LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA
Titre: The Day The Earth Stood Still
Réalisateur: Robert Wise
Interprètes: Michael Rennie

 

Patricia Neal
Hugh Marlowe
Sam Jaffe
 
 
 
Année: 1951
Genre: Science-fiction / Classique
Pays: USA
Editeur 20th Century Fox
5 / 6
Critique:

LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETE date de 1951, une époque marquée par la guerre froide entre les blocs de l'Est et de l'Ouest. Mais, contrairement à la grande majorité des titres sortis par Hollywood en pleine campagne anti-communiste, l'œuvre de Robert Wise se veut résolument optimiste et pacifique, tranchant singulièrement sur LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE et autre L'INVASION VIENT DE MARS. C'est donc un total contre-pied que prend Robert Wise en proposant ce JOUR OU LA TERRE S'ARRETA en pleine période noire de l'histoire américaine, alors marquée par la suspiçion induite par le maccartysme.

Ancien monteur d'Orson Welles (notamment sur CITIZEN KANE et LA SPLENDEUR DES AMBERSON), Wise est encore au début de sa carrière de réalisateur, débutée une décennie plus tôt avec le sympathique LA MALEDICTION DES HOMMES CHATS (la suite de LA FELINE). Agé de 37 ans, il fait de cette adaptation d'une nouvelle de Harry Bates, un des premiers films de SF considéré comme "adulte" et "intelligent", un des premiers en tout cas à s'attirer le regard d'un large public et à se concilier une presse ordinairement réfractaire à ce genre cinématographique alors souvent synonyme d'inepties et de budget misérable (PLANETE INTERDITE fut le film suivant à se voir distinguer par la "grande presse").

Trente ans avant Spielberg (RENCONTRES DU TROISIEME TYPE et surtout E.T. doivent beaucoup à ce métrage), LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA offre une parabole talentueuse et efficace porteuse d'un message d'espoir malheureusement toujours d'actualité cinquante années plus tard. Ici, le cinéaste refuse la division manichéenne et évite de partager le monde en deux camps antagonistes, renvoyant toutes les nations de la Terre dos à dos. Klaatu ne cherche pas un interlocuteur particulier car la portée de son message dépasse manifestement les différents pays: l'humanité entière est en jeu! Michael Rennie (…"was ill the day the earth stood still") incarne Klaatu, le visiteur messianique venu apporter son message de paix à une humanité entrée de plein pied dans une période délicate, celle de la domination nucléaire. Une composition sobre et peut-être sans éclat particulier mais, à tout le moins, adapté à ce personnage qui observe et n'intervient guère, sauf pour montrer qu'il dispose d'une immense puissance mais qu'il refuse de l'utiliser. Un extra-terrestre qui inspira peut-être le "gardien" des comics Marvel, qui sait? Quoiqu'il en soit, Klaatu se cache parmi les humains sous le nom de Carpenter (le "charpentier") et bien des critiques ont déjà pointé du doigt cette allusion transparente au Christ. Ce rôle reste le plus emblématique de Michael Rennie et la carrière de cette acteur ayant débuté chez Hitchcock ne tarda pas à décliner, allant jusqu'à se compromettre, à la fin de sa vie, dans des productions de série Z.

En tout cas, Robert Wise mène bien sa barque et confère au récit un rythme étonnament alerte, refusant de s'égarer sur des pistes parallèles afin de ne pas dévier de l'objectif premier: raconter une histoire simple et forte soutenant un propos pertinent, utilisant sa science du montage à bon escient et parvenant à transcender les limites budgétaires du projet pour conférer à son récit un aspect réaliste, pratiquement documentaire pris sur le vif, en résumant par une poignée d'images signifiantes ce qu'un cinéaste moins doué aurait laborieusement filmé durant de longues minutes.

On remarque aussi plusieurs séquences intimistes, la plupart très réussies en dépit d'une indéniable naïveté, laquelle - paradoxalement - confère un charme supplémentaire au métrage en l'apparentant définitivement à un conte. Un autre atout du métrage réside dans l'ambiance sonore instaurée par la partition bizarre composée par Bernard Herrmann, tout en bruitages et sonorités évocatrices, typiques de la SF de cette époque (des sons caractéristiques dont Tim Burton s'inspira plus tard pour MARS ATTACK! et ED WOOD). Lorsque Gort, l'impressionnant robot, ouvre son viseur et marche de manière menaçante alors que résonne la "musique" stressante du Theremin, le spectateur ne peut que saluer le talent de Robert Wise, lequel parvient à rendre inquiétante un passage qui eut facilement pu sombrer dans le ridicule entre des mains moins expérimentée.

Avec peu d'effets spéciaux (et, plus généralement, avec peu d'effets tout court!) LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA s'impose comme un modèle se science-fiction intelligente et efficace n'ayant rien perdu de son intérêt après toutes ces années. Durant longtemps, Robert Wise fut un cinéaste sous-estimé, au mieux considéré comme un habile faiseur ou un bon technicien. LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA, LA MELODIE DU BONHEUR, le fabuleusement angoissant LA MAISON DU DIABLE, la transposition réussie du mythe STAR TREK sous forme de long-métrage, le suspense LE MYSTERE ANDROMEDE, l'enthousiasmant WEST SIDE STORY et quelques autres titres démontrent l'étendue d'un talent à présent largement reconnu, hélas de manière posthume. Et LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA est, sans conteste, un véritable classique, à la portée universelle, un de ces films parfaitement équilibrés où le message est aussi important que le "sense of wonder", où le fond et la forme se conjuguent superbement et sans que l'un prenne le pas sur l'autre!

"Klaatu barada nikto!"

En guise de bonus, le disque propose un commentaire audio de Robert Wise et Nicolas Meyer ainsi qu'une série de reportages plus anecdotiques et historiques. La copie est belle et le son en stéréo, que ce soit en VO ou en VF, ne trahit pas trop son âge.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007