UN JUSTICIER DANS LA VILLE II
Titre: Death Wish II
Réalisateur: Michael Winner
Interprètes: Charles Bronson

 

Jill Ireland
Vincent Gardenia
J.D. Cannon
Anthony Franciosa
Robin Sherwood
Ben Frank
Année: 1982
Genre: Thriller / Vigilante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé au milieu des années ’70, UN JUSTICIER DANS LA VILLE avait imposée la figure du « vigilante » à travers un polar tendu et ambigu mais également très efficace et nuancé. Le succès de ce long-métrage référentiel entraîna moult décalques plus ou moins convaincants (en particulier le barbare EXTERMINATOR : LE DROIT DE TUER) mais il faut attendre le début des années ’80 pour que débarque une première séquelle officielle du « classique » de Michael Winner.

Mal accueilli par certains critiques (Roger Ebert, considère le métrage comme un des plus révoltants et nauséabonds de l’histoire du cinéma), UN JUSTICIER DANS LA VILLE 2 n’en demeure pas moins un très bon divertissement et une des meilleurs adaptation officieuse du « Punisher » de la Marvel .

Charles Bronson y reprend évidemment le rôle qui fit de lui une star, la saga passant du producteur Dino de Laurentiis au groupe Cannon, dirigé à l’époque par Menahem Golan et Yoran Globus. Après avoir imposé Chuck Norris, la Cannon se cherche une nouvelle vedette « respectable » et son choix se porte sur le vieillissant Bronson (lequel vient d’atteindre la soixantaine) qui tournera huit films pour le dynamique duo, incarnant à chaque fois le même personnage quasi interchangeable de justicier inflexible canardant la racaille. Du JUSTICIER DE MINUIT au MESSAGER DE LA MORT en passant par KINJITE SUJETS TABOUS et L’ENFER DE LA VIOLENCE, Bronson assure le spectacle en reprenant les mêmes tics d’un titre à l’autre.

Evidemment, Paul Kersey, paisible architecte progressiste devenu vigilante impitoyable suite à la mort de son épouse revient sur le devant de la scène via UN JUSTICIER DANS LA VILLE 2 réalisé en 1982 et rapidement suivi de trois séquelles de plus en plus cartoonesques. LE JUSTICIER DE NEW YORK (en 1985), LE JUSTICIER BRAQUE LES DEALERS (en 1987) et le navrant LE JUSTICER 5 : ULTIME COMBAT (réalisé en 1993 avec un Bronson septuagénaire !) se succèdent ainsi en une dizaine d’années.

Dans UN JUSTICIER DANS LA VILLE 2 nous retrouvons Paul Kersey après son déménagement à Los Angeles, la police new-yorkaise lui ayant « suggéré » de mettre un terme à ses activités de justicier et de quitter la ville. L’architecte coule à présent une vie paisible en compagnie de la journaliste de radio Geri Nichols et de sa fille Carol, toujours muette et traumatisée depuis son viol subi à New York quelques années plus tôt. Lors d’une promenade tranquille, un groupe de racailles dérobe le portefeuille de Kersey qui ne se laisse pas faire et tabasse l’un d’eux. Malheureusement, les voyous connaissent à présent le lieu de résidence de l’architecte et ils montent une expédition punitive qui aboutit au viol collectif de la femme de ménage, ensuite assassinée à coup de pied de biche, et à l’enlèvement de Carol. Victime d’un nouveau viol, la jeune fille tente d’échapper à ses agresseurs en se jetant par une fenêtre et meurt, empalée sur une grille durant sa tentative de fuite. Paul Kersey reprend alors les armes et descend dans les rues afin de nettoyer la ville.

Le scénariste débutant David Engelbach (qui écrira plus tard AMERICA 3000 et OVER THE TOP) ne se foule guère en imaginant une intrigue quasiment photocopiée sur celle du premier UN JUSTICIER DANS LA VILLE. Toutefois, si le premier film prenait le temps de développer son récit et d’offrir une réelle caractérisation des différents protagonistes, cette séquelle racoleuse va directement à l’essentiel et ramène d’ailleurs le temps de projection à 85 petites minutes.

