L'ENIGME DU SERPENT NOIR
Titre: Der Zinker
Réalisateur: Alfred Vohrer
Interprètes: Heinz Drache

 

Barbara Rütting
Günter Pfitzmann
Jan Hendriks
Inge Langen
Eddi Arent
Klaus Kinski
Année: 1963
Genre: Krimi
Pays: Allemagne
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1963, L’ENIGME DU SERPENT NOIR est la douzième adaptation des romans d’Edgar Wallace, alors très populaires en Europe. Coproduit par la Rialto et la compagnie française « Les films Jacques Willemetz », le film s’appuie sur un roman écrit par Wallace en 1927, « The Squeaker », précédemment porté à l’écran à quatre reprises (la première version étant d’ailleurs réalisée par Wallace lui-même).

L’intrigue, touffue, reprend les conventions du roman policier « pulp » et suit les pas d’un inspecteur décidé à arrêter un mystérieux meurtrier ganté de noir qui use d’une technique inédite pour perpétrer ses crimes : il emploie, en effet, un lance fléchettes et enduit ses armes de venin de mamba. Les « bonnes » recettes du krimi sont donc, une fois de plus, mises à contribution dans un récit relativement rythmé (85 minutes au compteur) qui ne ménage pas l’humour, les scènes à suspense proche de l’épouvante et les rebondissements. Divers personnes sont assassinées à Londres par un criminel, surnommé « Le serpent », qui empoisonne ses victimes à l’aide du venin d’un mamba noir. Scotland Yard délègue un de ses fins limiers, l’inspecteur Elford, pour mener l’enquête. Or les suspects ne manquent pas, entre la vieille Madame Mulford dont le mari s’est naguère suicidé, Mr Sutton, propriétaire d’un magasin d’animaux exotiques, Beryl, romancière spécialisée dans les récits policiers, Krishna, homme à tout faire fasciné par les reptiles, Thomas Leslie, un voleur à peine libéré de prison, etc. Qui peut être le Serpent et quelles sont ses motivations ?

L’ENIGME DU SERPENT NOIR constitue un très classique krimi, réalisé durant l’âge d’or du genre puisque pas moins de six long-métrages de ce style sortirent durant la seule année 1963. Pour concurrencer les productions en couleurs qui envahissaient alors les salles obscures, les producteurs rusèrent en tournant en « ultra scope » et ajoutèrent un générique coloré, devenu ensuite la signature de la saga : des impacts de balles sanglants ponctuent l’écran tandis que la voix du romancier déclame sentencieusement « Hello, this is Edgar Wallace ».

Le scénario, pour sa part, multiplie les personnages et les fausses pistes pour maintenir l’intérêt du spectateur au fil d’une intrigue retorse qui annonce, à maints égards, le futur giallo italien. Bien sûr, les aspects les plus horrifiques sont, ici, réduits au minimum et l’érotisme reste absent mais la présence d’un assassin portant des gants de cuir noir et utilisant un modus operandi saugrenu rapproche indéniablement L’ENIGME DU SERPENT NOIR de ses descendants transalpins ultérieurs.

Visuellement, le cinéaste fait également preuve d’inventivité et propose des plans originaux, des effets d’ombres étudiés et des cadrages soignés qui élèvent le résultat et le rendent agréable à l’œil. Alfred Vohrer se laisse d’ailleurs aller à quelques afféteries cocasses mais surprenantes en filmant, par exemple, une carotte croquée depuis…l’intérieur d’une bouche. Autre moment inspiré : un serpent ondule sur la photographie taille réelle d’une demoiselle, paraissant de la sorte s’enrouler sur son corps offert.

Tout comme dans le giallo, le metteur en scène met également en valeur l’architecture et compose quelques images effectives de bâtiments imposants ou d’escaliers rendu menaçants par un habile placement de la caméra. De la belle ouvrage.

Comme la plupart des krimis, L’ENIGME DU SERPENT NOIR recourt à l’habitué Eddie Arent pour délivrer quelques considérations humoristique. Le comédien incarne, cette fois, un plumitif décidé à enfin obtenir un scoop important en démasquant le Serpent. Autre acteur récurent de la saga, Klaus Kinski campe un type légèrement dérangé et passionné par les serpents, suspect (trop) évident des crimes commis à Londres.

Typique du krimi, L’ENIGNE DU SERPENT NOIR paraitra, au choix, fort vieillot ou délicieusement charmant par son atmosphère et sa conception éminemment surannée de l’énigme policière. Léger, amusant, plutôt bien écrit (en tout cas plus cohérent que la majorité des giallo), les krimis se redécouvrent aujourd’hui avec un plaisir non dissimulé et nostalgique.

A savourer sans trop se poser de questions un soir d’hiver, si possible au coin du feu et avec un verre de whisky à la main.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2013