LE JUSTICIER BRAQUE LES DEALERS
Titre: Death Wish 4: The crackdown
Réalisateur: Jack Lee Thompson
Interprètes: Charles Bronson

 

Kay Lenz
John P. Ryan
Perry Lopez
George Dickerson
Soon-Tek Oh
Danny Trejo
Année: 1987
Genre: Thriller / Vigilante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Débutée avec l’ambigu UN JUSTICIER DANS LA VILLE, une œuvre nettement plus complexe et réfléchie qu’on ne le pense aujourd’hui (à l’image de Rambo, le personnage du Justicier fut vidé de sa substance au fil des séquelles), la longue saga des « Death Wish » se poursuivit en 1981 avec le très brutal UN JUSTICIER DANS LA VILLE 2. Ensuite, ce fut l’escalade et Bronson, sous l’égide de la Cannon, revint dans un cartoonesque LE JUSTICIER DE NEW YORK, tellement violent, outrancier et réactionnaire qu’il devenait impossible de le prendre au sérieux.

LE JUSTICIER BRAQUE LES DEALERS apparaît, comparativement, plus modéré et retrouve, du moins en partie, le réalisme du premier film. Bien sûr, cette orientation rend l’ensemble moins divertissant mais ce quatrième épisode reste, cependant, un agréable vigilante movie capable d’enthousiasmer les amateurs de ce sous-genre si décrié. L’intrigue, pour sa part, ne propose rien de bien neuf et se contente de ressasser une formule à présent bien établie.

L’architecte Paul Kersey a rangé les armes et mis de coté ses activités nocturnes de nettoyeur des rues pour profiter de la vie en compagnie d’une belle journaliste, Karen, et de la fille de celle-ci, Erica. Malheureusement, un soir, la jeune fille prend une dose fatale de cocaïne et succombe à l’hôpital. Kersey identifie facilement le dealer responsable et l’abat avant d’être contacté par un milliardaire nommé Nathan White. Ce dernier a également perdu son enfant à cause de la drogue et il propose à Kersey de financer une véritable croisade à l’encontre des criminels de Los Angeles. Donnant au Justicier toutes les informations utiles, White le laisse passer la ville au Karcher…

Très classique, le scénario de ce LE JUSTICIER BRAQUE LES DEALERS montre une fois de plus à quel point le pauvre Kersey est un héros malchanceux. Dès qu’une femme croise sa route, la pauvre est destinée à souffrir et voir ses proches mourir. Charles Bronson, en pilotage automatique depuis le second épisode, se montre encore plus monolithique et insensible que précédemment. Il ne manifeste même pas la moindre émotion lorsque la fille de sa compagne meurt d’une overdose alors qu’il jouait au père attentionné une minute plus tôt. A croire que le papy n’attendait qu’un prétexte pour reprendre les armes. La journaliste Karen, pour sa part, se console en enquêtant sur les trafiquants de drogues gangrénant Los Angeles mais le script la met rapidement de côté, laissant Kersey faire le ménage à grand coup de sulfateuse. Il faut attendre le dernier quart d’heure du métrage pour retrouver Karen, laquelle tombe bêtement dans un traquenard tendu par le grand méchant. Les scénaristes se permettent alors un petit twist, pas vraiment convaincant mais sympathique, pour relancer l’intérêt et dévoilent l’identité, voulue surprenante, du boss de la pègre. En réalité la plupart des spectateurs avaient compris où le film voulait en venir mais cela reste bien trouvé.

LE JUSTICIER BRAQUE LES DEALERS va surtout, durant près d’une heure et demie, suivre la guérilla urbaine que se livre deux gangs rivaux décidés à occuper Los Angeles. Bronson, ayant bien retenu les leçons de Yojimbo et de l’Homme sans Nom de POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS, met pour sa part de l’huile sur le feu et monte les bandes l’une contre l’autre en attendant le carnage.

Vu le grand âge de Papy, LE JUSTICIER BRAQUE LES DEALERS donne à notre nettoyeur de nouvelles armes pour lutter contre la pègre, comme par exemple une bouteille de vin contenant de l’explosif généreusement offerte à des mafieux attablés dans un restaurant. Comme toujours, les flics finissent par admettre le bien fondé de l’extermination menée par Kersey (« personne ne va pleurer des truands qui s’entretuent et ça coûte moins cher au contribuable ») même si un inspecteur opiniâtre tente de coincer le Justicier après qu’il ait abattu un de ses collègues. Celui-ci était évidemment corrompu jusque la moelle, ce qui permet, au final, de laisser Kersey poursuivre sa route sans être inquiété par des autorités satisfaites de son travail d’épuration sociale. Notre cow-boy solitaire ensuite la ville sur son cheval blanc et part vers le couchant… Enfin pas vraiment mais c’est l’idée générale.

