LE DERNIER TRAIN DU KATANGA
Titre: Dark of the Sun / The Mercenaries
Réalisateur: Jack Cardiff
Interprètes: Rod Taylor

 

Yvette Mimieux
Jim Brown
Peter Carsten
André Morell
 
 
Année: 1968
Genre: Aventures, guerre, action
Pays: Grande-Bretagne
Editeur  
Critique:

1960. Alors que les rebelles Simbas massacrent les anciens colons occidentaux le capitaine Curry est engagé par le nouveau président de la République du Congo pour une mission délicate. Accompagné de son ami le caporal Ruffo, d’un ancien nazi et d’une troupe de mercenaires, Curry doit ramener un important stock de diamants et de nombreux civils risquant de tomber aux mains des rebelles. La bande part en train, traversant un pays sombrant dans le chaos.

Vanté tant par Martin Scorsese (« un plaisir coupable qui m’a surpris par sa férocité) et inévitablement Quentin Tarantino, LE DERNIER TRAIN DU KATANGA aborde un thème quasiment inédit au cinéma, celui de l’indépendance du Congo Belge et du chaos qui suivit. Adapté du roman homonyme de Wilburt Smith, le métrage suit donc une poignée de mercenaires menés par Rod Taylor et Jim Brown.

Le premier est un baroudeur revenu de tout qui semble au départ uniquement préoccupé par l’argent. Le second agit essentiellement pour son pays, le Congo, qui sombre dans la violence. Au fil du métrage Rod Taylor va progressivement perdre son cynisme et reconnaître en Jim Brown « un homme bien meilleur » que lui. A mi chemin Taylor va sauver la belle Yvette Mimieux avec qui il noue un début d’histoire d’amour. Mais tout cela est remis en question par la guerre et par la présence, parmi les mercenaires, d’un ancien nazi sadique.

Jack Cardiff désirait montrer la guerre dans toute son horreur et il n’y a pas été avec le dos de la cuillère, suscitant à l’époque de la sortie du film des critiques assez hargneuses. Cardiff se défend pourtant en affirmant qu’il est resté bien en-deçà de la réalité au niveau des barbaries commises durant ces temps troublés. Néanmoins, si on a vu bien pire aujourd’hui, graphiquement parlant, LE DERNIER TRAIN DU KATANGA garde une bonne partie de sa force brute. Un ancien nazi abat ainsi deux enfants qu’il soupçonne d’espionnage avant d’empoigner une tronçonneuse pour combattre Rod Taylor. Un wagon entier de colons est massacré par les indigènes révoltés, les religieuses sont violées, sans oublier un type sodomisé par une bande de Congolais déchaînés. Notons aussi la très surprenante scène où un des personnages principaux est transpercé par derrière d’un coup de baïonnette, un meurtre qui préfigure carrément les étripages des futurs slashers. Citons aussi, sans trop en dévoiler, un final rageur qui permet de découvrir une des bagarre à mains nues les plus brutales du cinéma, couteau et gros rochers étant également de la partie pour aggraver les blessures !

Mais il serait injuste de réduire LE DERNIER TRAIN DU KATANGA à sa violence tant nombre de scènes d’action se montrent efficaces et tiennent encore parfaitement la route aujourd’hui. La poursuite du train par les rebelles avec ces multiples explosions et ses corps chutant d’un pont demeure un grand moment parfaitement servi par la mise en scène nerveuse de Jack Cardiff.

Rod Taylor et Jim Brown, pour leur part, sont excellents dans leurs rôles et le métrage évite soigneusement tout manichéisme simpliste, y compris dans sa conclusion aussi déprimante que surprenante. Si Rod Taylor n’est sans doute pas le plus grand acteur de sa génération il se montre ici parfaitement à l’aise, dominant le métrage avec sa mâchoire carrée et sa trogne sur laquelle on sent véritablement les ravages du temps et de toutes les atrocités vues au fil des années. Jim Brown propose pour sa part un rôle « positif » et son idéalisme se heurte souvent aux vues plus matérialistes de Rod Taylor. Cela permet quelques échanges plus philosophiques sur la guerre, l’honneur et les idéaux. Rien de très original mais tout est suffisamment bien écrit pour rendre poignante les dernières scènes.

Bref, LE DERNIER TRAIN DU KATANGA est un film injustement méconnu qui mérite d’être découvert pour tous les amateurs de film d’aventures bien troussés et brutaux.

Fred Pizzoferrato - Octobre 2008