DEATH SENTENCE
Titre: Death Sentence
Réalisateur: James Wan
Interprètes: Kevin Bacon

 

Garrett Hedlund
Kelly Preston
Jordan Garrett
Stuart Lafferty
John Goodman
Aisha Tyler
Année: 2007
Genre: Thriller / Vigilante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Nouvel espoir du cinéma de genre, James Wan n'a pourtant réalisé que trois films avant ce DEAD SENTENCE: l'inconnu STYGIAN, le premier SAW et le mal accueilli DEAD SILENCE. Ici, il adapte un roman de Brian Garfield, auteur des œuvres à l'origine de deux franchises à succès (en passe, vu la mode des remakes, d'être réactivées): THE STEPFATHER et, surtout, UN JUSTICIER DANS LA VILLE. James Wan s'inspire donc d'un autre récit de Garfield qui, pourtant, n'est pas sans rappeler le classique précité du "vigilante" avec Charles Bronson. Et, osons le dire, le petit jeunot (une trentaine d'années!) se hisse au niveau du chef d'œuvre de Michael Winner.

Nick Hume, homme d'affaire quadragénaire sans histoire, marié et père de deux grands adolescents voit sa vie basculer lorsqu'il s'arrête un soir à une station service déserte. L'endroit a été choisi par un gang décidé à initier le jeunot de la bande: ce dernier doit tuer quelqu'un au hasard pour mériter sa place. C'est un des fils de Nick qui sera abattu avant d'être maîtrisé par Nick. Bien sûr la justice ne fait pas son travail, met en avant les conditions de vie difficile de la sale racaille et, au final, annonce que la petite crapule s'en tirera avec 3 ou 4 ans de prison. Nick refuse alors de témoigner, laisse libérer le voyou et prend sa décision: vengeance!!!

DEATH SENTENCE est une pure plongée dans une spirale de violence qui rappelle les grands classiques du cinéma dit "d'auto justice" des années 70, ainsi que d'autres bandes fameuses comme MAD MAX (les voitures des méchants sont customisées et décorées avec une outrance typiquement comic-book) et LES GUERRIERS DE LA NUIT (la bande de voyous pluriethnique aux tatouages et au look extravagant semble issu du film de Walter Hill). Le résultat ne cherche donc pas le réalisme à tout prix et certains pourraient s'offusquer de choix scénaristiques osés (le héros ne pense pas à mettre sa famille à l'abri, la flic le laisse se démerder seul, un paisible businessman se transforme en machine à tuer en quelques jours, etc.) mais l'ensemble fonctionne parfaitement. Au final, James Wan porte néanmoins un regard un peu désabusé sur son héros et place une petite réplique assassine dans la bouche du chef des méchants "Look at you, now you're one of us".

La performance de Kevin Bacon est, il est vrai, impressionnante et suffit à faire vivre un personnage qu'il parvient à rendre crédible. Les seconds rôles sont, eux aussi, tous de bons niveaux, avec une mention spéciale à un John Goodman immonde et gluant, prêt à sacrifier son fils pour gagner quelques dollars sur une vente d'armes. Au niveau de la mise en scène, James Wan opte pour une approche carrée et nerveuse ponctuée de quelques fulgurances comme cette séquence centrale de poursuite en plan séquence qui voit le héros fuir dans un immense parking déserté, toute la meute à ses trousses.

L'ambiance oppressante est d'ailleurs servie par une photographie résolument rétro, légèrement granuleuse, qui confère au métrage un aspect pris sur le vif en dépit de ses invraisemblances. Un curieux équilibre donc entre le réalisme et les outrances bande dessinées pour ce DEATH SENTENCE qui, dans sa deuxième moitié, s'apparente même à une adaptation pirate du Punisher. Car James Wan n'hésite pas à proposer des scènes de violences bien sanglantes, voire carrément gore, en particulier lors de l'explosive fusillade finale. Les influences du polar hard boiled de Hong Kong sont à ce moment évidentes mais James Wan, contrairement à beaucoup d'autres cinéastes ayant tenté cette filiation, n'a pas à rougir de la comparaison.

A l'intérieur de ce genre codifié et souvent décrié qu'est le "vigilante movie", DEATH SENTENCE prend naturellement sa place auprès des fleurons du genre que sont les deux premiers UN JUSTICIER DANS LA VILLE (voire même le troisième pour les plus pervers!), ROLLING THUNDER, CLASS 84, MAD MAX et les polars italiens des seventies glorifiant la vengeance. En ces temps de politiquement correct il est de bon ton de considérer ce genre de métrage avec des pincettes (voire en se bouchant le nez de dégoût) mais tous les spectateurs sensibles aux charmes d'un bon vieux récit de vengeance ultra violente et barbare devraient être aux anges et, probablement, souligner la naissance d'un nouveau futur classique du genre!

Fred Pizzoferrato - Février 2008