Le rythme se montre, par conséquent, rapide et sans concession, multipliant les séquences de violences avec une bonne santé réjouissante à condition de ne pas prendre tout ça trop au sérieux. Loin du premier film où il traversait une véritable crise morale, Kersey s’identifie ici à un personnage de comics ou de roman de gare, proche du Punisher de la Marvel (ou de L’Exécuteur), et devient une machine à tuer quasiment dénuée d’émotions. Bronson l’incarne sans finesse et garde un visage impassible devant les tragédies qui s’accumulent autour de lui mais son visage granitique et son charisme indéniable emportent néanmoins l’adhésion.

Cette performance monolithique se montre en outre appréciable lorsque Winner lui confère une dimension quasi surnaturelle, celle d’une ombre gigantesque qui semble veiller sur la ville à la manière de Batman, prêt à fondre sur le crime. Kersey s’apparente d’ailleurs de plus en plus à un super-héros, disposant à présent d’un repaire dans les bas-fonds, véritable « forteresse de solitude » où il troque son costume bien coupé pour une tenue sobre et une cagoule, l’uniforme du parfait justicier urbain.

Ce super héros omniscient ne doit même plus se déplacer pour combattre le crime puisque celui-ci vient à lui. Dans une ville tentaculaire de plusieurs millions d’habitants, Kersey n’éprouve pratiquement aucune difficulté à retrouver les agresseurs de sa fille, qu’il supprime méthodiquement, ponctuant ses exécutions de sentences définitives et humoristiques dont le célèbre « Tu crois en Dieu ? Va le rejoindre! ». Dès que Bronson sort dans la rue une agression est commise, un type est attaqué, une femme violée, un commerce braqué…Mais, tel Zorro, le justicier intervient et protège la population.

Autour du vigilante s’agitent divers protagonistes secondaires comme sa nouvelle compagne, incarnée par une Jill Ireland sans épaisseur qui défend mollement ses idées « progressistes ». Le policier new yorkais, toujours joué par Vincent Gardenia, apporte de son côté quelques scènes plus intéressantes et finit, à l’agonie, par embrasser les idées du justicier à qui il murmure un « tue cet enculé pour moi » avant de trépasser. Le film développe par ailleurs une dichotomie nette entre la population diurne (raffinée et évoluant dans des immeubles luxueux ou des restaurants hors de prix) et la faune nocturne uniquement composée de marginaux à supprimer sans remords.

Pur produit d’exploitation, UN JUSTICER DANS LA VILLE 2 débute par une séquence de viol collectif à l’encontre de la femme de chambre de Kersey, un personnage inutile à l’intrigue dont la présence sert uniquement à justifier davantage les actes du vigilante. Peu après la fille de Kersey subit un nouveau viol avant de s’empaler sur une grille de fer, une séquence à la fois étrange, onirique et brutale qui fut fréquemment censurée.

A partir de là, le métrage semble quitter la réalité pour verser dans une sorte de fantaisie barbare : Bronson descend dans les rues et adopte une tenue passe partout pour se fondre dans une faune dangereuse et agressive. Le justicier croise des épaves, des punks, des sans-abris et des prostituées mais aussi divers croyants, tenant de diverses religions sur lesquels il jette un regard désabusé. Dieu n’interviendra pas, semble dire Kersey devenu malgré lui le bras armé de la vengeance, la personnification de la loi du talion dans un monde ayant sombré dans l’apathie et la résignation. Les faits divers sordides évoqués à la radio, les statistiques démontrant la flambée de violences et de délinquance martelées sans relâche ne laissent aucun doute : quelqu’un, quelque part, doit agir…et ce sera Kersey.

Bercé par la partition de Jimmy Page (le guitariste de Led Zeppelin !), JUSTICIER DANS LA VILLE 2 se montre fort appréciable et reste, en dépit de ses nombreux défauts, un classique du « vigilante » brutal, réactionnaire et jouissif. Une bande dessinée pour adultes ultra-violente, totalement facho et redoutablement efficace, à voir et à revoir.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2017