GORGE PROFONDE
Titre: Deep Throat
Réalisateur: Gerard Damiano
Interprètes: Linda Lovelace

 

Harry Reems
Dolly Sharp
Bill Harrison
William Love
Carol Connors
 
Année: 1972
Genre: Porno
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Coup d’envoi du cinéma porno de long-métrage scénarisé, GORGE PROFONDE est devenu au fil du temps une véritable légende, tellement citée et étudiée (voir le passionnant documentaire INSIDE DEEP THROAT) que l’on finit par oublier le film à l’origine du mythe. Lequel se révèle en fait n’être qu’un assez banal film X sauvé par une idée originale et quelques pointes d’humour bienvenu.

Linda (Linda Lovelace), expérimente de nombreux partenaires mais ne parvient pas à atteindre l’orgasme. Une de ses amies lui conseille d’aller voir un psychiatre et le bon docteur découvre la source du problème : le clitoris de Linda se situe au fond de sa gorge et seules les relations orals sont susceptibles de lui donner du plaisir. Devenue experte en fellation, Linda devient l’assistance du brave docteur et l’aide, avec beaucoup de bonne volonté, à résoudre les problèmes sexuels de sa clientèle.

Selon la rumeur GORGE PROFONDE aurait coûté environ 25 000 dollars pour en rapporter plus de 600 millions ! Des chiffres astronomiques difficiles à vérifier mais le film fut en tout cas un succès colossal et lança la vague du « porno chic », attirant l’attention d’un plus large public sur le cinéma pour adultes qui, brièvement, devint un genre comme un autre nourrissant les débats passionnés des « pour » et des « contre ». Des poursuites pour obscénité furent même intentées à l’encontre de Harry Reems, l’acteur principal, qui reçut le soutien de personnalités connues de Hollywood militant contre la censure. Une suite de scandales ayant évidemment nourri la réputation du métrage lequel reste, aujourd’hui encore, le film X le plus connu dans le monde. Ce qui ne veut pas dire qu’il s’agisse d’un bon film ou même d’un porno de grande qualité.

Toutefois, en dépit de ses énormes faiblesses, GORGE PROFONDE reste un témoignage sympathique d’une époque révolue. Le scénario, simpliste, se révèle toutefois amusant et offre quelques saynètes divertissantes voire même humoristiques. La musique n’est peut-être pas exceptionnelle mais elle possède, elle aussi, une certaine qualité nostalgique, ne serait ce que pour cette incroyable (ou affligeante) chanson titre, à la foi ringarde, surannée et imparable.

Au niveau de l’interprétation, rien de renversant mais Linda Lovelace se montre enthousiaste et d’un naturel assez charmant, belle sans être parfaite ni refaite de toutes parts. Difficile de croire à ses futures allégations affirmant qu’elle a été brutalisée sur le tournage par son mari et Gerard Damiano qui l’auraient forcée à tourner le film sous la menace d’une arme. Les scènes hard sont nombreuses, relativement classiques, et donnent bien sûr priorité à la technique orale de Linda Lovelace.

Les inserts rigolo (style fusée au décollage ou feux d’artifices) durant les orgasmes féminins confèrent à GORGE PROFONDE un certain style, certes daté mais toujours réjouissant qui témoignent d’une époque révolue ou le cinéma X évoluait dans une zone trouble, entre érotisme poussé, pornographie encore timide et comédie pour adultes à base de blagues en dessous de la ceinture plutôt affligeantes mais néanmoins distrayantes.

La mise en scène de Gerard Damiano, elle, ne s’élève jamais très haut et reste purement illustrative, loin de ses futurs classiques comme STORY OF JOANNA ou ALPHA BLUE. Le cinéaste donne toutefois un bon rythme au métrage, emballé en à peine 65 minutes, et alterne les passages osés et les intermèdes comiques. L’humour pas très fin (comme le fameux « ça te dérange si je fume pendant que tu manges ? ») donne toutefois le sourire aux plus conciliants et participe à la bonne humeur et l’insouciance générale du début des années ’70, période pré-Sida marquée par les idéalismes libertins. Dommage que la photographie soit souvent médiocre et que le film, esthétiquement et techniquement plutôt moche, ne se montre que rarement à la hauteur de sa réputation.

Dans la liste des « classiques du X » sortis au début des années 70, GORGE PROFONDE fait pâle figure comparé aux vraies réussites que sont L’ENFER POUR MISS JONES, THE OPENING OF MISTY BEETHOVEN ou DERRIERE LA PORTE VERTE mais, en dépit de tous ces défauts, le métrage reste un véritable document de son temps. A voir par nostalgie ou curiosité, au risque d’en ressortir déçu ou même définitivement refroidi.

 

Fred Pizzoferrato