DEUX MALES POUR ALEXA
Titre: Fieras sin jaula / Due maschi per Alexa / Fauves en liberté
Réalisateur: Juan Logar
Interprètes: Rosalba Neri

 

Curd Jürgens
Juan Luis Galiardo
Emma Cohen
Manolo Otero
Mario Della Vigna
Pilar Velázquez
Année: 1971
Genre: Thriller / Drame / Giallo
Pays: Espagne / Italie / France
Editeur  
Critique:

Découvert grâce au fanzinat (via divers articles publiés dans Monster Bis), cette coproduction européenne (Espagne / Italie / France) méconnue se voit souvent rattachée au giallo de machination. Pourtant, excepté la présence d’une actrice emblématique du genre (Rosalba Neri) et un climat morbide, ce drame oppressant ne reprend quasiment aucun des codes traditionnels du thriller italien. Toutefois, l’originalité relative de l’intrigue et son ambiance d’une grande noirceur rendent la vision de DEUX MALES POUR ALEXA intéressante à défaut de passionnante.

La belle et jeune Alexa rencontre, lors d’une soirée, le riche et vieillissant Roland. Désœuvrée et en manque d’argent, la demoiselle songe à arrêter ses études pour se lancer sur le marché du travail. Toutefois, elle comprend rapidement qu’il lui sera plus simple de profiter de la fortune de Roland, qu’elle décide d’épouser après avoir rompu avec son petit ami trop idéaliste. Le couple se forme et repose sur une sorte de pacte tacite : Alexa reçoit de l’argent et vit dans le luxe et l’oisiveté tandis que Roland profite de sa jeunesse. Mais la situation se détériore lorsque la cupide Alexa rencontre le beau et vigoureux Pierre, avec qui elle entame une relation torride. Découvrant la tromperie, Roland prétend l’accepter en gentleman mais prépare en réalité sa vengeance : il invite le couple illégitime dans une de ses propriétés normandes et se suicide. Alexa et Pierre tentent alors de fuir la maison mais constatent que toutes les issues sont bloquées et que, par delà la mort, Roland les condamne, via une bande enregistrée, à une lente agonie. L’air se raréfie…

Autant prévenir les amateurs de retournements de situation surprenant, DEUX MALES POUR ALEXA ne rentre pas dans la catégorie, aujourd’hui fort courue, des « films à twists ». Pas de surprise, pas de révélation de dernière minute : Roland est mort et les deux amants sont bel et bien condamnés à brève échéance. Cependant, l’intrigue maintient un minimum d’intérêt en révélant au public comment les trois principaux protagonistes sont parvenus à cette situation. Le film se déroule donc de manière non linéaire et adopte une structure proche d’un puzzle qui comporte de nombreux flash-backs explicatifs.

Sans espoir, l’ensemble se termine sur une note profondément sombre qui laisse au spectateur un goût amer pour les pauvres acteurs de ce drame implacable. D’où, sans doute, le lien entretenu entre DEUX MALES POUR ALEXA et le « giallo de machination », surtout par l’entremise du plan cruel orchestré par un mari cocufié et avide de vengeance. Mais, si la plupart des thrillers de ce style dévoilent leurs cartes en guise d’apothéose durant les dernières minutes de la projection, DEUX MALES POUR ALEXA abat, lui, son jeu à mi-parcours. Le reste du métrage va donc se concentrer sur ce couple adultérin coincé dans un véritable tombeau dont ils ne peuvent espérer s’échapper. La tension monte entre les anciens amants condamnés à mort et chacun regrette les choix malheureux, illustré par autant de flashbacks, les ayant conduits dans ce piège mortel.

En dépit d’un point de départ intéressant, DEUX MALES POUR ALEXA ne parvient pas vraiment à tenir la distance sur la durée du long-métrage. L’ambiance, voulue étouffante et claustrophobe, ne fonctionne guère tant les fréquents retours en arrière atténuent la tension et dissipent l’angoisse naissante. Certains dialogues, trop « écrits », sonnent, en outre, affreusement faux (« je vais retrouver l’homme que je veux épouser » déclare Alexa avant que son compagnon ne s’exclame d’un air dépité « Tant pis, mon bel amour s’est envolé »).

Le manque de budget s’avère, lui-aussi, patent lors des scènes situées à Paris, sans doute filmées « à l’arrache » au milieu de passants décontenancés. Une technique typique d’Eurociné, la fameuse compagnie française de cinéma populaire qui injecte quelques billets dans l’entreprise.

Heureusement, les comédiens possèdent suffisamment de métier pour se montrer crédibles et la présence du vétéran Curd Jürgens (dont la carrière, débutée durant les années ’30 compte 165 titres dont le James Bond L’ESPION QUI M’AIMAIT) étonne dans une production aussi fauchée. Rosalba Neri, de son côté, rayonne de beauté et de charmes, focalisant toute l’attention et le regard sur son personnage. Sa prestation de garce libertine et avide demeure, d’ailleurs, le principal atout du long-métrage, aux côtés du plus fade Juan Luis Galiardo, lequel possède, également, une filmographie pléthorique.

En dépit des promesses offertes par la situation d’enfermement, DEUX MALES POUR ALEXA se montre, malheureusement, timoré au niveau de l’érotisme. Le cinéaste (l’inconnu Juan Logar, auteur de seulement cinq long-métrages) se refuse à embrasser la voie du thriller sexy et se contente d’effleurer son sujet sans verser dans la perversité. D’où l’impression désagréable d’assister à un spectacle bien trop sage par rapport à son potentiel initial qui annonçait du sadisme, des tromperies et des scènes chaudes.

Loin d’un classique oublié du thriller, DEUX MALES POUR ALEXA se révèle un film potable mais sans saveur particulière qui laisse, au final, une impression amère de gâchis. Avec une telle idée de base, il était sans doute possible d’accoucher d’une œuvre vénéneuse, à la foi cruelle et torride, mais le résultat reste, hélas, plat et routinier.

L’ensemble se suit par conséquent d’un œil distrait mais sans la moindre passion, bien loin des réussites de Umberto Lenzi ou Lucio Fulci de la même époque. Dommage pour cette curiosité que l’amateur verra néanmoins sans déplaisir, ne serait-ce que pour admirer à loisir la superbe Rosalba Neri.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012