DEMONIUM
Titre: Demonium
Réalisateur: Andreas Schnaas
Interprètes: Andrea Bruschi

 

Claudia Abbate
Giuliano Polgar
Emilia Marra
Maurizia Grossi
Paolo Di Gialluca
Joe Zaso
Année: 2001
Genre: Gore / Horreur / Slasher / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Grand fan de cinéma d’exploitation, l’Allemand Andreas Schnass décide de passer à la mise en scène à la fin des années ’80 en proposant une suite de séries Z amateurs comme la saga VIOLENT SHIT (4 épisodes au compteur), NIKOS THE IMPALER, GOBLET OF GORE ou ANTHROPOPHAGOUS 2000, séquelle / remake plus ou moins officiel du « classique » de Joe d’Amato. Des long-métrages dont les titres annoncent immédiatement la couleur : bien rouge !

Avec DEMONIUM, le réalisateur s’inspire d’un schéma souvent utilisé dans le roman policier et le giallo : une poignée de personnes, rassemblées dans un château pour entendre lecture d’un testament, sont assassinées l’une après l’autre par un couple de sadiques décidés à s’approprier l’héritage et en particulier une panacée baptisée…Giallo (carrément !). Hélas, si l’argument de départ titille le fan de thriller italien, ce-dernier va rapidement déchanter à la vision du produit fini qui ne retient pratiquement rien des grandes œuvres du giallo. DEMONIUM constitue, en effet, un banal splatter dénué de la moindre inspiration et dont l’intrigue part en rapidement en vrille pour virer dans le n’importe quoi assumé.

Enthousiaste mais brouillon, Schnass joue la carte de la surenchère, rend incompréhensible son maigre scénario, ajoute des flashbacks monochromes sans aucun intérêt, place à intervalles réguliers quelques scènes voulues érotiques mais hélas totalement ratées et, surtout, se concentre sur les nombreux effets gore, confectionnés à la va-vite mais avec une bonne volonté appréciable pour les nostalgiques du latex et du sirop de grenadine.

A mi parcours, DEMONIUM ayant pratiquement épuisé son quota de victimes, Schnass invite au château un couple égaré afin de placer une réplique humoristique lorsque l’homme accepte de dormir dans la demeure : « Ok, une nuit ne va pas me tuer ». Comme l’identité des tueurs est révélée après quinze minutes de projection, aucun suspense n’est possible et l’absence de « whodunit » éloigne encore le résultat d’un véritable giallo. Dommage.

Andreas Schnass tente cependant d’élever le niveau comparativement à ces précédentes tentatives et opte ainsi pour un tournage en anglais et en 35 millimètres. Malheureusement, le changement apparaît peu marqué par rapport à ses réalisations antérieures tournées en vidéo. Les acteurs, pour la plupart très médiocres, déclament leurs répliques de manière mécanique, sans la moindre émotion ou conviction, réduits à incarner des personnages unidimensionnels, stéréotypés et antipathiques.

Visuellement, l’ensemble reste très pauvre et adopte un look anonyme, sans la moindre recherche esthétique, qui apparente DEMONIUM à un simple porno hâtivement emballé. D’ailleurs, le métrage ressemble vraiment à une vidéo classée X dont les passages « chauds » auraient été remplacés par des scènes gore peu ragoutantes. Le cinéaste, emporté par sa frénésie de boucherie pure, balance la purée et ne recule devant aucun excès : membres arrachés, décapitations, demoiselle découpée vivante à coup de tronçonneuse, victime crucifiée puis déchiquetée à l’aide d’un crochet, etc. Comme on dit ça charcle et ça pisse le sang à gros bouillon. Heureusement d’ailleurs car seul ce gore franc du collier (quoique moins démonstratifs que dans les précédentes œuvres du cinéaste) permet au spectateur de regarder ce film jusqu’au générique de fin.

La nullité du scénario, les piteux interprètes, l’érotisme glacial, la photographie terne et la mise en scène inexistante achèveront cependant la majorité du public, moins réceptif aux excès barbare d’un cinéaste plus préoccupé par ses maquillages sanglants que par sa mise en scène. Le décor du castel est, pour sa part, totalement inexploité, Schnass ayant manifestement tourné dans une maison moderne et non pas un authentique château médiéval. Les déambulations coutumières d’héroïnes en nuisette seront donc absentes, hélas, du programme, le film offrant, à la place, d’interminables dialogues d’une complète platitude filmés en plan fixe.

Le manque de musique n’arrange pas les choses, loin de là, puisque son absence dans la plupart des scènes accentue l’impression de léthargie causée par le rythme assoupi de DEMONIUM.

Si Schnass convie quelques clichés du giallo, essentiellement lors de la séquence introductive où une jeune femme aveugle est traquée par un assassin vêtu de noir, il ne parvient jamais à en retrouver l’ambiance si particulière et le résultat manque cruellement de maîtrise pour emporter l’adhésion. Les nostalgiques du gore italien noteront néanmoins la présence, en tant que responsable des effets visuels, du maestro Sergio Stivaletti (TERREUR A L’OPERA, DEMONS 2, DRACULA 3D) ici sous-exploité et réduit à bricoler quelques CGI minables et aujourd’hui horriblement datés.

Présenté comme un slasher gore aux influences giallesques et « gothiques », DEMONIUM se révèle, en réalité, un interminable jeu de massacre rapidement éreintant. Un des rares points positifs de l’entreprise réside, d’ailleurs, dans sa faible durée (environ 80 minutes hors générique), qui évite le recours trop fréquent à une salutaire avance rapide. En résumé, le plus mortel dans cette histoire, est l’ennui dont souffre le pauvre spectateur à l’issue du visionnage. A éviter.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012