DEMONS 6: DE PROFUNDIS
Titre: Il Gatto nero / Demons 6 / The Black Cat
Réalisateur: Luigi Cozzi
Interprètes: Florence Guérin

 

Urbano Barberini
Caroline Munro
Brett Halsey
Luisa Maneri
Karina Huff
Giada Cozzi
Année: 1989
Genre: Horreur / Fantastique / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Luigi Cozzi n’est sans doute pas le meilleur cinéaste du bis italien qui soit et sa filmographie le confirme aisément. Si son premier long-métrage, THE KILLER MUST KILL AGAIN, constitue une perle méconnue du giallo à redécouvrir d’urgence, la suite se montre, elle, nettement plus… discutable.

De STARCRASH à HERCULE en passant par CONTAMINATION, le bonhomme a, cependant, toujours essayé de proposer un spectacle correct et divertissant. Les résultats ne furent pas à la hauteur des espérances mais, au moins, sent-on chez Cozzi une volonté de soigner un minimum ses films sans sombrer dans la complète médiocrité dont firent preuve bien des réalisateurs italien durant les années ‘80.

Souvent ratés, ses longs-métrages se révèlent, malgré tout, distrayants et évitent le bâclage total de bien des titres sortis à la fin de l’âge d’or des « cinémas de quartier ». DEMONS 6 : DE PROFUNDIS apparait, dès lors, comme une tentative estimable de ressusciter les grandes heures de l’épouvante ritale dans un paysage cinématographique déserté. Cependant, le projet parait boiteux dès le départ comme en témoigne immédiatement les divers titres dont il fut affublé.

Tourné en tant que THE BLACK CAT (« Il gatto nero », à ne pas confondre avec son homonyme signé par Fulci quelques années auparavant), le long-métrage ne fait pourtant nullement référence à la nouvelle d’Edgar Allan Poe (tout juste peut-on apercevoir un matou – assimilé à un familier du diable –déambuler sans raison dans les décors…une concession aux producteurs qui désiraient absolument une référence à Poe).

Par la suite, le film fut rebaptisé DEMONS 6, poursuivant une tradition de fausses séquelles au diptyque initial de Lamberto Bava. SANCTUAIRE et LA SECTE de Michele Soavi, tout comme le remake du MASQUE DU DEMON signé Lamberto Bava furent, ainsi, renommés respectivement DEMONS 3, DEMONS IV et DEMONS 5…tandis que, parallèlement, THE OGRE et BLACK DEMONS se voyaient, eux aussi, affublés du titre DEMONS 3. Un véritable casse-tête même si, de toutes manières, aucun des films cités n’entretiennent le moindre rapport avec DEMONS et DEMONS 2. Un procédé courant dans la Péninsule comme le prouve par exemple AU-DELA DES TENEBRES, renommé, suivant les pays, LA CASA 5, EVIL DEAD 5 ou carrément HOUSE 5. Et ne parlons même pas des innombrables soi-disant séquelles de ZOMBIES produites durant les années ’80.

Le film de Luigi Cozzi, pour sa part, fut encore titré DE PROFUNDIS, une appellation cette fois moins mensongère puisqu’il se définit comme une adaptation de l’œuvre « Suspiria de profundis » de Thomas de Quincy (parfois attribuée, par les dialogues, à Charles Baudelaire !) et, par conséquent, comme le troisième volet de la « Trilogie des Mères » de Dario Argento…Près de vingt ans avant l’officiel MOTHER OF TEARS, Cozzi nous invite à découvrir le redoutable pouvoir de la plus cruelle des trois sorcières : Mater Lacrymarum, autrement dit la mère des larmes !

Le résultat, en dépit de tous les clins d’œil, emprunts, hommages ou plagiats (rayer les mentions inutiles) à SUSPIRIA et, dans une moindre mesure, à INFERNO est, hélas, un véritable ratage…non dénué toutefois d’un réel potentiel divertissant pour les amateurs de « bisseries » généreuses.

