THE DEADLY SPAWN
Titre: Return of the Aliens - Deadly Spawn
Réalisateur: Douglas McKeown
Interprètes: Charles George Hildebrandt

 

Tom DeFranco
Richard Lee Porter
Jean Tafler
Karen Tighe
James Brewster
 
Année: 1983
Genre: Science Fiction / Horreur / Gore
Pays: USA
Editeur Le Chat qui fume
Critique:

Né en 1947, Douglas McKeown fut professeur de cinéma, de théâtre et de littérature au début des seventies avant de se consacrer à sa carrière théâtrale. Tour à tour acteur, costumier, maquilleur et finalement metteur en scène, McKeown écrivit et réalisa également THE DEADLY SPAWN, son unique long-métrage confectionné avec beaucoup d’enthousiasme mais un budget microscopique estimé à 27 000 dollars. Même selon les standards des années ’80, une pareille somme peut paraître ridicule et, entre les mains d’un cinéaste moins passionné, nul doute que THE DEADLY SPAWN se serait apparenté à une série Z supplémentaire, dans la lignée des productions gore amateurs de la même époque comme, par exemple, les ABOMINATION ou CANNIBAL CAMPOUT de sinistre mémoire. Un piège en grande partie évité par la débrouillardise de McKeown, lequel parvint à élever grandement le produit. En définitive, THE DEADLY SPAWN ressemble donc, non pas à une série Z ringarde, mais bien à une bonne petite série B rondement menée.

L’investissement de départ, aussi réduit soit-il, est assuré par Ted A. Bohus, également coscénariste. Celui-ci avait déjà produit deux titres assez semblable (FIEND et NIGHTBEAST) et récidivera ensuite avec une poignée de bis divertissants comme METAMORPHOSIS, THE ALIEN FACTOR, supposée séquelle de THE DEADLY SPAWN (comme en témoigne le premier titre envisagé : DEADLY SPAWN 2 – ALIEN FACTOR) n’entretenant en réalité que peu de points communs avec l’œuvre de McKeown. A sa sortie, THE DEADLY SPAWN fut lui aussi rebaptisé d’un plus attractif RETURN OF THE ALIENS, une manière de grappiller les miettes du succès de Ridley Scott, un procédé courant dans les années ’80 puisqu’on vit également sortir sur les écrans d’improbables ALIEN 2 : LE MONSTRE ATTAQUE ou encore ALIEN - LA CREATURE DES ABYSSES.

THE DEADLY SPAWN débute sur un ton résolument rétro et propose une situation déjà vue à de nombreuses reprises (que ce soit dans THE BLOB ou, plus récemment, dans EXTRA SANGSUES) : deux campeurs découvrent une météorite venant de s’écraser sur Terre et un monstre extraterrestre les dévore joyeusement. La créature se réfugie ensuite dans une maison avant d’en grignoter les occupants, Sam et Barb. Comme ces derniers sont censés être partis en voyage nul ne s’étonne de leur absence et leurs enfants, Peter et Charles, accompagné d’un couple d’amis, vont bientôt être à leur tour confronté à la créature extraterrestre.

L’intrigue basique de THE DEADLY SPAWN ne cherche nullement à s’élever au-delà de l’enfilade de clichés et le scénario se contente donc de balader les principaux personnages d’une pièce à l’autre de la maison en attendant que le monstre ne surgisse. Un scénario honnêtement sans beaucoup d’intérêt, d’autant que les interprètes non professionnels ne sont pas toujours véritablement convaincants, mais on peut toutefois noter la caractérisation assez réussie de certains protagonistes et les tentatives méritoires d’étoffer les maigres personnages. Les deux « nerds », fanatiques de sciences, parviennent ainsi à paraître crédibles et échappent aux habituels clichés dont nous abreuve le cinéma hollywoodien. Les dialogues, par contre, sont moins réussis et cultivent les banalités sans posséder la distance humoristique nécessaire à les rendre efficaces. Dans l’ensemble, ils restent d’ailleurs purement illustratifs et se contentent de décrire ce qui se passe à l’écran ou de verser dans une certaine psychologie de comptoir. La mise en scène, de son côté, confère un minimum de tenue au métrage en proposant quelques séquences assez imaginatives mais sans parvenir à dissiper l’impression de complet amateurisme qui imprègne le film.

En apparence, beaucoup de négatifs au passif de ce THE DEADLY SPAWN donc mais c’est précisément cet aspect bricolé et confectionné avec des bouts de ficelle qui rend au final l’entreprise sympathique et divertissante. Les effets spéciaux, dans les limites d’un petit budget, sont relativement convaincants, en particulier les nombreuses scènes gore qui sentent bon le latex et le colorant alimentaire mais se montrent d’un niveau technique suffisant pour entretenir l’illusion.

La créature vedette, elle, se révèle nettement moins crédible, sorte de serpent terminé par une gueule immense garnie de dents, quelque part entre un ver des sables de DUNE et le monstre de THE THING. Même si l’animation de la « chose » reste sommaire et sa confection un peu primitive, cet « alien » carnivore constitue une véritable attraction, mal dégrossie mais terriblement efficace. Les nombreuses séquences d’attaque surprennent par leur énergie, d’autant que le cinéaste n’hésite pas à recourir à de grandes giclées de sang pour épicer son plat. Niveau gore, THE DEADLY SPAWN rivalisait, à sa sortie, avec des productions similaires comme EVIL DEAD ou les œuvres de Lucio Fulci. Le film se complait parfois dans une boucherie assez réjouissante et propose une suite de saynètes très sanglantes sans hésiter, chose étonnante, à massacrer les « héros » de l’histoire. Cette surenchère confère d’ailleurs à THE DEADLY SPAWN une réputation enviable parmi les amateurs de cinéma horrifique dégoulinant.

La séquence finale, laissant la porte ouverte à une suite (qui ne verra malheureusement jamais le jour) constitue elle aussi un point positif et s’avère certes un peu clichée (et attendue) mais néanmoins bien pensée. THE DEADLY SPAWN n’est donc pas un chef d’œuvre mais simplement une petite oeuvrette généreuse, riche en passages gore bien troussés et bénéficiant d’effets spéciaux de bonne tenue.

Un monstre mémorable et quelques scènes d’attaques énergiques permettent de passer un bon moment à condition de n’en attendre qu’un simple divertissement de série B. Dans la limite de ses modestes ambitions, le film de Douglas McKeown s’impose comme une très honnête réussite, mineure mais réelle, dont la durée adéquate (environ une heure et quinze minutes) lui évite de se montrer lassante.

A redécouvrir pour les fans de gore et du bis des années ’80.

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010