DELIRIUM
Titre: Le foto di Gioia
Réalisateur: Lamberto Bava
Interprètes: Serena Grandi

 

Daria Nicolodi
David Brandon
Vanni Corbellini
George Eastman
Sabrina Salerno
Capucine
Année: 1987
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  88 Films (blu ray)
Critique:

Au départ prévu, parait-il, pour Dario Argento, qui s’en désintéressa (on le comprend un peu au vu du scénario) et laissa les rennes de la mise en scène à Lamberto Bava, DELIRIUM constitue un petit giallo plutôt quelconque mais, dans l’ensemble, plaisant et divertissant. 


Gloria (Serena Grandi) dirige le magasine de charmes Pussycat dont elle a hérité à la mort de son époux. La belle est régulièrement observée par Marc, son voisin voyeur, un jeune homme cloué sur une chaise roulante qui la harcèle au téléphone. Un soir, Gloria reçoit un appel téléphonique du jeune homme qui vient d’assister à l’assassinat dans la piscine d’une jeune modèle, Kim. Ce meurtre est, hélas, le premier d’une longue série et, rapidement, toutes les starlettes du magasine sont retrouvées mortes, victimes d’un mystérieux tueur qui a une dent contre Gloria. Or, cette dernière semble avoir de nombreux ennemis… 

Si DELIRIUM n’est guère mémorable, Lamberto Bava ménage heureusement quelques séquences intéressantes qui parviennent à compenser, du moins en partie, un rythme plutôt déficient. Au niveau de l’érotisme, par exemple, DELIRIUM ne manque pas d’une certaine audace quoique Bava reste relativement timoré et se permet peu de scènes véritablement perverses, préférant un aspect « sexy » aux tendances glamour. Le seul moment malsain intervient lors d’un cauchemar de l’héroïne qui s’imagine violée par son voisin paralytique, lequel brandit un tube lumineux avant de le lui enfoncer entre les cuisses. Les autres scènes sexy se conforment, pour leur part, à un esthétisme « papier glacé » proche des téléfilms « chauds » de seconde partie de soirée : jeunes mannequins en lingerie fine, séances photos de charmes, gros câlin dans la baignoire, passage sous la douche, etc. 

Les meurtres, eux, se révèlent relativement originaux, allant d’un sympathique éventrement à la fourche à une surprenante séquence au cours de laquelle le maniaque, vêtu d’une combinaison d’apiculteur, lâche dans la maison de sa future victime des milliers d’abeilles avant d’enduire le corps dénudé de la demoiselle d’un parfum spécifique qui attirent les insectes. Autre originalité, les crimes sont visualisés par les yeux du tueur, lequel souffre alors d’hallucinations délirantes et voit ses victimes comme des créatures grotesques, affublées d’un immense œil unique ou d’une tête d’abeille géante. Les mises en scènes macabres qui succèdent aux assassinats lorsque le criminel dispose les cadavres dans des poses étudiées et devant une grande photo de Serena Grandi sont, elles aussi, plutôt réussies. Si le sexe et le sang restent les préoccupations principales de DELIRIUM, l’aspect policier de l’enquête n’est pas, pour autant, négligé et les suspects ne manquent pas. 

De manière très classique Lamberto Bava brouille les pistes et présente une poignée de coupables potentiels. Roberto, le photographe homosexuel, nourrit une haine farouche des femmes (?) et a gardé les négatifs de la photo utilisée par l’assassin lors de ses mises en scènes morbides. Ensuite, nous trouvons Marc, le voisin voyeur cloué dans un fauteuil roulant qui donne des coups de fil audacieux, voire obscènes à Gloria. Sa paralysie l’empêche théoriquement de commettre les meurtres mais son médecin précise qu’elle est purement psychosomatique et le spectateur se prépare, logiquement, à une révélation surprenante. Flora (jouée par Capucine !), la rivale lesbienne de l’héroïne a, elle-aussi, des raisons de se venger de Gloria (dont elle est amoureuse). Le propre frère de Gloria est un autre suspect qui aime coucher avec les mannequins mais souffre aujourd’hui d’impuissance. Enfin, Alex (George Eastman), un acteur et ancien amant de Gloria, apparaît et disparaît alors que les crimes se multiplient. Bref, beaucoup de candidats possible pour la révélation finale qui, comme souvent dans le giallo, n’est de toutes manières pas franchement crédible. L’identité de l’assassin demeure, en effet, un peu « aléatoire » car chacun des suspects disposait d’un mobile et aurait pu commettre les crimes. Comme toujours, la police, dépassée et incompétente, ne parviendra pas à stopper le criminel et c’est l’héroïne qui devra l’affronter lors du climax. Une autre constance du giallo. 

Bénéficiant d’un casting correct, DELIRIUM met en vedette la belle Serena Grandi (ANTROPOPHAGEOUS, MIRANDA) aux côté de l’ex femme de Dario Argento, Daria Nicolodi (SHOCK, INFERNO). Signalons aussi l’apparition furtive mais remarquée (et médiatisée) de la très « poumonnée » star du top 50 Sabrina « Boys » Salerno, bien sûr dénudée, dont le talent d’interprète s’avère inversement proportionnel à son tour de poitrine. La compétition pour déterminer qui possède les plus gros nichons est donc lancée entre les actrices et Lamberto Bava, en fin spécialiste du cinéma populaire, ne se prive pas d’étaler les arguments de chacune. De manière plus étonnante, DELIRIUM permet également de retrouver Capucine (SOLEIL ROUGE, LA PANTHERE ROSE) dans une de ses dernières apparitions sur les grands écrans, l’actrice s’étant suicidée trois ans plus tard. Du côté masculin, DELIRIUM rassemble David Brandon (CALIGULA 2, ATOR L’INVINCIBLE 2, AU DELA DES TENEBRES), Karl Zinny (DEMONS) et l’indispensable George Eastman, un des visages les plus célèbres du bis italien des années 70 et 80 (BLASTFIGHTER, 2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK, HORRIBLE, LES BARBARIANS, etc.). Ce brave Eastman s’octroie même une inévitable scène chaude dans un jacuzzi en compagnie de Grandi, laquelle voit ses impressionnant avantages mammaires révélés à la moindre occasion par la caméra voyeuse de Bava.

Avec son scénario alambiqué et son tueur aux motivations improbables (mais guère davantage que dans de nombreux giallo plus réputés), DELIRIUM ne prétend pas être un incontournable du thriller italien mais reste un amusant divertissement qui joue largement la carte de l’érotisme et de la violence sadique. Si le film de Lamberto Bava n'offre pas un chef d'oeuvre, le spectacle s’avère plaisant pour les inconditionnels du giallo érotique et permet de passer une soirée distrayante et sans prise de tête, à redécouvrir dans une belle édition blu ray.

Fred Pizzoferrato - janvier 2018