LA COURSE A LA MORT
Titre: Death Race / Death Race 3000
Réalisateur: Paul W.S. Anderson
Interprètes: Jason Statham

 

Joan Allen
Tyrese Gibson
Ian McShane
Nathalie Martinez
Jason Clarke
 
Année: 2008
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur  


Critique:

Au cours des cinq dernières années, Hollywood s’est lancé frénétiquement dans des réactualisations de pratiquement tous les classiques de la science-fiction et de l’horreur des seventies. Aujourd’hui que cette manne semble épuisée, les scénaristes décident ils d’explorer de nouvelles voies ? Non, ils s’obstinent dans la voie du remake en se tournant vers les petites séries B, dont certaines sont devenues cultes auprès des initiés.

Après LE BAL DE L’HORREUR, LE MONSTRE DU TRAIN, WEEK END DE TERREUR et autres slasher c’est la science-fiction qui se trouve dans le collimateur des producteurs. Paul W. S. Anderson prend donc les commandes du remake de LA COURSE A LA MORT DE L’AN 2000, une satire bis réjouissante réalisée voici près de 25 ans par Paul Bartel.

Les progrès de la technique aidant, l’idée d’une version actualisée a depuis longtemps titillé la profession et divers rumeurs ont circulés depuis une décennie. Des noms prestigieux y furent même attachés, en particulier Tom Cruise (lequel reste cependant présent à la production) qui a longtemps pensé en tenir le rôle principal. Divers cinéastes se déclarèrent intéressés par le sujet mais, en définitive, le mal-aimé Paul W.S. Anderson décrocha la timbale même si ses métrages antérieurs n’ont pas vraiment convaincus. Si EVEN HORIZON fonctionnait plutôt efficacement ni RESIDENT EVIL ni MORTAL KOMBAT ne peuvent être considérés comme de véritables réussites et ALIENS Vs PREDATOR n’a pas, lui non plus, convaincu les fans des deux franchises. Néanmoins Paul W.S. Anderson se retrouve à la tête de ce DEATH RACE nouvelle mouture. Se disant très fan de l’original, le cinéaste ne cherche pourtant pas à le copier mais en livre une variation lointaine qui n’en reprend que certains éléments (les deux antagonistes surnommés respectivement Frankenstein et Machine Gun Joe).

L’idée d’une course traversant les Etats-Unis dans le but d’écraser un maximum de personnes étant sans doute trop extrême pour les producteurs d’aujourd’hui, Anderson déplace l’action dans une prison de haute sécurité. Là, des détenus sont forcés de participer à des courses de voitures mortelles retransmises à la télévision. Au bout de cinq victoires, le gagnant a droit de retrouver la liberté. Or, Frankenstein, un pilote horriblement défiguré devenu le chouchou du public en est déjà à quatre victoires. Malheureusement, Frankenstein a trouvé la mort dans la dernière édition de cette « Course à la mort » et la production lui cherche un remplaçant.

Jensen Ames va être choisi pour endosser le masque et la personnalité de Frankenstein : accusé du meurtre de sa femme il est envoyé purger une peine à perpétuité au pénitencier de Terminal Island. Là, on lui demande de prendre part à la « Course à la mort » en lui promettant la liberté si il gagne la compétition. Ames accepte mais ne tarde pas à comprendre qu’il n’a aucune chance de sortir de la prison et de revoir sa petite fille.

DEATH RACE délaisse en grande partie le message satirique de l’original et se contente de quelques considérations pas très originales sur la télévision et le pouvoir des médias pour donner une certaine connotation socio-politique à son intrigue simpliste. L’humour est donc rare, la réflexion quasi absente et Anderson privilégie essentiellement les séquences d’action. Les trois longues courses de bagnoles occupent donc un bon tiers du métrage et permettent au cinéaste de s’en donner à cœur joie dans les démolitions spectaculaires. Les véhicules futuristes sont, en effet, équipés de nombreuses armes et les pilotes peuvent encore gagner des gadgets de défenses ou d’attaques en roulant sur des représentations de boucliers ou d’épées.

Ces idées sympathiques, associées au look des véhicules, donnent à l’ensemble un côté jeu vidéo plutôt appréciable manifestement destiné aux geeks de tout poil. Les explosions pétaradantes, les bastons barbares et les cascades explosives empêchent donc le spectateur de s’ennuyer même si la mise en scène de Paul Anderson se révèle parfois assez peu lisible. Le montage très rapide et l’accumulation de plans empilés un peu n’importe comment se révèlent parfois épuisant mais ce rythme plus frénétique que réellement maîtrisé ne laisse heureusement guère le temps au spectateur de s’interroger sur les invraisemblances parsemant l’intrigue.

DEATH RACE mêle donc certains éléments de l’original (avec même une apparition clin d’œil du Frankenstein originel toujours joué par David Carradine), à des emprunts à ROLLERBALL, MAD MAX 2, RUNNING MAN, au post-nuke italien ou encore à la bande dessinée ou au jeu vidéo. Il ne faut pas en attendre une intrigue très développée ni la moindre réflexion, le peu de crédibilité de l’entreprise étant annihilé par une dernière partie poussive et un happy-end totalement aberrant.

La description de la société future totalitaire est, pour sa part, vite expédiée et pas vraiment développée. On comprend vite que le réalisateur ne se soucie guère d’ancrer son sujet dans une réalité tangible et qu’il désire aller rapidement vers ce qui le motive vraiment : un univers carcéral crasseux et viril où les détenus s’empoignent violemment avant, pendant et après les courses.

Néanmoins DEATH RACE marque des points par son style très clip, parfois irritant (l’arrivée des copilotes féminines au ralenti soulignée par une musique R&B des plus clichée s’avère, selon l’humeur, insupportablement crétine ou hilarante au second degré), parfois distrayant (les véhicules improbables sont bien exploités et détaillés sous toutes les coutures).

Jason Statham, pour sa part, se révèle plutôt convaincant et démontre qu’il possède le potentiel, le physique athlétique et le charisme nécessaires pour devenir une véritable star du cinéma d’action à l’image de Stallone ou Bruce Willis.

DEATH RACE ne s’élève donc jamais plus haut que le simple étalage d’action et de violence (à ce niveau le cinéaste verse carrément dans les excès gore) mais, dans son genre, à savoir le spectacle pop-corn bruyant, bête et sans conséquence, le film de Paul Anderson atteint son objectif. Un divertissement sans prétention et pas désagréable à suivre, c’est déjà pas mal par les temps qui courent !

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2008