DARK STAR
Titre: Dark Star
Réalisateur: John Carpenter
Interprètes: Dan O'Bannon

 

Brian Narelle
Cal Kuniholm
Dre Pahich
Nick Castle
John Carpenter
 
Année: 1974
Genre: Science-fiction / Comédie
Pays: USA
Editeur Carlotta (Dvd & Blu ray)
Critique:

Artefact en provenance directe du début des années ’70, DARK STAR se place sous l’influence revendiquée de Stanley Kubrick en reprenant certaines situations de 2001, ODYSSEE DE L’ESPACE revisitées par l’humour loufoque de DOCTEUR FOLAMOUR. Certaines scènes semblent, elles, directement inspirées de nouvelles ou romans de science-fiction célèbres de Ray Bradbury, Philip K. Dick ou A.E. Van Vogt. Mais si DARK STAR se veut référentiel, il aura, à son tour, une grande influence sur le cinéma de science-fiction ultérieur. En effet, Dan O’Bannon, co-auteur du scénario avec John Carpenter, en reprendra plusieurs éléments pour son futur ALIEN, troquant simplement la comédie nonsensique pour l’épouvante en revisitant la chasse d’un extraterreste en vadrouille dans les couloirs d’un vaisseau spatial.

Le vaisseau Dark Star parcourt l’espace afin de neutraliser des planètes instables potentiellement dangereuses. Après la mort du Commandant Powell, maintenu en semi-vie via la cryogénisation, le reste de l’équipage, composé du Lieutenant Doolittle, du Sergent Pinback et de de Boiler et Talby, vaque à ses routinières occupations. Difficile, pourtant, de tromper son ennui à des milliards de kilomètres de la terre…

Première réalisation de John Carpenter, DARK STAR est, tout d’abord, envisagé sous la forme d’un moyen-métrage de fin d’étude d’environ 45 minutes. Le tournage (en 16mm) débute en 1970 avec quelques bénévoles et un budget miséreux. Après plusieurs interruptions, le film est finalement achevé, deux ans plus tard, et s’est alors transformé en un long-métrage de 68 minutes. Projeté dans divers festivals de cinéma, DARK STAR intéresse Jack Harris, un producteur de séries B bien connu, notamment pour THE BLOB, qui reprend en main la destinée du film. De nouvelles scènes, cette fois en 35 mm, sont ajoutées, d’autres allongées ou remaniées et Harris obtient péniblement une durée exploitable de 83 minutes. Cette version sort en salles, devient vaguement culte (surtout après la reconnaissance de Carpenter par les fans de fantastique) et reçoit un accueil critique globalement favorable (dont une nomination pour le Prix Nebula du Meilleur Film en 1976) même si on lui préférera sans hésiter la version courte, dite « director’s cut ». Car, il faut bien l’avouer, DARK STAR souffre de nombreux défauts, dont un budget ridicule (60 000 dollars) et des effets spéciaux souvent déficients (en particulier l’Alien qui ressemble à un simple ballon de plage affublé de pattes caoutchouteuses). L’étirement du film renforce, forcément, les bémols de l’entreprise déjà souffrante d’un rythme en dent de scie et d’une construction bancale en trois segments quasiment indépendants : la vie à bord du vaisseau, la traque de l’alien et le danger d’une bombe en passe d’exploser.

Conscient de ses limites, Carpenter opte pour un ton humoristique approprié mais ne parvient malheureusement pas à dérider le spectateur : si quelques passages font sourires, l’ensemble reste trop long et dilué pour ne pas lasser les plus indulgents. Le ton, cependant, interpelle : malgré le côté potache, DARK STAR ne sombre jamais dans la grosse gaudriole ou la parodie facile et opte pour un ton nostalgique qui n’élude pas les côtés les plus sombres de cette odyssée spatiale absurde. Confronté à leur solitude, les héros du long-métrage s’offrent ainsi une fin de toute beauté (« empruntée » à un récit de Bradbury) après le désamorçage d’une bombe vivante en pleine crise philosophique. Un des meilleurs passages d’une œuvre hélas handicapée par un rythme assommant et dans laquelle l’ennui pointe rapidement son nez. Les protagonistes sont de toutes façons trop hâtivement brossés et schématiques pour intéresse le spectateur tandis que le scénario semble avoir été écrit et réécrit à de nombreuses reprises sans grand souci de cohérence.

En dépit de tous ses bémols, DARK STAR reste quand même sympathique et dégage un côté bricolé et amateur tour à tour exaspérant et plaisant. Très anecdotique, le film doit, bien sûr, sa pérennité à la présence de John Carpenter (et de quelques autres figures marquantes du fantastique comme Dan O’Bannon, Nick Castle ou Tommy Lee Wallace).

Aussi énergique qu’un escargot sous tranquillisant, cette curiosité se déguste de préférence en version director’s cut, les blagues les plus courtes étant souvent les meilleures. A voir pour les curieux et en sachant à quoi s’attendre.

Le Blu ray édité par Carlotta ne fait pas de miracles au niveau de l'image et du son étant donné la nature du métrage mais s'avère satisfaisant, d'autant qu'il bénéficie d'un long documentaire rétrospectif (plus long que le film lui-même puisqu'il dure 2 heures!) intitulé LET THERE BE LIGHT qui revient sur le projet quarante ans plus tard.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2014