DEVIL BLADE (CHASSE CROISE SUR UNE LAME DE RASOIR)
Titre: Passi di danza su una lama di rasoio
Réalisateur: Maurizio Pradeaux
Interprètes: Robert Hoffmann

 

Susan Scott
George Martin
Anuska Borova
Simón Andreu
Anna Liberati
Rosita Torosh
Année: 1973
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Les années ’70 furent une décennie fertile pour le bis italien et les producteurs, après avoir épuisé les filons du péplum et du western, se jetèrent sur le thriller avec l’avidité d’affamés découvrant un restaurant au cœur du désert. Evidemment, tous les gialli sortis entre 1970 et 1980 ne sont pas de grande qualité et tous ne peuvent rivaliser avec les classiques signés Bava, Argento, Martino, Lenzi ou Fulci.

Si peu de films se révèlent franchement catastrophiques, beaucoup se situent simplement dans une honnête moyenne et constituent d’aimable mais anodins divertissements policiers, sitôt vus et sitôt oubliés. Pas vraiment concluant, DEVIL BLADE est de ceux là et emprunte au classique FENETRE SUR COUR d’Alfred Hitchcok son point de départ, à savoir la vision d’un meurtre par un témoin involontaire bientôt empêtré dans une intrigue tordue.

Lors d’une promenade la jeune Kitty (Susan Scott), énervée par le retard de son petit ami Alberto, utilise une longue-vue touristique (ces appareils fixés sur un socle et dans lesquels il faut mettre des pièces) pour tenter de le localiser. Mais, en parcourant la ville à l’aide de cet instrument, la demoiselle assiste à l’assassinat d’une jeune femme par un mystérieux tueur vêtu du noir. Kitty et Alberto se rendent au commissariat et la police ne tarde pas à découvrir l’identité de la victime, nommée Martinez. Hélas, les révélations de la presse sur cette affaire entrainent de nouveaux crimes car l’assassin, qui se sent menacé, élimine tous les témoins potentiels. Le seul indice réside dans la claudication du meurtrier, lequel se déplace en s’aidant d’une canne. Un vendeur ambulant et une vieille dame désireuse de monnayer ses informations tombent, à leur tour, victimes de l’insaisissable maniaque. Après la mort d’une prostituée qui tentait de révéler la vérité à la police, Alberto découvre le lien entre tous les assassinats…à savoir une Académie de danse.

Très classique dans son déroulement, DEVIL BLADE multiplie les suspects, du compositeur Marco (l’habitué Simon Andreu) à la journaliste Lidia (Anuska Borova) en passant par la jumelle de cette dernière, handicapée et marchant avec une canne. Les crimes, de leur côté, manquent de hargne mais s’avèrent bien ficelés et raisonnablement sanglants, précédés par des moments d’angoisse et de suspense effectifs. Malheureusement, l’intrigue reste trop familière pour réellement emporter l’adhésion.

Bien sûr, Maurizio Pradeaux tente de maintenir l’attention (et la tension) en multipliant les suspects puis balade son détective improvisé dans différents décors afin de brouiller les pistes. Hélas, tout cela aboutit à un résultat confus et à des révélations parfois mal maîtrisées qui paraissent accidentelles ou hasardeuses. L’indice qui oriente l’enquête vers le monde de la danse tombe ainsi comme un cheveu sur la soupe lorsque Susan Scott actionne un enregistreur audio pour faire écouter à son mari ses prouesses vocales d’apprentie chanteuse. Dur à avaler !

Les nombreuses (fausses) pistes jetées en pâture au spectateur ne sont pas toujours très convaincantes, elles non plus. En outre, le cinéaste insiste trop lourdement sur certains détails et amène une réaction paradoxale des familiers du giallo, lesquels, rodé à ces grossières « misdirections », comprennent rapidement où Pradeaux veut en venir et ne sont pas dupes de ces chemins de traverse trop évidents.

A ces divers défauts, DEVIL BLADE ajoute encore un humour assez lourd lors de scènes qui frôlent le remplissage et apportent peu à l’enquête. Susan Scott se déguise par exemple en prostituée pour coincer le meurtrier mais le suspect arrêté par les tonitruantes autorités se révèle être…le vieux commissaire, laissé dans l’ignorance de cette opération. Un gag facile mais qui traduit également la tendance des cinéastes italiens de thrillers à ridiculiser une police souvent présentée comme inefficace et glandeuse.

Aidé par la présence de la séduisante et fréquemment dénudée Susan Scott (vue dans quantité de gialli), DEVIL BLADE donne cependant la vedette au plus transparent mais toutefois efficace Robert Hoffman (SPASMO, LE VIEUX FUSIL).

La mise en scène de Pradeaux, elle, ne possède aucune personnalité et manque cruellement de rythme ou de nervosité, excepté lors des scènes de meurtres, lesquelles paraissent motiver un minimum le cinéaste. Les décors, la musique et la résolution de l’enquête ne sont, eux, ni bons ni mauvais, et se situent dans une moyenne honnête mais routinière.

DEVIL BLADE constitue donc, malheureusement, un bel exemple de giallo sans saveur particulière. Excepté de brefs éclats de violence sanglante ou une nudité complaisante, DEVIL BLADE ne se différencie guère d’un quelconque téléfilm policier et seul son climax angoissant relève un peu une sauce bien trop fade pour contenter les amateurs.

Bref, ce produit banal, loin d’être honteux mais bien en deçà des grandes réussites du genre, est aujourd’hui noyé dans la masse de la centaine (!) de longs-métrages similaires sorti durant les seventies. Si l’ensemble reste relativement plaisant et acceptable, les longueurs du film le réserve cependant aux « completistes » du giallo.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2011