DEATH STEPS IN THE DARK
Titre: Passi di morte perduti nel buio
Réalisateur: Maurizio Pradeaux
Interprètes: Leonard Mann

 

Robert Webber
Vera Krouska
Antonio Maimone
Barbara Seidel
Imelde Marani
Susy Jennings
Année: 1977
Genre: Giallo / Comédie policière
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Sorti en 1977, DEATH STEPS IN THE DARK appartient, par conséquent, à la dernière vague de « l’âge d’or » du giallo. Si, d’un point de vue quantitatif mais aussi qualitatif, le point culminant du genre se situe indiscutablement aux alentours des années 72 et 73, les long-métrages produits dans les dernières années des seventies tentent, eux, de varier la donne et d’innover.

Certains versent dans l’expérimental (comme LE ORME), d’autres se marient au polar d’action (par exemple MORT SUSPECTE D’UNE MINEUR) et quelques-uns choisissent la voie de l’érotisme prononcé (GIALLO A VENISE), voir du porno (PLAY MOTEL). Le réalisateur romain Maurizio Pradeaux, déjà auteur d’un moyen DEVIL BLADE en 1973, mélange, pour sa part, le thriller à l’humour avec ce DEATH STEPS IN THE DARK plutôt déstabilisant. Le bon équilibre entre le frisson et la rigolade est, en effet, un des plus ardus à réussir et bon nombre de cinéastes s’y sont cassé les dents, comme en témoigne ce giallo déséquilibré et pas vraiment convaincant.

L’intrigue débute dans un compartiment de chemin de fer. Six personnes discutent dans le train vers Athènes et, soudain, le passage dans un tunnel les plonge dans l’obscurité. Au sortir du tunnel, une des passagères repose sur le sol, poignardée à l’aide d’un coupe-papier. Les soupçons se portent immédiatement sur le possesseur de l’objet meurtrier, un journaliste prénommé Luciano. Celui-ci va tenter de démasquer l’assassin avec l’aide de sa peu futée copine mannequin, Ingrid, tandis que les meurtres se multiplient parmi les passages du train et leur proche entourage.

DEATH STEPS IN THE DARK débute de manière résolument rétro comme un bon vieux « murder mystery » à l’ancienne : six passagers dans un train, une brève période d’obscurité et, ensuite, une morte et cinq suspects dont le principal est un journaliste bientôt dans le collimateur de la police. La suite va, cependant, dévier de ces prémices dignes d’un roman d’Agatha Christie pour proposer quelques innovations sympathiques comme une tentative de chantage envers le meurtrier qui, bien sûr, se soldera par des crimes supplémentaires. Pour épicer son plat un poil réchauffé, Maurizio Pradeaux recourt aux deux mamelles du giallo, à savoir le gore et le sexe.

Niveau violence, DEATH STEPS IN THE DARK reste modéré mais se permet toutefois une poignée d’assassinats bien sanglants commis à l’aide de l’inévitable rasoir manié par des mains gantées de cuir noir. Le cinéaste, décidé à démontrer sa connaissance du genre, élabore des scènes de meurtres plutôt réussies et esthétisantes, malheureusement ponctuées de très gros plans assez disgracieux sur l’œil, déformé par la cruauté, du sadique. Un procédé répétitif rapidement lassant.

Les scènes chaudes, pour leur part, sont bien léchées, tout comme les demoiselles participant à l’inévitable passage saphique dans lequel dominent les très gros plans de mamelons et de foufounes caressées lascivement. Bref, une séquence gratuite (mais plaisante !) filmée à la manière d’un Jess Franco de la même époque, à savoir avec un mélange de douceur, de vulgarité et d’esthétisme à la fois chic et toc. Le tout participe, à sa manière, au charme d’un long-métrage peu avare sur la nudité.

En ce qui concerne l’enquête policière proprement dite et étant donné le nombre limité de suspects, l’identité du tueur aurait mérité davantage de considération de la part du cinéaste. Malheureusement, aucun indice réellement intéressant n’est livré au spectateur et la révélation finale parait, par conséquent, particulièrement aléatoire. Les explications qui suivent semblent, elles-aussi, gratuites et élaborées à la hâte afin de justifier une « surprise » finale pas très convaincante. En effet, n’importe quel passager du train peut être l’assassin et n’importe quel mobile peut convenir. D’où la frustration, bien compréhensible, des amateurs de suspense policier rigoureux qui auraient souhaité une investigation plus soignée et des indices plus probants.

Sans doute pour renouveler les recettes déjà galvaudée du giallo, Pradeaux décide, en outre, d’y adjoindre un humour souvent envahissant et lourdingue. Même si quelques répliques font sourire, l’ensemble ne fonctionne pas vraiment : la comédie italienne populaire n’est guère réputée pour sa finesse et DEATH STEPS IN THE DARK en donne une nouvelle preuve. La rencontre de ce comique grassouillet et d’un suspense voulu tendu aboutit, par conséquent, à un curieux mélange, ni vraiment effrayant, ni suffisamment drôle pour provoquer le rire. D’où de longs passages embarrassants qui diluent la tension par des gags poussifs hâtivement écrits.

Sans être ennuyeux, DEATH STEPS IN THE DARK constitue, au final, un giallo sans relief ni originalité qui, à partir d’une intrigue classique du policier traditionnel développe par la suite un humour pas très convaincant. Grâce à son érotisme affirmé et ses meurtres sanglants, le film se suit cependant sans déplaisir mais ne s’élève jamais au-dessus de la moyenne. A réserver aux fans.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011