DELITTO CARNALE
Titre: Delitto Carnale
Réalisateur: Cesera Canevari
Interprètes: Marc Porel

 

Sonia Otero
Moana Pozzi
Dirce Furnari
Rino Falcone
Vanni Materassi
Angela Minafro
Année: 1983
Genre: Giallo / Erotique / Porno
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Le Milanais Cesera Canevari (1927 – 2012) se distingue de la plupart de ses confrères ayant œuvré dans le bis par une filmographie très restreinte : à peine neuf long-métrages en trois décennies de carrière. Classiquement, il débute par un western (PER UN DOLLARO A TUCSON SI MUORE) avant d’aborder d’autres genres populaires. Son plaisant UNA IENA IN CASSAFORTE constitue, d’ailleurs, un mélange étonnant de giallo, de polar et de comédie policière filmé avec beaucoup de talent.

Après une adaptation d’Emmanuelle Arsan (MOI, EMMANUELLE) éclipsée par celle de Just Jaekins, Canevari sombre corps et bien dans l’exploitation avec LA PRINCESSE NUE et le très malsain LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH, une naziexploitation nauséeuse qui reste son « titre de gloire ». Six ans après ce dernier film, Canevari livre son ultime long-métrage, ce catastrophique DELITTO CARNALE qui surfe maladroitement sur le bref revival du giallo consécutif au succès du TENEBRES de Dario Argento.

Hélas, les temps ont changés et le résultat se rapproche bien plus des « thrillers érotiques » qui connurent leur heure de gloire durant les années 80 et 90 que des classieuses production de la décennie précédente. En proposant, sitôt le générique achevé, une (piteuse) scène chaude, le cinéaste annonce clairement ses intentions libidineuses. Un constat que ne démentira pas la suite de ce long-métrage paresseux aux ambitions minimales.

L’intrigue, extrêmement simple, s’intéresse à une poignée de personnages grossièrement brossés dont les principales occupations se limitent à boire et se livrer à la débauche. Toutes les possibilités sensuelles sont donc explorées, avec une prédilection pour les séquences lesbiennes et les viols multiples. Le prétexte de cette réunion réside dans le récent décès du propriétaire d’un hôtel de luxe. Soupçonnant une entourloupe, sa nièce mène l’enquête et interroge les suspects. Bien sûr, un tueur s’invite à la réception et commet quelques meurtres dans l’indifférence générale.

Etalage de mauvais goût conviant les pires travers du thriller « eighties » dans un univers d’érotisme bon chic bon genre souvent assommant de vulgarité, DELITTO CARNALE se soucie surtout d’exhiber l’anatomie aguichante d’une poignée de nymphettes dénudées ou vêtues de dessous sexy. L’énigme policière passe, par conséquent, au second (voir au dixième) plan et sa résolution sera, elle aussi, vite expédiée et traitée par-dessus la jambe par un cinéaste qui se moque manifestement de torcher une œuvre tout simplement correcte.

Quelques angles de caméra, quelques éclairages ou l’un ou l’autre décor bien mis en valeur essaient, tant bien que mal, de donner le change et convoque le fantôme évanescent du giallo mais sans réussir à convaincre. Canevari, jamais impliqué, se contente d’assurer le minimum syndical avec un détachement proche du « je m’en foutisme », nullement dupe, lui non plus, des fadaises qui se déroulent devant sa caméra.

Le casting, pour sa part, comprend le Suisse Marc Porel, précocement décédé à 34 ans et dont ce fut le dernier film. Triste fin de carrière pour un acteur ayant jadis participé à de belles réussites du giallo comme LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME ou L’EMMUREE VIVANTE. A ses côtés, l’érotomane reconnaitra l’Italienne Monna Pozzi, célèbre porn-star des années ’80, également morte très jeune en 1993. Enfin, signalons la présence de Dirce Furnari, ex-Playmate apparue dans beaucoup de productions « exotico-porno » de Joe d’Amato comme PORNO HOLOCAUST ou LA NUIT FANTASTIQUE DES MORTS VIVANTS.

Avec sa bande son qui alterne mélopées mélancoliques et rythmes synthétiques (typiques des années « italo disco), ses interminables orgies en boite de nuit, ses papouilles entre filles dénuées de toute sensualité et son intrigue prétexte, DELITTO CARNALE reste un monument d’ennui plus proche du porno de consommation courante (une version, renommée MOANNA LA PANTERA BIONDA, fut d’ailleurs entrelardées de scènes hard tablant sur la renommée de Moanna Pozzi) que d’un véritable giallo.

Insipide, soporifique et interminable malgré une durée réduite à 83 minutes, DELITTO CARNALE constitue le fond du panier d’un genre en perdition. Plutôt qu’exhumer cette rareté des limbes où elle est tombée, il est donc préférable de l’oublier, le film ne méritant même pas le terme galvaudé de « curiosité ». Un ratage total.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2014