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Figure familière du cinéma bis (du moins chez les amateurs de bizarreries), Renato Polselli (1922 – 2006), parfois surnommé le « Ed Wood italien » a débuté par des films obscurs au début des années ’50 avant de livrer L’AMANTE DEL VAMPIRO et L’ORGIE DES VAMPIRES en 1961. Il enchaine ensuite une demi-douzaine de long-métrages puis s’accorde une pause carrière en 1966, ne revenant à la mise en scène qu’en 1973, généralement sous le pseudonyme de Ralph Brown. Il propose alors une série de films déviants et malsains comme BLACK MAGIC RITES, MANIA ou l’aberrant RIVELAZIONI DI UNO PSICHIATRA SUL MONDO PERVERSO DEL SESSO, sorte de faux mondo dérangé agrémenté de scènes pornos. Polselli termine sa carrière au début des années ’80, laissant à la postérité vingt-deux films pour le moins déjantés et fascinant dans leurs excès. A côté de ses œuvres ultérieures, quasiment irracontables et montées en dépit du bon sens, AU DELA DU DESIR ressemble presque à un film traditionnel et cohérent même si l’intrigue finit par partir en sucette dans sa seconde moitié. Ce qui ne signifie pas, loin de là, qu’il s’agisse d’une réussite. Psychologue travaillant pour la police, Herbert Lyutak cache de sombres secrets. Attablé dans un bar, le regard fixé sur les jambes appétissantes d’une jeune beauté en mini-jupe, Lyutak se propose de la conduire dans une boite de nuit où elle doit rejoindre une de ses copines. La nymphette accepte mais, en chemin, Lyutak se montre de plus en plus empressé et tente quelques caresses promptement repoussées. La demoiselle, terrifiée, s’enfuit mais le psychologue psychopathe la rattrape au bord d’une rivière, la dénude et l’étrangle.
Peu après, Lyutak doit, ironiquement, enquêter sur ce meurtre qui, d’ailleurs n’est nullement le premier qu’il ait commis mais bien le septième en l’espace d’une année. Quelques temps plus tard, une nouvelle victime tombe sous les coups d’un (autre ?) assassin alors qu’elle s’est réfugiée dans une cabine téléphonique pour tenter d’appeler au secours. Le copain de la victime devient naturellement suspect aux yeux de la police et décide de mener sa propre enquête, remontant une piste menant tout droit à Luytak. Ce-dernier est également impuissant et incapable de satisfaire son épouse toujours vierge, Marzia, laquelle aime profondément son mari mais se console néanmoins dans les bras de la femme de ménage tout en fantasmant sur son amie lesbienne, Joaquine. Quoiqu’elle soupçonne son mari d’être un tueur psychopathe, ce que confirme la découverte d’un bout de tissu ensanglanté, Marzia couvre ses actes et tente de le protéger.
De son côté, Marzia succombe de plus en plus à ses rêveries érotiques homosexuelles et imagine différents scénario sensuels impliquant sa femme de ménage et Joaquine. Tout finira très mal pour le Luytak et son épouse. Variation libidineuse sur PSYCHOSE et, plus encore, sur UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL, le film de Polselli a été exploité dans des versions très différentes selon les pays et les sensibilités. Aux classiques problèmes de censure s’est ajoutée la volonté des Américains de changer la fin et de transformer, via des scènes additionnelles, le personnage de Hargitay en un ancien du Viet-Nam traumatisé par les horreurs de la guerre. Selon les montages, des scènes changent également de sens, un viol devenant, par exemple, une scène sadomaso librement consentie. Décidé à choquer, Polselli met l’accent sur les perversions sexuelles de ses personnages et propose de nombreuses, mais brèves, scènes érotiques teintées de déviance. Passages sadomaso plus ou moins acceptés, humiliations, chaines, fouets, viols et un trio lesbien enthousiaste sont au programme, en plus d’une véritable fascination pour les jambes des actrices, toutes vêtues de mini-jupes ultra courtes. Les meurtres, pour leur part, ne sont guère sanglants puisque le tueur recourt essentiellement à l’étranglement ou la noyade mais n’en possèdent pas moins une véritable cruauté qui les rend beaucoup moins « divertissant » que les mises à mort gore généralement célébrées par le giallo.
L’interprétation, globalement, s’avère médiocre et Polselli laisse Hargitay libre de cabotiner à sa guise dans une poignée de scènes outrancières pas vraiment convaincantes. Les dialogues, risibles, et les péripéties aberrantes du scénario n’aident guère à la crédibilité d’AU DELA DU DESIR mais ce n’était probablement pas le but de Polselli. La mise en scène, de son côté, patine dans le n’importe quoi approximatif ce qu’accentue un montage effectué à coup de hache. Nous sommes encore loin, heureusement, des œuvres ultérieures de Polselli, proches de l’abstraction, mais le métrage n’en reste pas moins décousu, confus et difficile à suivre. Si la première moitié du film fait illusion, la seconde sombre dans un portnawak plus ou moins assumé en multipliant les passages d’exploitation censés maintenir l’attention défaillante du spectateur. Heureusement, les scènes d’hallucinations psycho-sexuelles abracadabrantes confèrent à AU DELA DU DESIR un minimum de cachet mais ne peuvent dissimuler complètement le ratage que constitue le métrage dans son ensemble. La bande originale, sorte de rock guitare psychédélique aux limites de l’hystérie, soutient pour sa part l’action avec un certain bonheur même si on peut la trouver crispante sur la longueur. Reprenant certaines conventions du giallo, Renato Polselli accouche surtout d’un thriller érotique sous acide dont l’intrigue part rapidement en vrille. Si les aspects « exploitation » et la bizarrerie du métrage peuvent intéresser les curieux, le manque de cohésion et l’amateurisme de la mise en scène rendent toutefois AU DELA DU DESIR plus pénible que fascinant. A réserver aux inconditionnels du cinéaste.
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Fred Pizzoferrato - Janvier 2011 |
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