LE DERNIER JOUR DE LA COLERE
Titre: I Giorni dell'Ira / Day of Anger
Réalisateur: Tonino Valerii
Interprètes: Guiliano Gemma

 

Lee Van Cleef
Walter Rilla
Chritsa Linder
Yvonne Sanson
Anna Orso
 
Année: 1968
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur Seven7


Critique:

LE DERNIER JOUR DE LA COLERE est un excellent western spaghetti datant de la fin des sixties. Comme bien d'autres, il sortit en France dans une copie amputée d'une vingtaine de minutes. Parfois essentiels, parfois anecdotiques, ces passages sont à présent disponibles en DVD, mais uniquement en version originale sous-titré. En visionnant ce métrage dans sa version "doublée", les passages restaurés sont donc immédiatement identifiables. Si certains n'apportent rien, d'autres se révèlent aux contraires cruciaux et changent les relations entre les personnages de manière indéniable. Il est donc heureux de bénéficier de cette version intégrale permettant de réévaluer à la hausse cette excellente production.

A ce sujet, le fameux critique Leonard Maltin déclarait jadis que le film de Valerii était "en dessous de tout, même pour un western italien". Un jugement sévère, méprisant et totalement injustifié. La photographe est belle, les idées originales (malgré la trame classique), la mise en scène maîtrisée et les duels sont intenses, haletants et passionnants.

Autre élément clé du western spaghetti, la musique est efficace et la touche humoristique présente donne parfois le sourire, quoique l'humour soit subtil et pas vraiment envahissant. Cinéaste sous-estimé responsable de quelques titres de haute volée (en particulier le mythique MON NOM EST PERSONNE), Tonino Valerii s'appuie sur ses acteurs et ceux-ci sont parfaitement à leur place. Guiliano Gemma incarne Scott, un pauvre type mal dans sa peau, souffre-douleur du village, un "bâtard" qui rêve de devenir un grand pistolero. Un souhait finalement exhaussé lorsqu'il croisera la route d'un tueur nommé Talby (Lee Van Cleef), en apparence bien intentionné.

Lee Van Cleef, alors fort célèbre, livre de son côté une prestation très chargée et cabotine, surenchérissant dans l'ignoble avec une véritable jubilation. Car, si il apparaît sympathique durant la première moitié du métrage, ce tueur vieillissant s'avère en définitive une ordure finie. La relation qu'il entretient avec son nouvel élève évolue peu à peu et donne toute sa richesse au scénario, sinon assez convenu avouons le. Quant au reste de la distribution, rien à dire: ils ont du métier et le prouvent sans faillir.

Peu étonnant d'ailleurs que cette trame ait inspiré un cinéaste comme John Woo qui désirait réaliser un remake ce DERNIER JOUR DE LA COLERE. Depuis d'autres cinéastes ont avoués leur admiration pour le film de Valerii, entraînant une importante réévaluation de cette œuvre considérée pendant longtemps comme mineure.

Valerii livra ensuite le fameux MON NOM EST PERSONNE et on découvre déjà ici les prémices de son futur chef d'œuvre: une relation étrange entre deux pistoleros, un gamin séduisant et ambitieux interprété par un italien fougueux (Gemma ou Terence Hill) et un vieux beau à l'allure impeccable qui vit sur sa légende mais sent le poids des ans peser sur ses épaules (Van Cleef ou Fonda). Mais la relation qui les unit suit un cheminement inverse d'un film à l'autre: dans MON NOM EST PERSONNE, les protagonistes sont plus ou moins ennemis avant de devenir amis. Ici, l'amitié entre le disciple et son maître vieillissant vole en éclat alors que Gemma se rend compte de la véritable nature de Van Cleef, un salaud fini. Un différent qui va se régler l'arme au poing, avec le pistolet ayant appartenu au légendaire Doc Holliday, dans une rue brûlé par le soleil.

Malgré quelques longueurs et invraisemblances, le résultat est un petit régal pour les fans du genre. LE DERNIER JOUR DE LA COLERE mérite donc bien d'entrer au panthéon des plus grandes réussites du Western spaghetti, aux côtés des œuvres de Leone, Solima et Corbucci.

Fred Pizzoferrato - Décembre 2007