Si l’intrigue est linéaire et prévisible notons une belle scène introductive au cours de laquelle une jeune femme, coincée dans un parking souterrain, tente vainement de faire démarrer sa voiture. De méchants violeurs surgissent, filmés à la manière de véritables monstres de films d’horreur, silhouettes indistinctes se dessinant dans une lumière très clinique : d’abord un, puis deux, puis trois. La femme, de plus en plus terrifiée, est violemment tirée de son véhicule par les criminels qui commencent à la violer mais le Justicier apparaît, tel l’ange de la vengeance. Lorsqu’une des racailles lui demande son nom, Bronson répond « la mort » (« death » dans la version originale traduit par un piètre « crève » dans la version française). Il vide son chargeur sur chacun des bandits pour découvrir que le dernier criminel n’est autre que…lui-même ! Et notre Justicier de se réveiller de ce cauchemar le visage couvert de sueurs. Ce sera l’unique passage de ce LE JUSTICIER BRAQUE LES DEALERS a suggérer une possible ressemblance entre le chasseur et ses proies, le reste du métrage adoptant une construction très basique approuvant totalement Bronson lorsqu’il dézingue les voyous (« du petit dealer de rue au gros bonnet, tous méritent de mourir ») sans le moindre état d’âme ou remise en question.

Bronson, plus monolithique que jamais, semble d’ailleurs se ficher complètement de son rôle et avance telle une machine ou un personnage de jeu vidéo, tuant des méchants un peu partout dans la ville en attendant de supprimer le caïd du crime lors d’un final où il use même d’un lance-roquette pour rendre la justice. N’hésitant pas à se déguiser (par exemple en serveur de réception ou en représentant vendant des grands crus dans les restaurants), Kersey passe d’une séquence à l’autre et visite différents lieux emblématique de la vie en métropole, comme un luna park, un grand immeuble à appartements, une villa avec piscine peuplée de bimbos et même un vidéoclub spécialisé dans les productions Cannon exhibant un énorme carton à l’effigie de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE 2. Même le climax s’avère dénué de la moindre émotion comme si plus rien ne pouvait atteindre ce justicier inflexible, si ce n’est la satisfaction du devoir accompli. A côté de Kersey, le Punisher des bandes dessinées Marvel fait figure de grand sentimental.

A la mise en scène, Michael Winner (fâché avec le grand Charles depuis LE JUSTICIER DE NEW YORK) cède son fauteuil à Jack Lee Thompson, artisan solide ayant quelques belles réussites à son actif comme LES CANONS DE NAVARONNE et la version originelle des NERFS A VIFS. Ses films suivants ne furent, par contre, pas de la même trempe mais on se souvient des intéressants LA CONQUETE DE LA PLANETE DES SINGES et LA BATAILLE DE LA PLANETE DES SINGES, ainsi que d’un honnête slasher, HAPPY BIRTHDAY TO ME.

Au milieu des seventies, Jack Lee Thompson devint un des « yes man » attitrés de Bronson puisqu’ils tournèrent ensemble le thriller MONSIEUR SAINT YVES et le western fantastique LE BISON BLANC. Leur collaboration se poursuivit dans les années ’80, Jack Lee Thompson retrouvant Bronson sur des titres plus ou moins intéressants comme LE JUSTICIER DE MINUIT, LA LOI DE MURPHY, L’ENFER DE LA VIOLENCE, LE MESSAGER DE LA MORT ou KINJITE SUJETS TABOUS. Sa réalisation, sur ce quatrième « Death Wish » se révèle purement fonctionnelle et manque souvent de rythme, de panache ou de hargne, loin de la brutalité d’un Michael Winner en roue libre sur les trois premiers volets. Néanmoins, la variété des lieux où le héros rend justice et l’originalité des scènes de violences, proposées à un rythme alerte, compensent les faiblesses de l’intrigue.

Au final, LE JUSTICIER BRAQUE LES DEALERS ne cherche aucunement à renouveler le « vigilante movie » ni à lui injecter la moindre conscience morale mais simplement à accumuler les morts brutales et jouissives de racailles exterminées par un Papy en grande forme. Sorte de remake décérébré et jusqu’au-boutiste du premier film, LE JUSTICIER BRAQUE LES DEALERS renonce à toutes ambitions pour proposer un spectacle tonique, facho et jouissif qui devrait enthousiasmer les fans de justice expéditive.

Sans la réflexion du premier film, la brutalité extrême du second ou l’aspect complètement « over the top » du troisième, ce quatrième épisode n’en reste pas moins honnête et distrayant à la manière d’un western moderne de série B complètement crétin. Sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Mars  2017