantôme de l'Opéra, Jekyl & Hyde et leurs cohortes revinrent sous l'égide de la Hammer.

Le cinéaste Terence Fisher (1904 – 1980) avait déjà, en 1957, une longue carrière derrière lui puisque ses premiers longs-métrages datent de 1948. En une décennie bien chargée, Fisher réalisa plus de 25 films encore méconnus aujourd’hui (quoique certains ressortent du thriller ou de la science-fiction) mais il trouva réellement sa voie avec l’épouvante gothique qu’il illustra jusque sa retraite définitive en 1974, année où il livra le dernier chapitre de la saga, intitulé FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L’ENFER. Notons d’ailleurs que Fisher revint à cinq reprises (sur les sept produites par la Hammer) au mythe de Frankenstein et qu’il le développa de fort belle manière, réussissant une œuvre cohérente et de grande qualité.

Jimmy Sangster, né en 1927, devint pour sa part le scénariste le plus réputé de la Hammer. Après son X THE UNKNOWN également écrit pour la compagnie anglaise, Sangster dépoussiéra complètement le roman de Mary Shelley en adoptant une approche plus moderne de l’intrigue, laquelle se centre non pas sur la Créature mais bien sur le baron tenté par des expériences médicales contre-nature. Peter Cushing incarne ce baron (comme dans toutes les adaptations suivantes produites par la Hammer à l’exception des HORREURS DE FRANKENSTEIN), un rôle qui lui vaudra la gloire à 45 ans, après de nombreuses années de vaches (relativement) maigres, essentiellement à la télévision. Christopher Lee s’imposa, lui-aussi, comme une nouvelle coqueluche du fantastique même si il doit ici se contenter d’un rôle secondaire (celui du Monstre, largement en retrait à la différence du Karloff de la Universal). Il accéda à une véritable notoriété via LE CAUCHEMAR DE DRACULA, tourné l’année suivante, en incarnant le Comte Vampire, personnage qui le suivit durant toute sa carrière.

L’origine du projet FRANKENSTEIN S’EST ECHAPPE remonte au milieu des années 50, alors que le producteur et scénariste Milton Subotsky propose à la Hammer une nouvelle version du roman de Mary Shelley. La compagnie préfère toutefois demander à Jimmy Sangster d’écrire son propre scenario et d’emprunter une direction différente, l’idée de Subotsky consistant simplement à suivre le thème des FRANKENSTEIN de la Universal. Boris Karloff devait même reprendre du service, cette fois dans le rôle du baron, mais la Hammer se heurte à un problème de droits. En effet, si le roman original de Mary Shelley est tombé dans le domaine public, ce n’est pas le cas des films de la Universal. Pour contourner le problème, la Hammer va innover et broder une variation personnelle sur le mythe de Frankenstein. Cette contrainte abouti, au final, à poser une pierre angulaire du fantastique.

Jimmy Sangster va par conséquent se débarrasser de tous les clichés présents dans la saga de la Universal et reprendre certains éléments du roman de Shelley. Son idée de génie sera de concevoir une intrigue originale mettant en vedette les expériences d’un baron Frankenstein de plus en plus monstrueux au fur et à mesure de sa poursuite effrénée de nouvelles connaissances scientifiques. Le Baron se révèle d’ailleurs un personnage fort intéressant, d’une froideur terrifiante et d’un machiavélisme sans borne : il utilise ses amis, assassine un collègue pour lui voler sa cervelle, couche avec sa femme de chambre avant de la livrer à sa créature une fois qu’il s’en est lassé…

Pour sa composition, Cushing s’est d’ailleurs basé sur le personnage authentique du Dr Robert Knox, célèbre pour le fameux scandale médico-meurtrier impliquant Burke et Hare. Bref, un type peu recommandable pour lequel la fin justifie les moyens, quelques qu’ils soient, et une performance qui mérite tous les éloges. Au fil des épisodes, Cushing fera d'ailleurs évoluer son personnage: scientifique ambitieux mais possédant encore un semblant de moralité dans ce premier volet puis personnage cruel, manipulateur, sadique, violeur et complètement perverti par son appétence de gloire.

Cette position moderne relègue au second plan la créature, finalement moins monstrueuse que son créateur. Christopher Lee, sous un épais maquillage, n’a pas la chance de composer un monstre aussi pathétique que celui incarné par Boris Karloff et doit se contenter d’un rôle muet symbolisant l’échec des intentions mégalomanes d’un Frankenstein désirant façonner l’être parfait.

FRANKENSTEIN S’EST ECHAPPE débute de manière originale et s’invite dans la cellule où le Baron attend la mort. Quoiqu’il ne croie pas en Dieu, Frankenstein accepte de se confier à un prêtre afin que le monde entende son incroyable histoire. Celle-ci commence des années plus tôt, alors que Victor, âgé d’une quinzaine d’années, vient d’hériter de la colossale fortune familiale. Il engage rapidement un scientifique nommé Paul Krempe afin de perfectionner ses connaissances et ce-dernier devient son professeur puis son partenaire et complice.

Les deux hommes se lancent alors dans des recherches de plus en plus poussées visant à la réanimation des cadavres. Ils ramènent à la vie un chien mais Frankenstein refuse de présenter leurs travaux lors d’un important congrès scientifiques : pour lui une nouvelle étape doit être franchie et il s’agit de réellement créer la vie. Quoique Paul soit réticent, le Baron finit par le convaincre d’assembler un « homme nouveau » constitué de morceaux de cadavres épars. Les expériences se poursuivent, compliquées par l’arrivée au château de la belle cousine de Victor, Elizabeth, laquelle ne laisse pas Paul indifférent. Lorsque le Baron assassine un brillant collègue pour lui voler son cerveau, Paul se révolte et, dans la bagarre, l’organe est endommagé. Mais cela ne suffit pas pour que Frankenstein renonce à son projet…

En dépit d’un démarrage hésitant, FRANKENSTEIN S’EST ECHAPPE captive l’attention dès l’arrivée de Peter Cushing, lequel lui donne une énergie des plus alertes. Le métrage se déroule ensuite à un rythme soutenu et déploie adroitement un scénario d’une rare efficacité. Terence Fisher insuffle à l’intrigue un vrai souffle efficace sans négliger les scènes chocs (en regard des standards de l’époque, le cinéaste n’y va pas de main morte) ni l’humour noir.

Si on peut regretter le temps de présence trop bref de Christopher Lee, la mise en scène inspirée, aidée par un Technicolor flamboyant, assure la réussite du métrage et lui confère un charme irrésistible. Fait rare certaines séquelles se montreront encore supérieures à l’original en poussant jusqu’aux extrêmes l’amoralité de Frankenstein. Néanmoins, FRANKENSTEIN S’EST ECHAPPE s’impose comme un petit chef d’œuvre du cinéma fantastique et un classique à découvrir ou à redécouvrir. Indispensable !

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2007 - révision complète en janvier 2011