DAYBREAKERS
Titre: Daybreakers
Réalisateur: Michael & Peter Spierig
Interprètes: Ethan Hawke

 

Willem Dafoe
Sam Neil
Isabel Lucas
Claudia Karvan
Emma Randall
 
Année: 2009
Genre: Fantastique / science-fiction / horreur
Pays: Australie / USA
Editeur  
Critique:

Les Spierig Brothers se sont signalés à la communauté cinéphilique en 2003 avec une modeste production nommée UNDEAD. Quoique largement perfectible, cette sympathique série B mélangeant gore et univers western devint rapidement un film culte mineur et laissait supposer un second long-métrage du même tonneau. Surprise, les frangins prennent tout leur temps et ne reviennent à la mise en scène que six ans plus tard, via un DAYBREAKERS encore un peu maladroit mais nettement plus maîtrisé et réussi.

Véritable bonne surprise dans le cinéma de genre récent, l’œuvre des Spierig Brothers mêle avec qualité anticipation, fantastique et horreur, aboutissant à une peinture réaliste d’un monde futur dans lequel les vampires ont supplantés les humains.

L’intrigue se situe en 2019, après qu’une épidémie ait transformé la majorité de la population terrienne en vampires. Seuls 5% des humains subsistent mais les nouveaux maîtres du monde se sont rapidement adaptés à la situation, circulant le jour via des véhicules sophistiqués ou un réseau de tunnels souterrains leur permettant d’éviter la mortelle lumière solaire. Néanmoins, le peu d’humains subsistant entraîne un grave problème puisque la famine menace les vampires, contraints de se rationner pour survivre. Les perspectives s’annoncent sombres et l’extinction parait inéluctable lorsque les dernières ressources en sang humain auront disparues. Le manque de nourriture transforme d’ailleurs les créatures assoiffées en goules agressives attaquant toutes formes de vie… ou de non-vie. Le docteur Edward Dalton, un hématologiste devenu vampire, travaille auprès d’une firme pharmaceutique à la mise au point d’un substitut nutritif au sang humain. Ses travaux semblent sur une impasse mais sa rencontre avec des résistants humains change drastiquement ses opinions sur le sujet. En effet, un ancien vampire a retrouvé son humanité suite à une violente mais brève exposition aux rayons du soleil et le docteur Dalton commence à penser que la seule solution envisageable consiste à guérir les créatures de la nuit…

Profondément original, en dépit d’influences diverses allant de BIENVENUE A GATTACA à DARK CITY en passant, comme le précise le slogan de l’affiche quelque peu réducteur, de MATRIX à BLADE, le scénario de DAYBREAKERS développe surtout un univers cohérent et travaillé. Malgré un budget relativement serré, les Spierig Brothers ont, en effet, confectionné un monde tout à fait plausible. Voitures protégées des rayons solaires et équipées de système de pilotage diurne, bar dans lesquels on sert du sang ou du café dilué d’un zeste d’hémoglobine pour les hommes d’affaires en costume-cravate, système de tunnels souterrains permettant une vie active durant les heures du jour, résistants armés de lampes à ultra-violets et d’arbalètes,…le monde de DAYBREAKERS s’avère une belle réussite et reste tout à fait plausible jusque dans ses petits détails, souvent intéressants et bien pensés.

 

Au niveau du casting, DAYBREAKERS s’est adjoint des acteurs de premier plan, à commencer par un Ethan Hawke (BIENVENUE A GATTACA, ASSAUT SUR LE CENTRAL 13, LORD OF WAR,…) des plus convaincants. A ses côtés nous retrouvons le grand Willem Dafoe (LA DERNIERE TENTATION DU CHRIST, la saga SPIDERMAN et ANTECHRIST) en vampire redevenu humain et à présent partisan de la résistance, lequel délivre quelques répliques humoristiques bienvenues. Enfin, face à eux se dresse le méchant mégalomane Sam Neil (LA MALEDICTION FINALE, la trilogie JURASSIC PARK) toujours aussi suavement impeccable dans son rôle de businessman capitaliste impitoyable.

Les Spierig Brothers, pour leur part, offrent une mise en scène réussie et alternent efficacement moments dramatiques et scènes spectaculaires, passant de l’intimiste au déferlement d’explosions avec bonheur. Les vampires, littéralement pulvérisés au moment de leur mort, sont largement décimés lors d’un final très efficace même si légèrement attendus. Les séquences d’action ou de suspense (la course poursuite en voiture est une superbe réussite, Ethan Hawke tentant de conduire son véhicule en dépit des impacts de balles laissant passer les mortelles radiations solaires) sont souvent très bien menées et voisinent avec des jolis passages basés sur le relationnel entre les différents protagonistes. DAYBREAKERS se permet même une petite satire sociétal et dépeint un grand patron capitaliste buvant le sang des masses, tant au sens propre qu’au sens figuré. Une idée sympathique.

Les décors et effets spéciaux, quasiment parfaits, donnent évidemment un panache supplémentaire à ce métrage qui, tourné pour seulement 21 millions de dollars, parait en avoir coûté au moins le triple et se montre plus généreux qu’une grande partie des blockbusters science-fictionnels récents.

Joliment filmé avec une belle photographie un peu terne et artificielle rendant justice à l’univers décrit, DAYBREAKERS n’est pas exempt de l’une ou l’autre scorie mais s’impose comme une très belle variation sur le thème du vampire et s’inscrit résolument dans le domaine assez restreint du « divertissement intelligent ». Peut-être pas un classique immédiat ni un chef d’œuvre absolu mais en tout cas une très jolie surprise qui donne un vrai sang neuf au mythe du vampire !

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2010