L'EMPREINTE DE DRACULA
Titre: El Retorno de Walpurgis / Curse of the Devil / The Werewolf Shadow / L'Ombre du Loup Garou
Réalisateur: Carlos Aured
Interprètes: Paul Naschy

 

Fabiola Falcon
Antonio Vidal Molina
Maria Silva
 
 
 
Année: 1973
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Espagne
Editeur Seven Sept
Critique:

Ce nouvel épisode des aventures de Waldemar Daninsky, alias El Hombre Lobo, commence par un combat entre deux chevaliers: un suppôt de Satan et un preux guerrier, décidé à éradiquer le mal, nommé Irenius Daninsky. Après la capture d'une sorcière (la fameuse comtesse Bathory) et son exécution, la famille Daninsky est maudite et les effets de ce sortilège se prolongeront à travers les siècles.

L'EMPREINTE DE DRACULA débute par ce sympathique prologue moyenâgeux résolument rétro et plaisant en dépit d’un budget restreint qui handicape la reconstitution historique. Après cette séquence, sans doute inspirée des métrages sur l'inquisition alors en vogue comme LA MARQUE DU DIABLE ou LE GRAND INQUISITEUR, le film revient aux temps présents. Nous découvrons alors Waldemar Daninsky, dernier descendant du chevalier jadis maudit, qui, au cours d'une partie de chasse, abat un loup. Celui-ci s'avère en réalité être un gitan atteint de lycanthropie et, quoiqu'il s'agisse manifestement d'un accident, les gens du voyage décident de se venger.

Une demoiselle, Ilone, est ainsi chargée de séduire l’aristocrate et, la nuit venue, elle le blesse avec le crâne d'un loup-garou. Dès lors, Waldemar Daninsky se change en monstre les nuits de pleine lune mais la police accuse un détenu évadé des crimes.

Présenté comme une aventure de Dracula, le long-métrage ne met jamais en scène le personnage du titre et, quoique les vampires soient mentionnés, on n'en verra aucun, excepté la comtesse Bathory qui, selon les rumeurs, se baignait dans du sang vierge pour entretenir sa beauté.

En dépit de cette appellation mensongère, L’EMPREINTE DE DRACULA est pourtant une œuvre estimable et souvent intéressante. Visuellement moins abouti que LA FURIE DES VAMPIRES, le scénario est cependant mieux construit et plus cohérent. Le prologue, par exemple, s’avère bien mené et la manière dont le héros rencontre la malédiction reste originale. Paul Naschy reprend, en effet, les événements à leurs débuts et réinvente une nouvelle fois la mythologie de son personnage, dont seul le patronyme demeure récurrent d'un métrage à l'autre. Quoique cette EMPREINTE DE DRACULA soit souvent présentée comme une séquelle de la FURIE DES VAMPIRE, il s'agit davantage d'une relecture que d'une véritable suite. Chaque épisode de la saga s'apparente de toute manière à une variation sur un même thème et Naschy se contente généralement de reprendre d’un film à l’autre quelques éléments signifiant, en particulier la malédiction séculaire et la mort tragique du loup-garou condamné à périr de la main de celle qu'il aime.

Si la saga El Hombre Lobo se veut un hommage aux classiques de la Universal, Naschy tient toutefois compte de l'évolution du genre et n’hésite pas à recourir aux éléments de pure exploitation comme la nudité féminine intégrale et l'horreur graphique. Paradoxalement, ces aspects du film ont, aujourd’hui, plus mal vieillis que le reste: les effets gore approximatifs et l'érotisme encore timide ne parviennent plus à donner le frisson. Cette générosité relative reste pourtant sympathique et on regrette surtout que le maquillage du loup-garou ne soit pas une grande réussite puisqu’il est carrément moins convaincant que celui de Lon Chaney Jr trente ans auparavant!

De son côté, la mise en scène de Carlos Aured apparaît classique sans être désagréable ou trop approximative. Le cinéaste, qui a beaucoup travaillé avec Naschy, doit composer avec un budget modeste ne permettant, évidemment, pas beaucoup de folie. Les décors et costumes bénéficient néanmoins d'un soin non négligeable pour une production de ce calibre. Cependant, c’est surtout un véritable amour des codes de l'épouvante classique qui transparaît à travers le folklore et décorum illustré. Pleine lune menaçante, châteaux sinistres et gitans adeptes de la magie, directement héritées du WOLF MAN de la Universal, répondent ainsi présent à l'appel de ce grand connaisseur du fantastique qu’était Paul Naschy.

Septième épisode de la saga, L’EMPREINTE DE DRACULA constitue une agréable réussite, non dénuée de défauts mais animée d’une foi sincère dans les conventions de l’épouvante traditionnelle. A redécouvrir pour les nostalgiques.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2007 (révisé en septembre 2012)