DEAD SNOW
Titre: Død snø
Réalisateur: Tommy Wirkola
Interprètes: Charlotte Frogner

 

Ørjan Gamst
Stig Frode Henriksen
Vegar Hoel
Jeppe Laursen
Bjørn Sundquist
 
Année: 2009
Genre: Horreur / Gore
Pays: Norvège
Editeur  
Critique:

DEAD SNOW constitue le second long-métrage de Tommy Wirkola, deux ans après son parodique KILL BUJO réalisée dans des conditions proches de l’amateurisme. Sans bénéficier d’un budget beaucoup plus conséquent, cette nouvelle livraison se montre toutefois résolue à en donner au spectateur pour son argent. Wirkola souhaite en effet proposer sa version personnelle des classiques de l’horreur « gore » des années 80 / 90 et s’inspire donc essentiellement de EVIL DEAD, saupoudré d’une pincée de BRAIN DEAD.

L’intrigue ne cherche pas la complication et isole une bande de jeunes âgés d’environ 20 ans dans un chalet perdu au milieu des étendues neigeuses de Norvège. Toute la première partie de DEAD SNOW (soit près de quarante minutes quand même !) se résume à une suite de conversations entre des personnages caricaturaux dont les principales occupations consistent à boire de l’alcool, se peloter avidement et discuter des « classiques » du cinéma d’épouvante. Wirkola, utilisant une tactique référentielle digne de Tarentino (ou du Wes Craven de SCREAM), laisse donc ses protagonistes citer EVIL DEAD, VENDREDI 13 ou WEEK END DE TERREUR (!) alors que le cinéphile de la bande arbore un T-Shirt BRAIN DEAD et balance des punch-lines puisées à TERMINATOR, INDIANA JONES ou PIEGE DE CRISTAL. Bref, la machine à référence s’emballe et tout ce petit monde se comporte exactement comme ses milliers de prédécesseurs croisés depuis une trentaine d’années dans les productions similaires venues des Etats-Unis (ou d’ailleurs).

La découverte d’un trésor nazi change enfin la donne et aboutit à la résurrection du Capitaine Herzog et de son armée de zombies, lesquels vont s’en prendre violemment à nos jeunes. Un long siège commence pour les survivants du premier assaut. Même si il ne se passe rien de bien palpitant durant la première partie de DEAD SNOW, Wirkola tente de développer un climat d’angoisse et privilégie les apparitions furtives (et rapides !) de ses zombies cernant progressivement le chalet dans lequel nos teenagers sont terrés. Evidemment, nous n’échapperons pas à des répliques censément humoristiques et à des passages comiques (dont l’inénarrable et déjà quasiment mythique scène de sexe scatologique dans les toilettes).

Pour se conformer complètement aux clichés du genre, Wirkola convie de manière inopportune le fameux « vieux-qui-sait-tout », personnage récurent surgissant au bon moment pour prévenir les jeunes garnements du terrible péril qui les menace et dont ils se ficheront de toutes manières. DEAD SNOW cultive joyeusement le cliché, assumé, en se parant d’une certaine connotation parodique tant personne ne semble dupe du spectacle crétin et mille fois vu proposé.

A mi-course, le cinéaste troque le fantastique et l’épouvante au profit d’un gros gore qui tâche. Malheureusement, le problème réside dans le manque d’inventivité générale au niveau des séquences sanglantes: la plupart des démembrements se déroulent hors champs et seuls les geysers de sang sont visibles à l’écran. Certes, DEAD SNOW offre un corps mis en pièce, des poitrines défoncées à la tronçonneuse, un crane déchiqueté, des cadavres éviscérés et des tripes répandues. Mais c’est bien là le minimum syndical serait on tenté de dire (avec une certaine mauvaise foi) car Wirkola, probablement pour des raisons budgétaires, ne développe qu’environ une scène gore sur quatre, les trois autres étant expédiées rapidement et avec une suggestion malvenue. Du potentiel gâché pour un bis que l’on espérait plus généreux et réjouissant!

Reste que DEAD SNOW propose un spectacle sympathique (les zombies nazis ne sont pas très originaux mais ils sont bien mis en valeur) dans le cadre ciné-génique d’un paysage enneigé bientôt plus rouge que blanc. Si les effets sanglants sont bien exécutés, les maquillages des zombies se révèlent un peu approximatifs (on dirait franchement des masques de carnaval) et l’utilisation des CGI reste toujours problématique tant ils jurent affreusement avec les carnages effectués à même le plateau, bien plus convaincants. Ce point excepté, DEAD SNOW s’avère techniquement de bonne tenue et rivalise sans problème avec de nombreuses productions américaines mieux nanties. La photographie est d’ailleurs un des éléments les plus étonnants du métrage tant elle parait soignée et effective, loin de l’esthétique quelconque de bien des productions horrifiques récentes, dénuées d’ambitions et de style. Un bel effort pour élever le produit fini au-dessus de la masse des splatters routiniers destinés aux vidéo-clubs.

Beaucoup plus rythmé que la plus fameuse bande mettant en scène des morts vivants du troisième Reich (LE COMMANDO DES MORTS VIVANTS, datant de 1976 !), DEAD SNOW s’impose comme un divertissement agréable mais néanmoins décevant dont on attendait beaucoup plus.

Présenté au BIFFF - Festival International du Film Fantastique de Bruxelles - en avril 2009

Fred Pizzoferrato - Mai 2009