DEATHGASM
Titre:
Réalisateur: Jason Lei Howden
Interprètes: Milo Cawthorne

 

James Blake
Kimberley Crossman
Sam Berkley
Daniel Cresswell
Delaney Tabron
Colin Moy
Année: 2015
Genre: Comédie gore
Pays: Nouvelle Zélande
Editeur
Critique:

Brodie, jeune fan de métal, se retrouve dans la petite ville de Greypoint où il doit vivre chez son oncle et sa tante, fort religieux. Un de des rares amis, Zakk, lui propose de monter un groupe baptisé Deathgasm et, après une effraction dans la maison d’une ancienne star du heavy metal, Rikki Daggers, le duo entre en possession d’une partition en latin, celle du légendaire Black Hymn. Durant une répétition, Deathgasm joue le Black Hymn en question, ce qui provoque le réveil de forces démoniaques séculaires.

La compétition « make my own movie » permettait à de jeunes apprentis cinéastes de recevoir quelques ressources et un petit budget (200 000 dollars) afin de concrétiser leurs idées. En 2013, la seconde (et dernière) édition du concours récompensa Jason Lei Howden pour son projet DEATHGASM. Le lien entre heavy metal et cinéma horrifique étant ancien (on se souvient – ou pas – de titres comme TRICK OR TREAT, BLOOD TRACKS ou BLACK ROSES), cette petite production ne cherche guère à innover et reprend à son compte de nombreux clichés comme l’existence de supposées partitions maléfiques capables de réveiller les démons. Le scénario se conforme donc aux conventions de la splatter comedy et rappelle évidemment, de par sa nationalité, les premières œuvrettes de Peter Jackson.

Le déroulement du film, quelque peu erratique (des évènements horribles surviennent dans une relative indifférence) apparait donc comme une relecture de BRAIN DEAD (la romance, les prédictions, le ton général) mâtiné de DEMONS (la bande son résolument rentre-dedans, le concept de possession) pour aboutir à un long-métrage de pur divertissement. Sur une base classique qui célèbre l’amitié (et la « fraternité du metal »), le cinéaste développe ainsi une intrigue jouant sur la romance, les clins d’œil attendus (« le metal ce n’est pas seulement des gens qui crient…sauf dans le cas du grind, du death, du black, du core, etc. »), les références discrètes (les rêveries ultra kitsch façon clips des années ’80 et le « Death to false metal » en provenance directe de Manowar) et la parodie (le tournage d’un clip dans les bois, les répétitions du groupe) sans jamais se moquer de ses personnages. D’ailleurs, le film distille quelques touches plus sérieuses qui rappellent, toutes proportions gardées, le mélange d’humour potache et de considérations plus réfléchies héritées d’un SHAUN OF THE DEAD ou d’un BIENVENUE A ZOMBIELAND. Les relations entre les protagonistes sont crédibles et la partie romantique fonctionne sans sombrer dans le gnangnan.

Pour s’ancrer davantage dans la thématique, le cinéaste reprend également à son compte une imagerie power metal très typée, justifie les actions de ses héros par des emprunts à Donjons & Dragons (« c’est un neutre chaotique et tu es un bon loyaliste ») et déroule une histoire très simple : puisque nos apprentis musiciens ont réveillés les démons en jouant un hymne séculaire, ils doivent à présent le jouer à l’envers pour renvoyer les suppôts de Satan en enfer. D’où une multitude de scènes gore déjantées. Car, en dépit de l’humour très présent, DEATHGASM délivre une large dose de gore outrancier et réjouissant dans la lignée des classiques des années ’80 comme RE-ANIMATOR, EVIL DEAD 2 ou BAD TASTE.

Dans ses meilleurs moments, la bande mixe comédie stupide et splatter avec une bonne santé appréciable, en particuliers durant une scène déjantée qui voit nos deux compères hard-rockeurs affronter des démons avec la collection de sex-toy trouvée dans les armoires d’un couple apparemment très coincé. Du bon délire sans prise de tête et sans autre prétention que d’amuser un spectateur complice qui pardonnera au film ses faiblesses pour s’amuser d’un ensemble des plus réjouissants.

Si la comédie gore à base de zombies (ou de possédés) est actuellement encombrée de sous-produits et que seuls quelques films émergent d’un lot uniforme (l’azimuté DEAD SNOW 2 par exemple), DEATHGASM s’impose par son côté outré, son rythme efficace, ses effets spéciaux convaincant et sa bonne humeur communicative. Une bonne pioche !

Fred Pizzoferrato - Novembre 2015