LA FIANCEE DU VAMPIRE (DARK SHADOWS)
Titre: House of Dark Shadows
Réalisateur: Dan Curtis
Interprètes: Jonathan Frid

 

Grayson Hall
Kathryn Leigh Scott
Roger Davis
Nancy Barrett
John Karlen
Thayer David
Année: 1970
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Resté inédit en France, le feuilleton « Dark Shadows » connut pourtant un énorme succès aux Etats-Unis à la fin des années ’60, en particuliers à partir de l’introduction dans le récit d’éléments fantastico-horrifiques. Soap opéra quotidien créé par Dan Curtis (auteur d’un formidable mais méconnu TRAUMA en 1976), « Dark Shadows » fut programmé dès juin 1966 et perdura jusqu’en avril 1971, totalisant, au final, 1225 épisodes (!) de 23 minutes.

Pivot central de l’intrigue, le vampire Barnabas Collins (joué par Jonathan Frid) n’apparaît pourtant qu’au deux cent onzième épisode, peu après le passage à la couleur d’un feuilleton jusque là tourné en noir et blanc. Le succès du soap entraina deux adaptations cinématographiques au tout début des seventies: LA FIANCE DU VAMPIRE fut la première d’entre elles (sa séquelle, NIGHT OF DARK SHADOWS demeura, pour sa part, inédite en nos contrées) et la plus rentable commercialement. En 2011, Tim Burton proposa sa propre version du mythe avec l’inévitable Johnny Depp dans le rôle de Barnabas.

Produit et réalisé par Dan Curtis, le créateur de la série, et distribué par la MGM, LA FIANCE DU VAMPIRE reprend les bases de l’intrigue télévisuelle, condensée en 90 minutes, et se permet, bien sûr, davantage de scènes chocs, embrassant ainsi plus volontiers sa dimension horrifique.

Willie Loomis, à la recherche d’une fortune en bijoux, libère accidentellement le vampire Barnabas Collins, enfermé dans son cercueil depuis 150 ans. Après avoir transformé le pauvre Loomis en un docile esclave, Barnabas se présente à sa famille comme un cousin éloigné revenu d’Angleterre.

Par la suite, le Nosferatu s’installe dans la demeure familiale et tombe amoureux de Maggie Evans, laquelle – refrain connu – ressemble trait pour trait à son amour défunt, Josette. Peu après, Barnabas supprime la jeune Carolyn qui menaçait de révéler son secret et cette dernière devient, elle aussi, une « non mort ». Cependant, une femme médecin, Julia Hoffman, découvre à son tour le secret du vampire après avoir autopsié ses victimes mais le considère non comme un monstre mais plutôt comme un « malade ». La scientifique décide alors de soigner Barnabas et de détruire, via un sérum, le « virus » du vampirisme présent dans son sang. Hélas, Julia, jalouse de l’affection de Barnabas envers Maggie, lui inocule une overdose de sérum. Le vampire se transforme par conséquent en un vieillard parcheminé dont l’unique choix consiste à boire du sang pour retrouver son apparence humaine…

Filmé sur six semaines pour 750 000 dollars, LA FIANCEE DU VAMPIRE place au premier plan de l’intrigue le personnage de Barnabas Collins, joué par Jonathan Frid. Celui-ci, né en 1924, est à jamais indissociable de ce rôle qu’il incarna durant un millier d’épisodes pour la télévision. Sa carrière se limite, d’ailleurs, essentiellement à ce seul personnage. En effet, Frid figure uniquement au générique de deux autres réalisations : SEIZURE d’Oliver Stone et THE DEVIL’s DAUGHTER, également tourné pour la télévision.

D’après les spécialistes, LA FIANCEE DU VAMPIRE reprend, dans une version forcément très condensée, les principales intrigues et péripéties des deuxième et troisième saisons de la série dont il s’inspire.

Malheureusement, le passif télévisuel du long-métrage apparaît immédiatement dans l’orientation très paresseuse empruntée par un scénario balisé, routinier et sans surprise.

L’intrigue générale, pas vraiment intéressante, suit donc ce Barnabas séculaire, traqué par un expert en vampirisme particulièrement anachronique dans l’Amérique des années ’70. Notons d’ailleurs que, même à la fin d’un vingtième siècle normalement rationaliste, la plupart des protagonistes se laissent facilement convaincre de l’existence effective des créatures de la nuit. Surprenant.

Ces défauts et facilités de scénario sont, hélas, accentué par une mise en scène mollassonne qui échoue quasi totalement à conférer à LA FIANCEE DU VAMPIRE la moindre atmosphère, excepté dans de trop rares moments d’angoisse. Dénué de véritables frissons, le film de Dan Curtis compense sa platitude par une poignée d’attaques raisonnablement sanglantes (mais très timorées selon les standards actuels) et quelques scènes chocs potables. Les effets de maquillages, discrets mais joliment confectionnés, sont d’ailleurs signés du grand spécialiste Dick Smith (L’EXORCISTE, LE PARRAIN).

Le personnage de Barnabas, pour sa part, bénéficie d’une caractérisation intéressante qui retranscrit avec un certain bonheur l’ambivalence du vampire, présenté tour à tour comme un amoureux transi en quête d’une romance défunte ou un être sanguinaire avide de sang.

Toutefois, le film reste en surface et creuse peu cette problématique, les tourments moraux du vampire étant abordés de manière légère et sans véritable implication. Remercions néanmoins Dan Curtis de ne pas verser dans les stéréotypes ultérieurs qui, neuf fois sur dix, transforment les créatures de la nuit en incarnation du romantisme tragique.

Sans être désagréable, LA FIANCEE DU VAMPIRE échoue à maintenir l’intérêt tant son rythme fatigué et son manque de surprise le rendent routinier et sans passion. Le tout se regarde cependant d’un œil distrait par les spectateurs conciliants et par les cinéphiles curieux de découvrir, par la bande, un important « mythe » télévisuel américain.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011