AU COEUR DE LA NUIT
Titre: Dead of Night
Réalisateur: Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden et Robert Hamer;
Interprètes: Mervyn Johns

 

Roland Culver
Basil Radford
Michael Redgrave
Sally Ann Howes
Googie Withers
 
Année: 1945
Genre: Horreur / Fantastique / Film à sketches
Pays: USA
Editeur Studio Canal
Critique:

Walter Craig, un architecte, part passer un week-end auprès d’un certain Elliot Foley qui désire réaménager prochainement sa propriété campagnarde. Craig découvre, arrivé sur place, qu’il a déjà vu en rêve la maison de Foley et les différents invités. Quoique Craig ne puisse se souvenir des détails de son rêve, il pressent toutefois que celui-ci se transforme peu à peu en cauchemar et souhaite quitter les lieux au plus vite. Sceptique envers le surnaturel, le psychiatre Von Stratten lui affirme qu’il s’agit simplement d’une manifestation de son subconscient. Cependant les autres personnes présentes affirment toutes avoir déjà vécu des phénomènes surnaturels et chacun raconte un récit fantastique.

Fleuron du film à sketches, AU CŒUR DE LA NUIT entremêle habilement cinq récits en apparence indépendants qui trouveront finalement un écho lors d’une surprenante conclusion. Un principe ensuite largement repris par les métrages ultérieurs et en particuliers les productions Amicus de la fin des années ’60 et du début des années ’70 comme HISTOIRES D’OUTRE TOMBE ou ASYLUM. Les cinq intrigues d’AU CŒUR DE LA NUIT, elles, s’avèrent assez diversifiées, tant dans leur thème que leur traitement, passant d’un fantastique discret à une épouvante nettement plus angoissante sans oublier un segment humoristique assez incongru sur lequel nous reviendront.

Très court, « The Hearse driver » traite d’un pilote de course croisant la route d’un cocher de corbillard l’avertissant qu’il reste une place disponible…Plus tard, la rencontre d’un conducteur de bus prononçant des paroles identiques sonnera à ses oreilles comme un avertissement et la prémonition d’un malheur. Classique, ce petit sketch s’avère une jolie entrée en matière même si on eut aimé voir le récit un peu plus étoffé et la personnalité du principal protagoniste plus développée. Néanmoins « The Hearse driver » constitue une très belle illustration d’un thème récurent du fantastique, souvent repris par la suite avec plus ou moins de bonheur (ne serait ce que dans la saga pour adolescents DESTINATION FINALE), et parvient à son but, à savoir divertir le spectateur tout en lui offrant un petit frisson complice.

Egalement assez court, « Christmas Party », concerne une fête de Noël se déroulant dans une ancienne demeure à la sinistre réputation. Sally O’Hara et un garçon nommé Jimmy jouent à cache-cache et se racontent des histoires, entre autre celle d’une jeune fille ayant jadis assassiné son petit frère. Or Sally rencontre dans une des chambres un gamin malheureux pleurant dans son coin…Un épisode relativement prévisible mais efficace, doté d’un climat bien rendu et imprégné d’une nostalgie teinté d’un bel onirisme. Très agréable.

Plus étoffé et d’une durée sensiblement plus longue, « The Haunted Miror » présente une jeune femme offrant à son mari un ancien miroir acheté chez un antiquaire. Or l’objet aurait appartenu à un homme s’étant suicidé après avoir assassiné son épouse, qu’il suspectait d’adultère. Le scénario va-t-il se reproduire ? Une fois encore le côté attendu de l’intrigue n’est absolument pas dérangeant tant le sketch se révèle efficace et bien construit, générant quelques frissons bienvenus jusqu’à une conclusion des plus réussies. Probablement le meilleur segment de cette anthologie et un petit modèle de concision et d’angoisse dont pourrait s’inspirer avec profit de nombreux cinéastes actuels.

Après ce troisième sketch de pure angoisse, « Golfing Story » tombe malheureusement comme un cheveu sur la soupe. S’inspirant de H.G. Wells, Charles Crichton (dont le film le plus célèbre reste sans doute son dernier, le délirant UN POISSON NOMME WANDA) conte la rivalité de deux amis fanatiques de golf amoureux de la même femme. Ils décident de mettre la demoiselle en jeu et se la disputent sur le green mais l’un des deux triche et remporte le « trophée ». Son ami, dépité, se suicide en allant se noyer dans un lac avant de revenir sous la forme d’un fantôme facétieux. Même si certains justifient la présence de ce (trop long) segment pour alléger le métrage et permettre aux spectateurs de souffler entre deux sketches d’épouvante, difficile de ne pas le trouver quelque peu déplacé et peu à propos. Quoique plutôt divertissant et amusant, « Golfing Story » s’intègre mal au sein d’AU CŒUR DE LA NUIT mais se laisse toutefois regarder sans déplaisir à condition de le prendre pour un aimable délassement.

La dernière intrigue, la plus connue, servira ensuite de base à un roman de William Goldman lui-même adapté au cinéma sous le titre MAGIC. Intitulée « The Ventriloquist's Dummy », elle traite d’un ventriloque persuadé que son pantin, surnommé Hugo, a pris vie et le domine, le forçant à commettre divers actes répréhensibles. Une belle réussite fonctionnant merveilleusement bien et adéquatement servi par une interprétation impeccable et une mise en scène fort efficace.

Les quatre réalisateurs apportent donc chacun leur pierre à l’édifice et, pour une fois, les divers épisodes trouvent une résonnance intéressante lors de la conclusion, particulièrement inventive et bien amenée, transformant AU CŒUR DE LA NUIT en réussite indéniable. Si « The Haunted Miror » et « The Ventriloquist's Dummy » constituent, sans hésiter, les deux sommets de cette anthologie, les deux premiers sketches restent fort agréables et, en dépit des réserves précitées, même « Golfing Story » se laisse gentiment regarder. Le métrage se termine en outre par une belle pirouette, certes aujourd’hui devenue un cliché de l’épouvante, mais particulièrement bien trouvée, bouclant l’intrigue pour que se perpétue le rêve, la réalité ou le cauchemar,…à chacun de se forger sa propre opinion !

Seulement plombé par un segment humoristique pas désagréable mais déplacé et un certain manque d’unité de ton, AU CŒUR DE LA NUIT, quoiqu’il soit aujourd’hui légèrement surestimé, n’en reste pas moins un des meilleurs films à sketches existant. Cette anthologie mérite donc largement une vision pour les amoureux du fantastique qui devraient trouver leur bonheur dans ces histoires inventives et réussies. A redécouvrir !

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2010