DEMONS
Titre: Demoni
Réalisateur: Lamberto Bava
Interprètes: Urbano Barberini

 

Natasha Hovey
Fiore Argento
Karl Zinny
 
 
 
Année: 1985
Genre: Horreur / Gore
Pays: Italie
Editeur Mad Movies
Critique:

Ce film constitue un peu le POLTERGEIST de Dario Argento puisqu'il s'est contenté (officiellement!) de l'écrire. On retrouve pourtant au générique ses scénaristes habituels, son musicien attitré, ses maquilleurs (le talentueux Sergio Stivaletti en tête) et, en fait, une bonne partie de son équipe technique, dont Michele Soavi. Sans oublier Fiore Argento (la grande sœur méconnue d'Asia) dans un des rôles principaux.

Toutes ces personnes, que l'on a connues plus inspirées, assurent le boulot mais le scénario se limite à peu de chose: des jeunes, partis voir un film d'horreur, sont possédés un par un et se transforment en démons assoiffés de sang. A partir de là, Lamberto Bava adopte les codes du zombie movie et multiplie les séquences horrifiques et sanglantes. Il mise sur un rythme trépidant pour arracher le morceau et y parvient parfois, grâce à des maquillages gore hâtivement tartinés mais corrects. Notons cependant que la qualité de ces effets est loin d'être constante: certains sentent le plastique à plein nez et sont objectivement bâclés. L'une des grandes forces de DEMONS est, finalement, de ne pas trop se prendre au sérieux et de livrer au public ce qu'il est venu voir, à savoir des transformations horribles et des scènes d'attaques bien sanglantes.

L'influence d'EVIL DEAD est manifeste, la trame générale du métrage de Sam Raimi étant copiée sans la moindre gêne, ponctuée d'emprunts à ZOMBIE et à quelques autres "classique" de l'horreur seventies. Ces nombreuses séquences piquées à des productions plus connues (y compris à celles d'Argento ou de Bava père!) apparaissent donc, au choix, comme des hommages sincères ou des plagiats peu inspirés, à l'image des nombreux clins d'œil dans le choix des décors (comme le poster de 4 MOUCHES DE VELOUR GRIS bien en évidence sur un mur!). Dommage aussi que le cinéaste se soit cru obligé d'étoffer le tout en ajoutant une sous intrigue sans aucun intérêt à base de punk débiles passant leur temps à rouler en voiture volée et à sniffer de la coke. Ils rejoignent finalement le cinéma hanté mais on se dit que tout ce qui précède n'a pas servi à grand-chose, si ce n'est à permettre au métrage d'atteindre les 90 minutes réglementaires. De même, le personnage du vieil homme aveugle (qui renvoie évidemment aux classiques d'Argento ou Fulci) n'a guère sa place dans l'intrigue. Le rôle, originellement prévu pour Vincent Price, ne fut guère développé suite au désistement de la star, le réduisant à une simple silhouette supplémentaire.

Mais DEMONS ne propose, en guise de héros, qu'une galerie de pantins. Car, avouons-le, il est très difficile de s'identifier à un personnage particulier, aucun n'ayant un minimum de caractérisation. Les acteurs et actrices étant des plus médiocres (la plupart se contentent de hurler en s'agitant hystériquement pour simuler la peur!), seul le spectacle gore s'avère motivant. A ce niveau, malgré un ventre mou agaçant à mi parcours, la promesse d'un rythme rapide est tenue et DEMONS parvient à ne jamais ennuyer son public. Quant à la bande son, elle privilégie un heavy metal assez commercial (avec quand même quelques trucs sympa, comme le Fast As A Shark de Accept ou le Dynamite de Scorpions) peu adapté au propos. Une musique rock qui n'arrange pas les choses, surtout pour ceux qui se souviennent des partitions inspirées illustrant les œuvres de Fulci et Argento durant les seventies. Le reste de la bande-son, occupé par une musique boum tchak vaguement classique et peu inspirée, peine à donner une ambiance plus prenante à l'ensemble de ce métrage.

Le tout se laisse cependant regarder sans trop d'ennui. Avec son intrigue convenue, ses jeunes en guise de héros et ses nombreuses scènes gore, DEMONS dispense un spectacle pépère, destiné aux adolescents. Le montage, nerveux et rapide, annonce la génération MTV mais les éclairages, très contrastés, donnent cependant à l'image un petit côté gothique inspiré par le travail de Argento sur INFERNO ou SUSPIRIA (et par Mario Bava bien plus tôt!).

Au final, DEMONS n'est donc pas un chef d'œuvre, loin de là, juste un pop-corn movie bien fourni en gore mais au scénario réduit à sa plus simple expression. Une bouillie d'images à consommer sans se poser de question, qui devrait ravir les nostalgiques des années 80 même si l'ensemble a pris un sacré coup de vieux. Il est toutefois possible d'y prendre un certain plaisir à condition de garder au vestiaire ses sarcasmes et son sens critique, voire la plus élémentaire logique.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007