L’intrigue est simple : des producteurs tentent de monter un nouveau film inspiré par « Suspiria de profundis », précédemment adapté par Dario Argento pour son classique SUSPIRIA. Un livre qui permettrait dix films, nous dit d’ailleurs l’un des protagonistes, lequel imagine l’histoire de Levana, une sorcière morte voici plusieurs siècles et désireuse de se réincarner à notre époque. Toutefois, au fil de la préparation du tournage, l’influence pernicieuse de Levana se manifeste et des meurtres mystérieux surviennent…En dépit des conseils d’une experte en occultisme, le réalisateur Marc Rivenna désire néanmoins aller de l’avant et poursuivre son projet. Levana, pour sa part, attend d’être invoquée pour retrouver sa suprématie sur notre monde et l’actrice pressentie pour jouer son rôle, Anne, voit sa vie (et celle de son bébé) menacée par les forces surnaturelles. Heureusement, elle bénéficie de l’aide d’une « bonne fée » nommée Sybil. Le combat entre le Bien et le Mal se prépare…

Débutant par un bel hommage au giallo (et, en particulier, à SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN) qui se révèle simplement un « film dans le film », DEMONS 6 : DE PROFUNDIS se poursuit en révisant, à gros traits, le classique de Dario Argento. Sans la moindre nuance, Luigi Cozzi use et abuse par conséquent des éclairages contrastés qui laissent la part belle aux teintes chaudes : jaunes brillant, rouge écarlate, vert resplendissants,…Le résultat, au choix plaisant ou hideux, constitue un véritable kaléidoscope psychédélique capable de faire tripper le spectateur réceptif plus surement qu’une pastille d’acide. Ou de lui filer mal aux yeux et au crane au bout d’une demi-heure.

Ensuite, le film évoque, de façon parfois amusante, l’état déplorable du cinéma d’horreur italien (« ce type n’est pas un cinéaste, c’est un boucher qui se fiche de tout sauf répandre le sang, toujours plus de sang ») ou se perd dans des discussions très « geek » (à la Tarantino si vous me passez cette référence anachronique) sur les mérites de Dario Argento. Peu à peu, l’influence de la « mère des larmes » s’affirme et Levana elle-même se manifeste sous la forme d’une horrible créature, loin de la « plus belle et la plus cruelle des sorcières » définie par Argento. Les très médiocres maquillages n’aident d’ailleurs pas à sa crédibilité et l’intrigue devient, dès lors, plus obscure.

Trop brouillon, Luigi Cozzi peine à maintenir l’attention du spectateur en dépit de quelques scènes horrifiques aux évidentes ambitions mais, généralement, ruinées par une mise en scène désastreuse, des effets spéciaux foireux et un abus immodéré de filtres colorés et autre nuages de fumée censés produire une atmosphère angoissante. En pure perte. Le climax, qui confronte l’héroïne, soudain capable de contrôler le temps, à la sorcière qui balance des rayons lasers (!) et sombre, lui, dans le ridicule mais demeure distrayant pour les plus indulgents, d’autant que le cinéaste y ajoute en inserts des stock-shots incongrus de l’espace. Du délire !

A toutes ses influences assumées (SUSPIRIA, INFERNO, LE MASQUE DU DEMON) ou évoquées de manière détournées (le giallo, Edgar Allan Poe), Luigi Cozzi ajoute encore quelques passages « féériques » à la POLTERGEIST, quelques emprunts à LA MALEDICTION ou ROSEMARY’s BABY et un écran de télévision « vomissant » de la tripaille qui rappelle grandement VIDEODROME, sans oublier un clin d’œil à son propre CONTAMINATION via une explosion ventrale bien gore.

Interprété par la Française Florence Guérin (révélée par LE DECLIC et déjà à l’affiche de deux giallos tardifs, LE COUTEAU SOUS LA GORGE et TROP BELLE) le film permet également de retrouver la belle scream queen Caroline Munro (dans le rôle de la chaudasse maitresse du metteur en scène) et Michele Soavi dans une apparition clin d’œil (non créditée) : un cinéaste spécialisé dans l’horreur sanglante. Autre référence : l’utilisation récurrente du thème principal de SUSPIRIA, composé par les Goblins, qui contraste avec des morceaux heavy metal assez ringards…Un procédé qui rappelle quelque peu le premier DEMONS dans lequel Simonetti bataillaient musicalement avec divers groupes hard réputés des eighties.

Envisagé comme une déconstruction de l’horreur à l’italienne brouillant les frontières entre le rêve, les films et la « réalité », DEMONS 6 : DE PROFUNDIS, co-scénarisé par Daria Nicolodi et Luigi Cozzi ne manque pas d’une certaine ambition, d’ailleurs surprenante pour un film d’horreur italien de la fin des années ‘80. Malheureusement, les bonnes intentions ne suffisent pas à rendre l’ensemble réussi même si, pour les fans d’Argento, ce « giallo occulte » s’avère à la fois plaisant et irritant.

En tout cas, DEMONS 6 : DE PROFUNDIS reste, indéniablement, une curiosité.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2012