UN JUSTICIER DANS LA VILLE
Titre: Death Wish
Réalisateur: Michael Winner
Interprètes: Charles Bronson

 

Hope Lange
Vincent Gardenia
Steven Keats
William Redfield
Stuart Margolin
Kathleen Tolan
Année: 1974
Genre: Polar / Vigilante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Classique incontestable du « vigilante movie », UN JUSTICIER DANS LA VILLE fit de Charles Bronson une superstar mais, hélas, l’enferma également, par la suite, dans des rôles souvent stéréotypés de justicier réactionnaire. Ce premier épisode, nettement plus modéré idéologiquement que les suivants, fut pourtant accueilli avec un pincement de nez par une critique volontiers révoltée et incapable d’apprécier le spectacle, pourtant foutrement réjouissant, concocté par Michael Winner. 

Vétéran de la guerre de Corée (où il servit dans le corps médical car il était objecteur de conscience), Paul Kersey est un architecte new-yorkais à qui tout a réussi. Il vit une existence tranquille en compagnie de sa femme, Joanna, et de sa fille Carol. Repérée par une bande de racailles, les deux femmes sont agressées chez elles : Joanna est battue à mort tandis que Carol violée et laissée en état de choc. Décidé à oublier cette tragédie et à passer quelques temps loin de la Grosse Pomme, Paul arrive à Tucson, Arizona, où il rencontre un de ses clients, grand amateur d’armes. En guise de cadeau, notre architecte non violent reçoit d’ailleurs un révolver, qu’il emmène à New York. Là, il comprend qu’il ne faut rien attendre d’une justice complètement dépassée et impuissante à endiguer la montée de la criminalité. Paul prend alors les armes et descend dans les rues supprimer tous les voyous qui infestent la ville. 

Adaptant un roman de Brian Garfield (qui désavoua le film, selon lui trop favorable au « vigilantisme » et écrivit, en réaction, une suite « Death Sentence », elle-même portée à l’écran en 2007), UN JUSTICIER DANS LA VILLE attira bien des cinéastes et des interprètes. Steve McQueen, Clint Eastwood, Frank Sinatra, Jack Lemmon, etc. se virent proposer le rôle principal tandis que Sidney Lumet devait en assurer la mise en scène. Au final, ce fut cependant Michael Winner qui emporta la mise. Cinéaste souvent mésestimé (ou, pire, critiqué pour ses positions politiques) Michael Winner avait précédemment dirigé Bronson dans trois jolies réussites, le western LES COLLINES DE LA TERREUR, le polar LE FLINGUEUR et le violent LE CERCLE NOIR.

Pour ses retrouvailles avec l’acteur déjà quinquagénaire, il lui confère une véritable présence, à la fois physique et charismatique, qui l’impose comme une authentique « action star » au visage buriné et à la gestuelle réduite mais signifiante, comme en témoigne le dernier plan, superbe, annonciateur d’une séquelle (d’ailleurs tournée 8 ans plus tard). Bien ficelé et adroitement rythmé (la courte durée constitue un indéniable avantage), UN JUSTICIER DANS LA VILLE décrit intelligemment le parcours psychologique de cet architecte d’abord opposé à la violence puis finalement convaincu de devoir rendre lui-même la justice pour suppléer aux manquements d’une police démissionnaire. Un itinéraire mental proche de celui de Dustin Hoffman dans LES CHIENS DE PAILLE de Sam Peckinpah. Toutefois, le film de Michael Winner embrasse plus volontiers son statut de western moderne et urbain. Une référence présente en filigrane, que ce soit lors du détour vers l’Arizona, encore très proche de l’esprit du Far West (on y reconstitue d’ailleurs cette époque sous forme d’attraction touristique), ou via les dialogues, notamment la fameuse tirade des pionniers où Bronson, tel un shérif du XXème siècle, se désole de vivre dans la peur sous prétexte de civilisation. 

Le message d’UN JUSTICIER DANS LA VILLE devient, dès lors, limpide : face aux agressions il importe de réagir avec force, de rendre coup pour coup et d’anéantir la vermine sans le moindre état d’âme. Toute la seconde partie du long-métrage se concentre ainsi sur les rondes justicières d’un héros solitaire qui flingue du voyou et permet au spectateur d’éprouver, par son intermédiaire, un véritable plaisir cathartique devant toutes ces racailles supprimées de la surface de la terre. Tous détestables, les crapules que tue l’architecte vengeur méritent leur sort et nul ne songerait à blâmer Paul Kersey de faire œuvre de salubrité publique en nettoyant la ville de son infecte fange. Même la police, contrainte de stopper le justicier, finit, du bout des lèvres, par approuver son action en constatant le bien-fondé de sa croisade purificatrice et la chute vertigineuse de la criminalité depuis qu’il accomplit ses virées nocturnes. 

Véritable classique du cinéma réactionnaire et fier de l’être, UN JUSTICIER DANS LA VILLE se savoure toujours avec autant de bonheur quarante après sa réalisation et reste le mètre-étalon du « vigilante movie ». Si Paul Kersey fit bien des émules cinématographiques par la suite, peu de justiciers parvinrent à se hisser à sa hauteur et à retrouver la puissance brute du chef d’œuvre de Michael Winner. Imparable.

Fred Pizzoferrato - Mars  2017